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Une intrépide époque

35 années de ParaMag, 408 mois de fièvre mensuelle

Cet article est paru initialement dans la toute dernière édition de ParaMag imprimée en version magazine, le n°408 de nov./décembre 2021. À quelques jours du bouclage de notre projet l’INTÉGRALE PARAMAG (dont vous pouvez suivre le déroulement ici), nous le republions au format « pure player »*Patrick Passe y raconte l’ambiance qui régnait au sein de la rédaction, au moment du bouclage de l’édition n°66 de novembre 1992, paru il y a tout juste 30 ans. Il était bien placé pour le faire, lui qui était rédacteur depuis la création du magazine en 1987.

(*) « Pure player » (« tout en ligne ») : Dans le monde de l’édition, la définition de « pure player » s’applique aux œuvres qui sont publiées exclusivement en format numérique sur Internet.


Par Patrick Passe

35 années de ParaMag. 408 mois au fil desquels la fièvre mensuelle n’a jamais tangué vers la fébrilité. Et pourtant, de nombreuses fois, la lecture du tensiomètre aurait bien pu inquiéter le patron.

J’ai eu la chance d’être au cœur de l’aventure ParaMag tout le temps. J’ai affûté ma plume de journaliste autodidacte au service de Didier Klein, le Créateur, un saltimbanque du parachutisme, provocateur à ses heures, passionné tout le temps, cabochard parfois… bref, un type bien !

Passage du « bâton de maréchal » au sein de la rédaction de ParaMag, en octobre 1992. Après les cinq ans de bons et loyaux services de Didier Klein, c’est Bruno Passe qui allait assurer la relève. Il allait en prendre pour 30 ans !

Puis, quand mon frère Bruno a repris les rênes en 1992, ParaMag devint pour moi une affaire de famille, plus captivante par conséquent. Plus de pages, de couleurs et d’images. Plus de rêves, de voyages, de technique, de prouesses. Plus de témoignages, du « people », de l’émotion. Le défi grandissait.

« L’After Eight »

Caméraman, photographe et réalisateur de films parachutistes à l’époque, déjà organisateur de sauts, j’avais la matière pour alimenter en partie la rédaction de ParaMag. Écrire pour ParaMag devint alors « l’After Eight » de journées déjà bien remplies. Ces moments d’écriture soulignaient souvent un retour en avion d’un pays lointain. Ou, rentré à la maison, mes récits jouissaient d’une inspiration attisée par l’éveil du décalage horaire. Souvent aussi, l’écriture attendait l’urgence, un état pesant qui devient béni lorsque les mots affluent aussi vite que s’approche le moment du bouclage.

Que d’émotions dans les coulisses ardentes de ParaMag. J’y croisais Michelle, super-active, super-efficace ! Que de rencontres pour les pages du magazine, avec des champions, des passionnés, des amateurs affamés, des professionnels, des photographes, des spécialistes, des rêveurs, des pionniers, des conquérants, tous aux yeux grands écarquillés.

Premier bouclage

Durant plus de 30 ans, les grands moments et les petits instants, riches, pétillants, humains, profonds furent innombrables. J’en citerai un, le tout premier, juste après la passation Didier Klein-Bruno Passe. Au nouveau siège de ParaMag, mon frère est chargé à bloc, prêt pour la longue vie de son magazine. Il s’attelle à son tout premier bouclage, celui du n°66 de novembre 92. Je suis à Skydive Deland, en Floride. Je l’appelle de la cabine téléphonique du centre, pas de téléphone portable à l’époque :

« Salut Bruno ! tu veux un article béton ? »
« Oui, bien sûr ! C’est quoi ? »
« On vient de faire un record du monde à 200. Je suis en train d’écrire un article (papier, stylo…). Wendy a récupéré ses diapos. Elle a fait des photos formidables. Je t’envoie le texte par fax et les diapos en Fedex. Tu as tout d’ici 48 heures, ça ira ? »
« Oui, oui ! » répond -il, la voix vibrante d’impatience.

Ce fut son premier numéro, son premier gros article d’outre-Atlantique, en exclusivité aussi, avec une parution d’ici deux semaines sans que le sujet ne soit défloré. Peut-on encore imaginer cela de nos jours : l’excitation du rédacteur en chef à la hauteur de l’impatience du lecteur qui va se plonger dans un récit d’aventure dont il ne sait encore rien.

En couverture et double page du ParaMag n°66, le record du monde de grande formation VR à 200 établi à Myrtle Beach (Caroline du Sud, USA) en octobre 1992. Photos Wendy Smith

Combinaison « papier-stylo-fax-diapo-Fedex »

Ils furent nombreux ces instants formidables, fruits de la combinaison papier-stylo-fax-diapo-Fedex.

Les numéros se voulaient toujours plus beaux, tout comme le parachutisme de l’époque. C’était le feu d’artifice dans toutes les disciplines. Les années 80 furent le tremplin d’un parachutisme pétillant. ParaMag suivait. Les années 90 et 2000 furent les années dorées pour les journalistes spécialisés que nous étions… jusqu’à ce que, progressivement, se répande l’invasion numérique.

Cette nouvelle ère apportait bien sûr des outils formidables dans l’essor d’un magazine. Durant de nombreuses années encore, et jusqu’à ce jour, ParaMag fut à l’apogée de son art. Sur le plan international, il était même reconnu comme le plus beau magazine de parachutisme sportif. « Dommage qu’il ne soit qu’en français », murmurait-on au-delà des frontières.

Puis, plus récemment, l’œil du lectorat potentiel a changé. Le scroll nerveux remplaçait le parcours savoureux des pages d’un magazine. Les photos réduites à la taille de l’écran et leur légende de « trois lignes-pas plus » affluaient sans cesse sur les réseaux. Atteint de nomophobie, le lecteur potentiel était submergé d’infos furtives sans jamais vraiment se sentir rassasié. Comme pour toute la presse, spécialisée ou pas, ParaMag en pâtissait…

L’immortalité numérique

ParaMag a fait partie de notre vie, celle de ses lecteurs et de ses acteurs. Il fut un large tapis volant dans notre univers céleste durant un voyage de 35 ans. Bénéficiant de l’immortalité numérique, les 408 numéros de ParaMag ne mourront jamais, j’en suis ravi. Dans ces archives digitales, il n’y aura plus l’odeur du papier. Mais la brillance des écrans illuminera d’autant plus nos récits, nos images, nos aventures parachutistes. Les jeunes à venir découvriront là une intrépide époque. On a bien de la chance, cette grande épopée fut la nôtre !

N.D.L.R. : Pour rappel, cet article est paru initialement dans le numéro 408 de novembre/décembre 2021.

À consommer sans modération (et de préférence sur grand écran !), la collection intégrale de ParaMag sera bientôt à portée de main, en quelques clics…

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