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Réflexions de l'iconoclaste sur la sociologie du parachutisme

Extrait du ParaMag n°372 de mai 2018

Lors de l’AG du 16 juin 2017, la FFP a décidé d’une licence-assurance unique à compter de 2018, «une petite révolution» selon elle, précisant dans la notice de présentation : «une seule licence-assurance pour tous qui couvrira tous les professionnels et tous les pratiquants sans exception».

Cette décision, imaginée dans ParaMag (juin 2015) est assez mal passée auprès des pratiquants non  professionnels. «Ce n’est pas tant le principe qui pose problème que l’augmentation du prix de la licence-assurance des pratiquants séniors et vétérans de 20 euros en corollaire à l’importante diminution de prix de la licence-assurance des professionnels» était-il expliqué ici (juillet 2017).

La FFP précisait : «Il convient de rappeler que le tarif des licences-assurances n’a pas augmenté depuis 8 ans (2009) et a même diminué pendant deux ans». À 159 euros, 145 euros sans l’assurance Individuelle Accident facultative, peut-on estimer que le prix de la licence-assurance 2018 est devenu dissuasif sinon prohibitif ?

En 1989, elle était à 560 francs, soit 85 euros, ce qui correspond à environ 130 euros actuels pour un coefficient d’érosion monétaire d’un peu plus de 1,5. L’augmentation est donc globalement de 1 euro par an sur 30 ans. La même année, le prix d’un saut à 4.000 m était de 105 francs, soit 16 euros, ce qui correspond à environ 24 euros actuels. Une augmentation de 4 à 6 euros en 30 ans.

Alors franchement, il n’y a pas de quoi pousser les cris d’orfraie qu’on entend avec une régularité de métronome. La licence-assurance de parachutisme n’est pas plus onéreuse maintenant qu’il y a 30 ans, et le saut guère plus, ce qui n’est pas le cas du tabac puisque fumer un paquet par jour absorbe environ 20% du SMIC actuel.

Disons-le clairement : s’il ne l’est pas plus maintenant qu’en 1989, le parachutisme a toujours été onéreux pour ceux qui payent leurs sauts, ce qui exclut les professionnels, les athlètes et les sponsorisés. Faire 100 sauts/an n’est pas beaucoup pour certains, mais à 28 euros le saut, par exemple, le budget saut est de 2.800 euros, et 35 sauts représentent un SMIC mensuel.

Il existe cependant un vrai paradoxe, car pendant ces 30 ans, la sociologie du parachutisme a beaucoup évolué. Les parachutistes sportifs étaient à l’époque assez peu fortunés, souvent issus de milieux ouvriers et employés, pour reprendre une nomenclature classique sans jugement de valeur. Beaucoup consacraient toutes leurs économies à leur pratique du parachutisme sportif.

Aussi le bénévolat était-il assez développé, car il fallait mettre la main à la pâte pour faire tourner les écoles de parachutisme en maintenant les coûts dans des limites acceptables par la population concernée, surtout sans la manne financière des tandems qui n’existaient pas encore. Le bénévolat avait aussi une fonction sociale liée à un esprit de solidarité et de dévouement.

Curieusement, cette fonction sociale a migré du sport, devenu une marchandise par un processus lancé par le CIO à partir de 1972 et qui s’est progressivement étendu à tous les sports, vers les bien-nommées associations à but humanitaire et autres ONG. On ne se dévoue plus guère pour son voisin qu’on connaît, mais pour l’inconnu du bout du monde. Le parachutisme n’y échappe pas totalement.

Dans le même temps, la sociologie du parachutisme a évolué en faveur de personnes à plus fort pouvoir d’achat, souvent cadres et professions libérales, habituées à acheter une prestation, quelle qu’en soit la nature. La donne s’est modifiée petit à petit au fur et à mesure de l’amélioration du pouvoir d’achat des parachutistes.

A contrario, il est généralement admis que le développement spectaculaire de sports comme la marche et la course à pied, est lié au faible coût de leur pratique plus encore qu’à une prise de conscience écologique.

Comment comprendre cette réticence à l’égard du prix de la licence-assurance FFP, considéré comme excessif par une population dont le pouvoir d’achat est supérieur à celle d’il y a 30 ans qui payait sans barguigner un prix identique ? Par un changement d’état d’esprit.

Acquérir une licence était d’abord le signe d’adhésion et d’appartenance à un groupe : celui des parachutistes. C’était également un acte de solidarité résultant de la mutualisation des risques auprès d’un assureur : en payant sa prime, le licencié participait à l’assurance de celui qui subirait les conséquences d’un accident, lequel pouvait être lui-même.

Le fameux «I want my money back», lancé par Margaret Thatcher en 1979, dont le Brexit de 2016 est peut-être l’ultime avatar, a lancé l’idée que quand on paye, on veut en avoir pour son argent. Quand on paye la licence-assurance FFP, on a une assurance, mais qu’a-t-on avec la partie licence ? That is the question.

L’absence de réponse formelle à cette question est mal acceptée par une population parachutiste actuelle à qui on ne la raconte pas. Pour 95 euros, on a une réglementation de plus en plus tatillonne, comme toutes celles de ce XXIème siècle. On a aussi plein de champions du monde, mais ils sont si nombreux qu’on ne les connaît pas.

On semble donc avoir trois fois rien pour les 95 euros de la partie licence de la licence-assurance FFP. Et si avec trois fois rien on a déjà quelque chose, selon Raymond Devos, est-ce suffisant pour des personnes qui entendent recevoir un retour sur investissement ou, à tout le moins, quelque chose d’identifiable en échange de leur argent ?

Finalement, la réponse est donnée paradoxalement par les dirigeants de Péronne qui ont fonctionné deux ans hors FFP. «Le seul problème pour fonctionner hors fédération, c’était de ne plus pouvoir délivrer tous les brevets FFP», a déclaré un dirigeant de Péronne à ParaMag (avril 2018), ajoutant que «il n’y a pas eu d’ouverture possible sur un autre système de brevets».

Le système est verrouillé, avec la bénédiction du ministère, donc de l’État. Pour une activité de loisir, la licence-assurance FFP n’est pas obligatoire (Code du sport), mais elle l’est de fait, l’histoire de Péronne en ayant apporté la preuve.

Son prix est validé en AG de la FFP par les votants, sur proposition des élus fédéraux. Ceux qui pestent contre son prix songent-ils à demander à leurs propres élus et représentants à l’AG de leur rendre compte de leurs votes en AG de la FFP ? Ils s’apercevraient que bien peu votent contre.

 

À lire également :
Réflexions de l'iconoclaste sur la licence unique (juin 2015)
Réflexions de l'iconoclaste sur la licence assurance unique (juillet 2017)
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