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Centre, DZ

“C’est où …?”

Où a été prise cette belle photo de vol relatif sur fond de mer, dans un ciel bien bleu, avec une plage immense ? En France, pardi ! 

Par Bruno Passe

Regardez bien…, avez-vous deviné ? Des DZ en bord de mer, en France métropolitaine, il y en existe quelques-unes… Ça pourrait être Arcachon, Royan, Le Havre, Dieppe…. Nous voici à la découverte d’une DZ originale, certes en bord de mer, mais de quelle mer s’agit-il ?

On peut dire que la formation à 8 est majoritairement constituée de relativeurs belges. “La Belgique et la mer… ” Ça y est… Vous commencez à voir…?  “La mer… du Nord, bien sûr  !?” Vous y êtes ; enfin presque…, en fait ça dépend ! Allons voir ça de plus près (double-cliquez sur les photos pour les afficher en pleine résolution et en mode diaporama) .

La DZ est celle de Calais, plus exactement l’aérodrome de Calais-Marck. Contrairement à la majorité des drop zone ouvertes à temps plein ou durant tous les week-ends que dure la saison, la DZ de Calais n’est ouverte que six week-ends par an, et l’activité y est gérée par le club “Para Groupe Jean Bart” (PGJB), basé à Dunkerque.

Activité intermittente, certes, mais le club existe depuis plus de 40 ans. Il a été fondé en 1957 par Henri André, un haut personnage du parachutisme associatif dans le nord de la France, qui a dirigé et développé le club dunkerquois durant plus de 40 ans, tout en s’impliquant dans la vie associative de la région Nord – Pas-de-Calais (avant quelle fusionne en Hauts-de-France). L’activité du club est jumelée à celle du CERP de Lens, dans le Pas-de-Calais, avec qui un partenariat a été conclu de longue date. Le club PGJB est présidé actuellement par Olivier Pynthe.

Olivier Pynthe, président du PGJB. Photo Laurent Quentin

Le Para Groupe Jean Bart  n’a pas toujours mis en place son activité sur l’aérodrome de Marck. Il y a eu des périodes, dans l’histoire du club, où l’activité se déroulait sur l’aérodrome des Moëres, à l’est de Dunkerque et pas très loin de la frontière belge. Mais ceci est une autre histoire, restons sur la DZ de Calais et la mer… du Nord ? Oui, mais sur la photo, il y a la Manche aussi !

La Manche, objet de multiples traversées, dont certaines dans le contexte parachutiste (voir encart ci-dessous “Traversées de la Manche en parachute”), et que l’on associe plus généralement à la ville et au port de Calais, est en partie visible sur l’extrême gauche de cette photo. Toute la partie centrale et droite de la photo montre la mer du Nord. Mais alors, où se situe la limite entre la mer du Nord et la Manche ?

Les axes des figures, les degrés, ça vous parle ? Alors si vous voulez savoir où se situe cette limite sur la photo ci-dessus (photo d’intro), vous prenez l’axe central de la figure à 8 (une “boite”, ancienne figure du programme officiel), vous en tirez un axe perpendiculaire et la partie qui se trouve à gauche de la figure (donc dans l’eau) représente grosso modo la limite entre la Manche et la mer du Nord.

Pour une information plus officielle et plus précise, il faut se référer à l’OHI (organisation hydrographique internationale) qui définit les limites de la mer du Nord par une ligne virtuelle joignant le phare de Walde (à l’est-nord-est de Calais) (50° 59′ 40″ N 1° 54′ 55″ E / 50.9944, 1.91528) et la pointe de Leathercoat (au nord-est de Douvres) (51° 10′ 02″ N 1° 24′ 08″ E / 51.16722, 1.40222). Sur une carte ça donne ceci :

Représentation de la limite de la mer du Nord dans le secteur de Calais, selon l’OHI.(organisation hydrographique internationale).

Revenons-en à ce groupe de relativeurs venus profiter du coaching proposé par Angelo Declerck, une nouveauté dans la région, c’était durant le week-end de Pâques.

Benjamin Lachambre, compétiteur français en PA/voltige et en vol relatif, moniteur et dirigeant associatif dans la région des Hauts-de-France, faisait partie de ce groupe. Il nous raconte.

“Notre groupe de VR-8 était organisé et coaché par un jeune relativeur belge : Angelo Declerck. Il y avait quatre nationalités dans le groupe : une Anglaise, une Néerlandaise (licenciée au CERP de Lens), sept Belges en comptant Sébastien Naert, le vidéoman, et j’étais donc le seul Français. À noter que Sébastien, dit “Séba”, est le vidéoman officiel de l’équipe belge VR4 “Phoenix”, concourant en triple A, indoor et outdoor, et équipe ayant participé à la Coupe du Monde Indoor à Charleroi, le mois dernier.”

Jolie “Norvegian Donut”, une figure du bloc numéro 11 en séquence à 8, avec la longue piste en dur de l’aérodrome de Calais-Marck au milieu. Sur la droite de la photo, les plages de Marck et de la Huchette ainsi que les mares de chasse, reconnaissables à leurs formes rondes (rappel : double-cliquez sur les photos pour les afficher en pleine résolution et en mode diaporama). Photo Sébastien Naert

Angelo’s School of Bigway

Angelo a découvert la région nord de la France en 2019, à Lens, durant le Fly Fort David, alors qu’il sautait dans le groupe de Patrick Passe. Entre temps, il a créé un groupe intitulé “Angelo’s School of Bigway”, dans le but d’organiser des sauts de vol relatif ouverts et structurés. Sur Facebook, le groupe du même nom rassemble plus de 240 membres. Angelo a basé sa pratique à Moorsele, en Belgique, chez Skydive Flanders, mais il se déplace sur d’autres DZ. Cela lui permet de faire découvrir d’autres endroits aux membres de son groupe, et aussi de sauter d’avions différents, car à Moorsele, c’est exclusivement un Cessna Caravan 900 cv qui est utilisé.

C’est ainsi que lors de l’édition suivante du Fly Fort David, en septembre 2021 (il n’y a pas eu de Fly Fort David en 2020), Angelo a organisé sa première animation en France, et il a constitué un groupe d’une quinzaine de relativeurs, attirés également par la mise en place du Skyvan.

Première à Calais pour Angelo Declerck, avec sa combinaison aux couleurs très personnalisées. Photo Laurent Quentin

Pour ce week-end de Pâques 2022 à Calais, c’est la présence du Pilatus B2-H2 F-GOME qui était intéressante, en plus de découvrir une DZ qui leur était inconnue. Et ils ont été gâtés par une météo superbe qui a permis au club du PGJB d’aligner 15 rotations du Pilatus le samedi et 14 le dimanche (pas d’activité prévue le lundi), pour un total de 238 sauts sur le week-end, en mixant chaque jour de l’activité-école, 50 à 60 sauts de vol relatif et une dizaine de baptêmes en tandem.

Cette belle météo a non seulement permis au groupe d’Angelo de faire une dizaine de sauts coachés, mais également de bénéficier d’une visibilité remarquable depuis le bord de mer, comme en témoigne Benjamin : “Nous pouvions voir les falaises de Douvres et l’embouchure de la Tamise, pour la partie anglaise. Pour la partie française, depuis Calais en regardant vers l’ouest, la vue était aussi exceptionnelle depuis la côte d’Opale, le grand site des Deux Caps, avec le Cap Gris nez et le Cap Blanc nez, Wissant, Wimereux, la ville de Boulogne-sur-Mer, jusqu’à la baie de Somme, et les deux baies en amont : la baie de l’Authie, entre Berck et Fort-Mahon, et la baie de Canche, au Touquet. En continuant du regard, on imaginait Dieppe… En se tournant vers l’est, on voyait facilement Dunkerque…avant de passer en Belgique sur La Panne et on imaginait Ostende. En replongeant le regard vers la mer, on voyait les éoliennes maritimes à l’est de l’Angleterre… en pleine mer du Nord. C’était incroyable de voir tout cela…”

Difficile de ne pas regarder le paysage en chute… Même en tournant le dos à la mer ! Ce n’est pas le propriétaire de la combinaison jaune et verte (en haut à droite de la photo), qui peut dire le contraire. Photo Sébastien Naert

Les 2 et 3 juillet prochain, Angelo va revenir à Calais avec un groupe plus grand pour profiter de la mise en place d’un Skyvan, mais ce groupe est déjà presque complet. Angelo sera de nouveau à Lens le week-end du 16 et 17 juillet pour de l’animation VR tous niveaux et avec le Pilatus.

Les prochains week-ends d’ouverture sur Calais (toujours avec le Pilatus, sauf en juillet) sont les 14 et 15 mai, 11 et 12 juin, 2 et 3 juillet (Skyvan), 10 et 11 septembre, 8 et 9 octobre. Plus d’infos sur www.parachutisme-nord.com

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VISION PANORAMIQUE

Profitons encore un peu de la porte à vision panoramique du Pilatus F-GOME pour admirer le paysage vu du ciel, en montée vers 4000 mètres (rappel : double-cliquez sur les photos pour les afficher en pleine résolution et en mode diaporama).

Le groupe de vol relatif à 8 embarque dans le Pilatus, sur l’aérodrome de Calais-Marck. Photo Laurent Quentin

Après tout, le grand site des Deux Caps, cap Blanc-Nez et cap Gris-Nez, situé à l’est de Calais sur la côte d’Opale, est un des principaux lieux touristiques du nord de la France.

Calais est connu pour son port, un des premiers de France pour le transport de passagers, et le tunnel sous la Manche qui en font la principale ville française de liaison avec la Grande-Bretagne. Mais qu’en est-il de cette immense plage bien visible sur les photos et en arrière-plan des figures de vol relatif à 8 du groupe d’Angelo ?

Cette figure originale ne fait pas partie du programme officiel VR-8, mais quel drôle de hasard : son axe est parallèle et très proche de celui qui représente la limite entre la Manche et la mer du Nord (voir illustration ci-dessus). Une version moderne de La Calaisienne ? Photo Sébastien Naert

Il s’agit en fait de plusieurs plages, principalement la plage de Marck, la plage de la Huchette et la plage des Hemmes, une des plus grandes et des plus sauvages de la région. À marée basse, l’étendue de sable est immense et large de trois kilomètres pour rejoindre la mer. Le char à voile y est très pratiqué. Les dunes sont plantées d’oyats.

Et à quoi correspondent ces grands cercles bien visibles également sur les photos prises en chute libre ? Il s’agit des mares de chasse, très typiques du littoral de Marck.

Le phare de Walde. Photo cote-dopale.com

Invisible sur les photos aériennes, en plus des colonies de phoques et de veaux marins qui l’entourent, il y a le phare de Walde. Comme expliqué dans l’article, en s’alignant avec la pointe de Leathercoat, il marque la limite – ou la jonction ! – entre la mer du Nord et la Manche. C’est un concept rare de phare métallique sur pieux, construit en 1859. Il est composé d’une plate-forme hexagonale, d’un habitacle pour les gardiens et d’une lanterne à son sommet. Haut de 18 mètres, il est soutenu par six pieds et un axe central enfoncés dans le sable à plus de 5 mètres de profondeur. Le phare s’est éteint définitivement le 4 juillet 2001 et laissé à l’abandon. Il fait aujourd’hui l’objet d’une démarche de sauvegarde.

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DÉJÀ DANS LES “SEVENTIES”…

Dans les années 1970, alors que le vol relatif est en plein essor, les plages de Calais servaient déjà d’arrière-plan spectaculaire aux premières “grandes formations” de l’époque. En mai 73, une vingtaine de relativeurs parmi les meilleurs de France se retrouvaient à Calais* et profitaient de la mise en place d’un Nord Atlas 2501 (avion militaire équipé d’une tranche arrière).

“Flocon”, “Calaisienne” et autres nouvelles figures prometteuses de 8 à 11 y ont été construites pour le tournage d’un film produit par l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française).

Parmi les images produites, la photo ci-dessous a fait la couverture du magazine “Les Hommes volants”.

Photo Michel Auvray – Archive : collection privée Roland Dumont

* Voir article Alain Goubel s’est envolé, Le King n’est plus“, par Patrick Passe (ParaMag n°404 de mars/avril 2021)

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DE 1937 AUX ANNÉES 2000 : TRAVERSÉES ET PARACHUTES

• En parachute hémisphérique

Les histoires de traversées de la Manche en parachute sont aussi vieilles que les premiers parachutes. Nous en avons déjà raconté quelques-unes dans ParaMag. Avant l’invention des ailes (souples ou rigides), c’est en parachute hémisphérique que les traversées se tentent, soit en ouvrant haut et en utilisant le vent pour dériver sous voile, soit en parachute ascensionnel, tracté derrière un bateau.

En 1937, Étienne Denois embarque à bord de l’avion qui va le larguer au-dessus de la Manche. Un assistant ajuste sa bouteille d’oxygène portable. Documents/archives Francis Heilmann

Le 9 septembre 1937, le parachutiste Étienne Denois fait une semi-traversée de la Manche en parachute. Il saute à 4000 mètres d’altitude, en pleine mer à environ 20 km des côtes françaises, et amerri sur une plage du cap Gris-Nez à 150 m des côtes françaises. C’est un coup d’essai en vue de son projet de tentative de traversée complète de la Manche en parachute.

À la fin de l’été 1962, Gil Delamare traverse la Manche en partant de Calais, tracté par un bateau, avec un des premiers parachutes Lemoigne à tuyères. Il est en compétition avec un autre parachutiste cascadeur de l’époque : Jean-Claude Dubois. Et son concurrent fait la traversée le même jour, mais en partant de Douvres. Ils se croisent en mer, sans même se voir.

Il faut lire ces deux étonnantes histoires, racontées par Francis Heilmann dans son article “Histoires…De traversées”.

Voir article “Histoires…De traversées (1937, 1962)” par Francis Heilmann, ParaMag n°271, page 28.

• En tandem

Le 7 novembre 1999, le pilote tandem Thierry Demonfort et son passager/navigateur Bertrand de Gaullier des Bordes traversent la Manche en tandem.

Voir article “La traversée de la Manche en tandem”, (Lien internet en construction) ParaMag n°151, page 18.

• En aile rigide non motorisée

Le 31 juillet 2003, parti à la verticale de Douvres, Felix Baumgartner se pose au cap Blanc-nez, près de Calais, 94 ans après Louis Blériot. Photo Red Bull / Bernhard Spöttel

Le 31 juillet 2003, Felix Baumgartner traverse la Manche équipé d’une aile rigide. Il saute à 9000 mètres à la verticale de Douvres (Grande-Bretagne), pour un vol de 34 kilomètres au-dessus de la mer avant d’ouvrir son parachute à 1000 mètres et de se poser au cap Blanc-Nez, à l’ouest de Calais.

Voir article “La traversée de la Manche en aile rigide”, (Lien internet en construction) ParaMag n°196, page 18.

• En aile rigide motorisée

Yves Rossy au départ de sa traversée de la Manche de Calais à Douvres, le 26 septembre 2008. À gauche de la photo, la commune de Wissant. Photo NGC – Bruno Brokken

Le 26 septembre 2008, accroché sous son aile volante motorisée, Yves Rossy traverse la Manche de Calais à Douvres, ralliant la France à l’Angleterre en seulement 10 minutes et sur une distance de 35 kilomètres “à vol d’oiseau”.

Voir article “35 km à vol d’oiseau”, ParaMag n°258, page 30.

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