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Séminaire des plieurs de secours

Première édition à Gap-Tallard

Kenneth Gadga, représentant UPT, a effectué une démonstration de pliage de la VR 360, la voilure de secours du tandem Sigma UPT.

Du 12 au 14 mars dernier, les plieurs et les réparateurs de parachutes de secours avaient rendez-vous à Gap-Tallard, dans les locaux de France Parachutisme, pour un séminaire organisé spécifiquement à leur attention, sous l’égide de la FFP.

Par Bruno Passe

Si vous pratiquez le parachutisme en France, c’est que le parachute que vous utilisez est passé depuis moins d’un an dans les mains d’un plieur détenteur de la qualification “plieur de parachute de secours”, un an étant la durée réglementaire de la validité du pliage secours sur le territoire français. Et il existe une qualification parallèle pour les réparateurs de parachute.

C’est généralement durant le colloque technique annuel de la FFP que les plieurs et réparateurs avaient la possibilité de se réunir. Tandis que rien n’était prévu pour eux au départ, le colloque s’adressant principalement aux directeurs techniques et aux dirigeants de centre, c’est sur la suggestion d’Édouard Luciano qu’une première réunion avait été organisée de façon impromptue (durant le colloque 2017 à Talmont) pour répondre à certaines questions sur les sujets concernant le pliage et la réparation des parachutes.

Tous les plieurs et réparateurs présents au colloque y avaient été conviés spontanément et le premier constat fut qu’ils étaient nombreux, tout comme les sujets à traiter ! La fédération avait ensuite décidé de reconduire cette réunion chaque année et d’en faire officiellement un atelier spécifique “plieurs/réparateurs”.

Et puis la crise sanitaire est arrivée, le dernier colloque en date est celui de janvier 2020, il n’y en a pas eu en 2021 et nous constatons que, cette année encore, il n’a pas été possible de l’organiser à cette même période.

Du 12 au 14 mars dernier, c’est dans un contexte de sortie de crise sanitaire que tous les plieurs et réparateurs qualifiés dans le cadre fédéral étaient conviés au séminaire des plieurs secours, premier du genre.

La sécurité n’attend pas et c’est en toute logique une bonne chose d’avoir conçu et organisé ce rendez-vous. Certes, mais entre un simple “atelier” d’un soir, implémenté dans un grand rassemblement national et dans le cadre très convivial des “Jardins de l’Atlantique” à Talmont-Saint-Hilaire, près des Sables-d’Olonne, et un séminaire de trois jours à France Parachutisme, à Gap-Tallard dans les Hautes-Alpes, il y a une différence de taille.

Cette différence est telle qu’il n’y a plus rien de comparable, la première édition sous forme de séminaire a su créer un événement à part entière. Et autant le dire tout de suite : que ce soit pour la participation, avec une cinquantaine de plieurs et réparateurs présents, commepour le contenu, l’événement a été un succès ! Pour ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement jusque Gap-Tallard, il était même possible de suivre les interventions en direct via la page Facebook de GeMaPar*, une excellente initiative, à saluer.

Le programme sur trois jours était ambitieux. Concocté par Éric Fradet, membre de la direction technique nationale, en collaboration avec Damien Sorlin et Stéphane Zunino, il répondait visiblement aux demandes “du terrain”. Il faut dire que les sujets ne manquent pas, surtout dans un pays comme la France, où la réglementation est très complexe, tandis que l’importation de matériel étranger s’est généralisée.

Il serait trop long de présenter ici et en détail ces trois jours de travail, sur des sujets parfois très spécifiques, mais nous allons revenir sur certains de ceux qui sont susceptibles d’intéresser la majorité des pratiquants.

La surveillance de l’état des voiles en est un des meilleurs exemples, et c’est sur ce sujet que Yoann Cadoux a ouvert les présentations le samedi matin, après que Yves-Marie Guillaud et Jean-Michel Poulet, respectivement président de la FFP et directeur technique national, aient souhaité la bienvenue aux participants et aux intervenants.

Surveillance de l’état des voiles

Il est question ici de toutes les voiles, principales ET secours. Il peut s’agir d’un parachute de “première main” utilisé par quelqu’un qui saute beaucoup et pour qui il est intéressant de vérifier chaque année l’état de sa voile principale. Il peut s’agir également d’un parachute d’occasion qui a plus de 20 ans et dont la voile de secours, qui n’a jamais été ouverte en vol, est restée durant des années rangée à l’abri de la lumière et de l’humidité. Il peut s’agir de voiles de secours provenant des États-Unis, où la réglementation limite leur durée de vie à 40 pliages et 25 ouvertures, ou de marque Parachutes de France, qui n’impose pas de limitation réglementaire sur le sujet. Vaste sujet, donc…

Dans le cadre fédéral, c’est la directive technique n°32 du 27 février 2012 qui réglemente la maintenance des voilures de secours. Elle précise :
1. Il n’existe pas de limite de vie définie pour les voilures de secours.
2. La périodicité de pliage est définie à 1 an dans des conditions normales de stockage.
3. Les conditions normales de stockage sont définies par le fabricant.
4. Si les conditions normales de stockage ne sont pas respectées, la périodicité est réduite à l’initiative de l’utilisateur ou du plieur.
5. Un test de porosité est défini par le constructeur suivant des critères précis.
6. En cas de doute, demandez l’expertise du fabricant.
7. La durée de vie est fonction de l’état de la voilure et reste sous la responsabilité du personnel qui effectue la maintenance.
Dans sa conclusion, la DT 32 recommande aux utilisateurs de prendre connaissance des informations techniques stipulées dans leurs manuels d’entretien et de pliage.

Yoann Cadoux a ouvert le séminaire avec son sujet sur la surveillance de l’état des voiles.

Ancien responsable matériel para militaire, désormais reconverti plieur/réparateur civil, Yoann Cadoux avait déjà abordé le sujet de la surveillance de l’état des voiles lors du dernier colloque de 2020, durant l’atelier “plieurs/réparateurs”. Il y avait présenté son processus de tests et les moyens utilisés, principalement un porosimètre adapté au marché parachutiste. Tout ceci avait été expliqué par Benjamin Loriou, dans une partie du reportage sur le colloque “La soupe est bonne ! Aux Jardins de l’Atlantique, lors du colloque de la FFP” publié dans le ParaMag n°394 de mars 2020 (voir lien en bas de page).

Yoann Cadoux revient pour ce séminaire avec deux années de pratique supplémentaires sur un panel de voiles plus large. Sa présentation s’appuie sur des données chiffrées (nombre de pliages, durée de vie, mesures) et des statistiques entre différentes marques. Ces données peuvent être comparées avec celles d’un constructeur américain comme Performance Designs, qui a déjà mis en place un tel programme de surveillance. Selon Yoann Cadoux, les rapprochements montrent que les résultats obtenus en France sont cohérents.

Du côté du fabricant Performance Designs, 13% des matériels testés ne sont pas “recertifiés”. Le principal motif de réforme d’une voile de secours est l’augmentation de la perméabilité à l’air, autrement dit la voile est trop “poreuse”. L’âge n’est pas un motif de réforme, les principaux facteurs de dégradation sont l’utilisation, les manipulations et le pliage. Réformer une voile de secours de manière systématique à 20 ans n’est donc pas nécessaire.

Du côté français, sur 65 voiles testées, 33 avaient plus de 20 ans. Sur ces 33, 27 ont été “recertifiées” (soit 82%) et 6 ont été réformées (soit 18%).

La première étape du processus consiste en un test de perméabilité qui dure environ une heure et qui est forfaitaire : quel que soit le résultat du test, il sera facturé. La deuxième étape du contrôle, qui comprend entre autre des tests de résistance du tissu, n’est engagée que si la première étape est satisfaisante, elle permettra potentiellement de “recertifier” la voile.

L’initiative de Yoann Cadoux avait déjà été saluée en 2020 et elle a semble-t-il séduit certains plieurs et réparateurs. De l’avis général, le parc parachute français est vieillissant et le contexte économique actuel laisse présager que cela ne va pas s’arranger. Une situation qui devrait rendre l’initiative encore plus utile pour les pratiquants.

Présentations des fabricants de déclencheurs de sécurité

Gérard Fetter représentait la société Airtec, basée en Allemagne, et qui fabrique le déclencheur Cypres, dont 250.000 exemplaires ont été produits et mis en service dans le monde entier. Le représentant a fait un exposé sur les maintenances et les révisions, un rappel sur le fonctionnement des différents modèles  – Expert, Speed, École, Tandem, Wingsuit, Interchangeable – sur leurs réglages, sur les différents modes “chute” et “sous voile”, et il a abordé les possibilités d’évolution des produits. Enfin, Gérard Fetter a répondu aux questions diverses, y compris commerciales, sujet qui concerne aussi certains des plieurs et réparateurs.

Willy Boeykens représentait la société AAD Vigil, basée en Belgique, et qui fabrique le déclencheur Vigil. Le représentant a fait un rappel sur le fonctionnement des différents modèles : Quatro, Vigil 2 et Vigil 2+, sur l’administration en ligne pour les maintenances et les révisions, sur la lecture des différents “hologrammes” présents sur l’appareil, sur le service après-vente, sur les remplacements et la durée de vie des cutters, et sur la compatibilité d’installation dans les différents types de conteneurs. Il a présenté des retours techniques sur les maintenances et les révisions, sur les mises à jour, et sur la gestion des batteries.

Présentations des fabricants de parachutes

Herman Landsman représentait la société Aerodyne.

Herman Landsman représentait la société Aerodyne, basée aux États-Unis, et qui une des rares marques à fabriquer plusieurs gammes d’équipements complets : sacs-harnais, voiles de secours et voiles principales. Après avoir fait un tour d’horizon des produits, il a annoncé la proche commercialisation d’une nouvelle voile principale : la Karma, modèle tricellulaire 9 caissons pour parachutistes expérimentés. Un rappel a été fait sur l’Aeromard, le RSL d’Aerodyne.
Le sujet épineux du positionnement du sectionneur sur certains sacs-harnais Icon a été soulevé et débattu. Rappelons qu’en novembre 2021, les sacs-harnais Icon dont le sectionneur était positionné en dessous de l’extracteur de secours ont fait l’objet d’une consigne de navigabilité de la DGAC qui les interdisait de saut en France.

En décembre 2021, le conseil sécurité de la FFP éditait une circulaire de sécurité concernant la reprise de navigabilité de certains sacs-harnais Icon, après remise à niveau obligatoire par changement de la position du sectionneur.

En janvier 2022, le constructeur émettait un bulletin technique (voir lien en bas de page) concernant certains sacs-harnais Icon, et recommandant d’y déplacer le positionnement du sectionneur AAD d’un rabat de secours à un autre.

Tout ceci a été mis en place après qu’une série de tests statiques au sol, avec activation d’un déclencheur AAD, a déterminé que sur certaines tailles du sac-harnais Icon, certaines anomalies dans le déploiement de l’extracteur du parachute de secours sont apparues. Cette série de tests a été effectuée par plusieurs plieurs et réparateurs, en présence de techniciens français et du constructeur.

Les débats ouverts par le représentant du constructeur durant le séminaire à Tallard n’ont pas permis d’aboutir sur une conclusion limpide pour les plieurs et les réparateurs. La situation reste confuse pour eux, d’autant que la DGAC ne s’était pas positionnée au moment où le séminaire se déroulait. La conclusion du représentant Aerodyne est, qu’en final, “le plieur est responsable du fonctionnement, bon ou mauvais, du parachute de secours qu’il a plié.” Le représentant du constructeur a également expliqué que celui-ci travaille sur des évolutions du produit concerné, avec d’éventuelles modifications à mettre en place sur les équipements en service.

Kenneth Gadga et Stéphane Zunino représentaient la société UPT, basée aux États-Unis, et qui fabrique les sacs-harnais Vector et les tandems Sigma.

Kenneth Gadga a présenté la SR2, la nouvelle Sigma Reserve, voile de secours tandem de nouvelle génération amenée à remplacer la VR 360, qui n’est plus commercialisée. Disponible en deux tailles, 340 et 370 pieds carrés, la SR2 est exclusivement compatible avec le nouveau POD de secours tandem commercialisé par UPT. Kenneth Gadga a également proposé un exposé-débat sur le RSL Skyhook.

Démonstrations de pliage

Rob Kendall et Damien Sorlin représentaient la société Sunpath, basée aux États-Unis, et qui fabrique les sacs-harnais Javelin. Damien Sorlin a réalisé une démonstration de pliage de secours sur un équipement de la marque

Kenneth Gadga, représentant UPT, a effectué une démonstration de pliage de la VR 360, la voilure de secours du tandem Sigma UPT. Bien qu’étant en service depuis de nombreuses années, et vendue en de très nombreux exemplaires, il semble qu’un rappel était utile, car, en mars 2021, l’équipement tandem UPT a fait l’objet d’une circulaire FFP CS-200 (voir lien en bas de page) rendant obligatoire le changement des sacs de déploiement des voilures secours VR 360 et rappelant le soin particulier à apporter au pliage de ces voilures de secours

D’autres présentations et débats étaient à l’ordre du jour, sur des sujets concernant plus spécifiquement les plieurs et réparateurs :
Un point sur les évolutions et l’utilisation du logiciel GeMaPar*, par Franck Cherrier.
Un point sur les besoins du métier de plieur et de réparateur en ce qui concerne les contrats d’assurance, par Vincent David.
Un point sur la réglementation des parachutes en France, par Éric Fradet et Franck Cherrier.

La réglementation française

Ce dernier point est un sujet qui devrait intéresser tous les pratiquants, mais la réglementation française est complexe. Comme l’a bien expliqué Franck Cherrier, qui représentait l’entité GeMaPar* durant le séminaire, les plieurs/réparateurs sont en fait des “techniciens de la maintenance des parachutes”. Dans cette maintenance, la part documentaire et réglementaire est si compliquée qu’elle prend une place considérable, au sein de ce que l’on peut représenter par la “partie immergée de l’iceberg”, si l’on considère que le pliage n’en est que la partie visible.

Franck Cherrier et Éric Fradet ont fait le point sur la réglementation des parachutes en France.

Rappelons que c’est en partie à cause de cette complexité franco-française que, depuis 2011, l’ex-fabricant français Basik Air Concept a cessé de produire la gamme Advance. Il semble que cela fait aussi partie des raisons qui ont poussé l’ancienne marque Parachutes de France à mettre le frein sur la production des équipements sportifs.

Le seul constructeur français qui semble encore tenir, bien que n’étant plus en capacité de produire depuis le mois de septembre 2019, est la société X-Sky, fabricant du sac-harnais Touch et de la voile de secours Replay. Édouard Luciano, qui a repris la direction de la société en France depuis octobre 2019, est intervenu durant le séminaire.

Initialement invité à présenter l’équipement tandem Touch, il a expliqué que cela était impossible, car la production est toujours à l’arrêt depuis 2019.

Après deux ans et demi, l’entreprise n’a toujours pas retrouvé d’agrément de production et l’instruction de son dossier est toujours en cours. Le dirigeant français d’X-Sky a donc fait un exposé sur la réglementation qui régit la production des parachutes en France.

Avant de résumer son intervention, il est nécessaire de faire un rappel sur les trois normes de certification qui existent actuellement :
• le T.S.O. américain, géré par la F.A.A. (Aviation civile américaine),
• le E.-T.S.O. européen, géré par l’E.A.S.A. (Agence européenne de la sécurité aérienne),
• la Q.A.C. française, gérée par la D.G.A.C. (Direction générale de l’aviation civile). Il s’agit d’une qualification datant des années 90, mais elle est toujours en vigueur.

Au début des années 2000, ces trois normes cohabitaient relativement bien, même s’il était déjà évident que ces entités (F.A.A., E.A.S.A. et D.G.A.C.) ont déjà fort à faire avec tout ce qui concerne l’aéronautique en général, les parachutes n’étant pour eux qu’un infime grain de sable. La situation de l’époque avait été décrite dans un article intitulé “Certification des parachutes : le point”, rédigé par Bruno Passe et Jérôme Bunker et publié dans le ParaMag n°236 de janvier 2007 (voir lien en bas de page).

Cette situation s’est dégradée en 2005 lorsque l’E.A.S.A. a décidé de ne plus s’occuper des parachutes, ne prenant plus en compte pour certification que les aéronefs de plus de 70 kilos, ce qui est loin d’être le cas des parachutes. Il est donc devenu impossible pour les fabricants de parachutes d’obtenir une certification E.-T.S.O. en Europe et chaque pays s’est retourné vers sa propre réglementation nationale. Cet état de fait était le point de départ de la présentation d’Édouard Luciano.

Le cas d’X-Sky, fabricant du Touch

Le dirigeant de la société X-Sky a ensuite expliqué ce qui s’est passé en France après que l’E.A.S.A. se soit détournée des parachutes. En l’absence de texte dédié à la production des parachutes, la D.G.A.C. a utilisé celui qui s’en approche le plus, il s’agit du P.A.R.T. 21G, qui s’adresse aux organismes de fabrication des aéronefs, tels que Airbus, Dassault, ATR, Safran, etc.

Pour X-Sky, le processus s’est avéré complexe à plus d’un titre. Tout d’abord par la taille de l’entreprise, bien modeste par rapport au domaine d’activité dans lequel elle se retrouve plongée. D’autre part, elle a du se charger d’interpréter, voir d’adapter des textes initialement rédigés pour un domaine d’activité bien éloigné du sien. Pour imager, rappelons qu’un parachute n’a pas de moteur, pas d’hélice, et qu’il est principalement composé de tissu…

À tout cela est venu s’ajouter la crise sanitaire, et les difficultés liées aux périodes de confinement et de télétravail, qui ont considérablement ralenti l’instruction du dossier de demande d’agrément de production des parachutes. Enfin, lorsque le moment est enfin venu de mettre en place les premiers audits sur le site de production à l’île Maurice, en fin d’année 2021, c’est la situation sanitaire sur l’île qui s’est considérablement dégradée, conséquence des connexions aériennes avec l’Afrique du Sud.

Deux équipements Touch tels qu’on peut les voir sur certaines DZ en 2022, après remise en service. Ils font partie de la série fabriqués avant septembre 2019. Le fabricant X-Sky rappelle que tout ces équipements sont soumis, par la DGAC, à une procédure d’inspections, tel que décrit sur son site xskyltd.com. Tout équipement en service (tandem ou solo) qui n’aurait pas suivi cette procédure est en irrégularité.

Bonne nouvelle tout de même : en 2021, le fabricant X-Sky a obtenu une nouvelle QAC pour sa gamme solo et une mise à jour de l’ancienne QAC pour son tandem Touch. Cette nouveauté s’est imposée après que la nouvelle équipe dirigeante ait constaté une erreur dans la QAC initiale, qui date de 2015 et qui englobait toute la gamme Touch. Un oubli de taille : la QAC ne comportait pas certaines tailles de sacs et voiles, pourtant en service, ni aucun POD de secours. Il était impératif de revoir ce document en profondeur pour bâtir des fondations solides. Cela a été l’occasion d’évoluer vers une autre formulation. Une situation décrite en quelques mots, mais qui a pris six mois de délai supplémentaire.

“Différencier les QAC a pour but, d’une part, de «verrouiller» l’ensemble tandem (sac-harnais, harnais passager et voile de secours), sous le nom commercial de Touch Tandem System ou «TTS» avec sa QAC dédiée. D’autre part, la QAC dédiée aux parachutes Touch solo permet à contrario de «déverrouiller» la gamme afin que les Touch puissent accueillir une voile secours d’une autre marque et à l’inverse, qu’une Replay puisse être utilisée dans un sac-harnais d’une autre marque” précise Édouard Luciano.

Dans un premier temps, et dès que la production pourra reprendre, X-Sky se focalisera sur le tandem, où la demande est déjà forte. Certains participants au séminaire ont salué la ténacité du constructeur, dont les équipements tandems en service actuellement donnent globalement satisfaction, et lui ont souhaité bon courage pour une issue dans les meilleurs délais.

En conclusion sur la réglementation française, on ne peut que constater à quel point la situation est ubuesque : la France se montre véloce à interdire certains des parachutes américains qu’elle importe (voir ci-dessus le cas de l’Icon et du Sigma), mais elle n’est plus en capacité de produire elle-même des parachutes sportifs ! Elle s’est laissée engluée dans cette situation, alors que des marques “historiques” existaient et que plusieurs gammes possèdent toujours une certification nationale tout aussi “historique” : la QAC, qualification aviation civile.

Les utilisateurs de “parachutes orphelins” (pour reprendre l’expression d’Éric Fradet), c’est-à-dire des marques françaises qui n’ont plus d’agrément de production, s’inquiètent de la disponibilité, dans le futur, des composants de rechange certifiés (par exemple : POD et poignées de secours). D’autre part, les pratiquants qui souhaitent acquérir des équipements neufs doivent importer du matériel étranger.

Et les équipes de France sont sponsorisées par des marques américaines ! Cette situation a déjà été décrite et expliquée en détail par Yves-Marie Guillaud dans son article “Industrie du parachute : la France, elle m’a laissé tomber” publié dans le ParaMag n°397 de juin 2020 (voir lien en bas de page), au début de la crise sanitaire.

Après avoir cité Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégie de l’IFOP : «Symboliquement, la mise en place d’un pont aérien pour acheminer des masques depuis la Chine est un signal désastreux, qui renvoie aux Français l’image d’un pays sous-développé bénéficiant d’une aide humanitaire», et ensuite Marc Simoncini, le créateur de Meetic : «L’entrepreneur français est à la fois quelqu’un qui a des idées et qui surmonte tous les obstacles qu’on lui met pour que ça ne réussisse pas», Yves-Marie Guillaud concluait son article en espérant que “L’un des effets bénéfiques de la crise actuelle pourrait être de mettre un frein à la maladie de la réglementation qui affecte nos dirigeants et nos élites.”

Décidément, le “monde d’après” est décevant à plus d’un titre.

Conclusion

Cette première édition du séminaire des plieurs et réparateurs se termine sur une note globalement positive. Les participants en ont été très majoritairement satisfaits, et ce sont les plieurs et réparateurs eux-mêmes qui le disent : “Rien à jeter !” (Bruno Malfait), “Trois jours très enrichissants” (Gérard Trinidad), “Un grand bravo à Franck Cherrier pour les Lives ainsi qu’à tous les intervenants et participants pour toutes ces recommandations, tant au niveau des matériels que des assurances. Un grand pas en avant pour certains qui restaient sur des “on-dit” (commentaire d’un participant sur les réseaux sociaux et sous le pseudo “Popeye Potter”). La diffusion des présentations et des démonstrations en direct sur la page Facebook de GeMaPar* a été assurée durant les trois jours de séminaire.

C’est une des conséquences de la crise sanitaire : la capacité à mettre en place naturellement des visioconférences et des diffusions en direct sur Internet, et donc de rendre accessible au plus grand nombre et à moindre frais ce genre d’événements. Il s’est produit le même phénomène pour le colloque des DT, qui se déroulait deux jours après le séminaire des plieurs, depuis les bureaux de la FFP à Paris et 100% en visioconférence. Ce sujet fera l’objet d’un article à venir, sur paramag.fr, à suivre…

 

(*) GeMaPar est une application web dédiée à la maintenance des parachutes et composée de plusieurs modules pouvant être utilisés séparément ou associés les uns aux autres. Accessible aux plieurs et réparateurs via Internet, l’application est mise au profit de la communauté parachutiste. Elle a été présentée dans le ParaMag n°332 de janvier 2015 (voir lien ci-dessous).

 


 

Liens internet

Article sur le dernier colloque technique annuel de la FFP : “La soupe est bonne ! Aux Jardins de l’Atlantique, lors du colloque de la FFP” publié dans le ParaMag n°394 de mars 2020.

• Consigne de navigabilité de la DGAC de novembre 2021, circulaire de sécurité FFP de décembre 2021 et bulletin technique du constructeur Aerodyne de janvier 2022 concernant certains sacs-harnais Icon. Lien : https://paramag.fr/bulletin-technique-aerodyne-tb-250122/

• Circulaire FFP CS-200 rendant obligatoire le changement des sacs de déploiement des voilures secours VR 360 de UPT et rappelant le soin particulier à apporter au pliage de ces voilures de secours. Lien : https://paramag.fr/vector-se-et-tandem-sigma-upt/

Article “Certification des parachutes : le point“, rédigé par Bruno Passe et Jérôme Bunker et publié en page 48 dans le ParaMag n°236 de janvier 2007.

• Article “Industrie du parachute : la France, elle m’a laissé tomber” publié dans le ParaMag n°397 de juin 2020.

• Article sur GeMaPar : “Maintenance des parachutes, projet d’application Internet“, publié dans le ParaMag n°332 de janvier 2015.

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