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Bernard Colas

Pionnier, dirigeant et homme de terrain : "Gloire à Nanard !"

Photo CPS – Archives Loïc Nansot

Qui connaît encore le nom du président de la FFP, il y a de cela 40 ans en arrière ? Qui sait encore que ce même président l’a été durant 10 ans, sans interruption ?
Bernard Colas, président de la FFP de 1982 à 1992, et président d’honneur à vie, a été emporté subitement par la maladie : le 11 novembre dernier, il nous a quittés dans la discrétion la plus totale, selon sa volonté.
C’est sous sa présidence, à une époque où le parachutisme était en pleine mutation, qu’il y a eu des percées majeures dans divers domaines de notre activité : formation PAC, tandem, compétition de haut niveau, matériel, formation…

ParaMag rend hommage à ce Grand Monsieur du parachutisme, et revient au passage sur quelques évolutions marquantes dans l’histoire de notre activité, évolutions qui prennent racine dans les années 1970.

Par Bruno Passe

À lire également ci-dessous : “UN GRAND PRÉSIDENT NOUS A QUITTÉS”, texte d’hommage par Jean Coupé

C‘est en 1968 que la FNPF, Fédération nationale des parachutistes français, est devenue la FFP, Fédération française de parachutisme. Un changement de nom associé à un nouveau visage, plus sportif, et prémonitoire du changement de tutelle de la F.N.Aé, Fédération nationale aéronautique, vers celle de Jeunesse et Sports.

La transition s’est étalée de 1972 à 1975 et ce fut un passage difficile, car toute la filière de formation était impactée, notamment avec la fermeture du fameux centre national de Biscarosse, qui formait les instructeurs.

Désastre pour les uns, opportunité pour les autres, ce changement de tutelle a complètement bouleversé la pratique. Durant des années, il n’y eut plus de cadres d’État formés et le parachutisme français fut privé d’un gros potentiel d’instructeurs. Cette carence tombait mal, tandis que de nouveaux parachutes arrivaient progressivement sur le marché et que leur utilisation était très différente des anciens équipements. À la même époque, une nouvelle discipline se développait : le vol relatif ; elle allait aussi révolutionner la pratique.

Et comme il ne suffit pas de changer le nom d’une fédération pour la faire évoluer dans le bon sens, la “nouvelle” FFP est progressivement apparue sclérosée aux yeux des pratiquants, car ses dirigeants n’étaient pas suffisamment ouverts aux évolutions.

Création du G.T.R.

C’est au cours du championnat de France de 1976 que le G.T.R. (Groupe de travail et de recherche) a été créé, avec pour objectif “la recherche d’un parachutisme plus libéral”. Ses fondateurs, des relativeurs pour la plupart, passaient pour des “révolutionnaires”. C’est d’abord sur le matériel que le G.T.R. a porté son attention, mais son champ d’action s’est progressivement élargi. Dans ses rangs se trouvait un dénommé Bernard Colas…

Bernard Colas était à la fois un compétiteur de haut niveau, membre de la fameuse équipe Icarius, première équipe de France de vol relatif, discipline naissantedans les années 70 et 80, et un dirigeant associatif : depuis 1967, il était notamment président du para-club de Paris et trésorier de la ligue de la région parisienne.

Photo ci-dessus : Une partie de l’équipe de France Icarius en 1979, de gauche à droite : Michel Porte, Michel Auvray, Charly Baum, Paulo Langlade, Jean-Paul Gros, Alain Goubel, Bernard Colas, Jean-Claude Launay. Photo Guy Sauvage

En 1977, les élections à la tête de la FFP furent houleuses. René Gardes, président depuis neuf ans, était sortant ; il ne se représentait plus, mais il appuyait la liste menée par Robert Martzloff. Dès 1977, le G.T.R. présentait une deuxième liste à la tête de la FFP, débordant du champ d’action retenu lors de sa création : le matériel. Affichant une volonté de ne pas se laisser enfermée dans les clichés “Anciens et Modernes”, la liste du G.T.R. était menée par Bernard Colas, par ailleurs président de la commission sportive de la FFP. Après avoir pris ses racines dans les besoins d’une indispensable évolution liée au matériel, le G.T.R. s’intéressait aussi à la gestion globale du parachutisme. Mais c’est la liste Martzloff qui a emporté les élections de 1977. Robert Martzloff, alors âgé de 52 ans, était un excellent juriste, mais il ne sautait presque plus.

Les “révolutionnaires” du G.T.R. avaient des idées à foison, et certaines d’entre elles ont fini par accompagner Bernard Colas après qu’il fut élu à la présidence de la FFP, en 1982. Car c’est tout de même par la voie élective de l’assemblée générale que la volonté de changement est parvenue à s’exprimer et à porter à la tête de la FFP un président moderne, avant tout un homme de terrain.

Compétiteur de haut niveau

Bien sûr il faut être sur les terrains pour aligner les titres en compétition, comme l’a fait Bernard Colas depuis 1971, en PA (précision d’atterrissage), discipline reine à l’époque. Alors âgé de 31 ans, ingénieur de profession, il s’est tourné rapidement vers le vol relatif qui se pratiquait par équipe de 10, à l’époque. En 1974, il intégrait l’équipe de France de vol relatif, nommée Icarius Group.

Photo ci-dessus : Bernard Colas, à l’époque du GTR.
Photo archives Guy Sauvage

Avec ses coéquipiers, il fut un des pionniers de la discipline et gagna la médaille d’argent à la deuxième coupe du monde de vol relatif à Prétoria (Afrique du Sud), le vol relatif en était encore au stade expérimental. Il fallut attendre 1977 pour voir organiser le premier championnat du monde, à Gatton, en Australie. Bernard Colas et ses coéquipiers y gagnèrent la médaille de bronze.

Puis, à deux reprises consécutives, le VR français “jouait à domicile” lors de la coupe du monde à Mourmelon (en 1978) et des championnats du monde à Châteauroux en 1979. Et à deux reprises, il ne déméritait pas, montant à chaque fois sur le podium, d’abord en médaille d’argent puis en médaille de bronze. Au passage, de 1974 à 1979, Bernard Colas et ses coéquipiers ont accumulé six titres de champions de France de vol relatif à 10 ou à 8.

Photo ci-dessus : Savoir (aussi) ne pas se prendre au sérieux est une qualité mise ici en pratique par Bernard Colas, qui part pour un saut en automatique, équipé de sa combinaison Icarius (équipe de France). Il avait pris soin d’accrocher son alti-poignet sur le ventral, ce n’était donc pas juste une “photo gag”. Photo CPS – Archives Loïc Nansot

Bernard Colas n’allait pas tarder à arrêter la compétition de haut niveau et à s’intéresser à la politique sportive. Mais après son départ de l’équipe de France de vol relatif à 8 Icarius, il allait continuer de pratiquer la compétition en VR 16 et la grande formation, discipline en plein essor également. Et il était aussi entraîneur en vol relatif à la Ferté Gaucher, le grand centre parachutiste d’Île-de-France, à proximité de Paris.

Un président sautant

Lorsqu’il est élu à la tête de la fédération en avril 1982, Bernard Colas est donc un parachutiste très actif et il va le rester durant des années. Habitué du centre de la Ferté Gaucher, qui est sa base principale, il continue de se déplacer souvent sur les terrains pour les compétitions et les rassemblements de vol relatif.

Le mandat de Bernard Colas à la présidence de la FFP sera reconduit deux fois : en 1985 puis en 1989. Outre le fait que la FFP dépasse alors la barre des 11.000 licenciés, sous sa présidence, le parachutisme des années 80 sera marqué par des évènements et des mouvements majeurs :

importation de la méthode américaine AFF (accelerated freefall) en France et création de la qualification de moniteur PAC (méthode française de progression accompagnée en chute) en 1983,

• généralisation des parachutes de type aile dans tous les niveaux de pratique (à l’exception des sauts en OA), de 1984 à 1985,

la F.F.P. est reconnue d’utilité publique, par décret du 2 mai 1986,

apparition en 1986 du voile contact en tant que discipline de compétition, la France compte déjà parmi les meilleures nations,

l’équipe de France de vol relatif à 4 est devenue semi-professionnelle et elle sacrée championne du monde en 1987, au Brésil. Elle gardera son titre jusqu’en 1993,

arrivée en 1987 de Jean-Marc Seurin, un autre Grand Monsieur du parachutisme, au poste de directeur technique national de la FFP,

création de la qualification de moniteur tandem, en 1987,

à Vichy, en 1988, le Mondial de parachutisme réunit les compétiteurs de P.A./voltige, de vol relatif et de voile contact. C’est une grande première internationale,

• nouvelle évolution dans les brevets fédéraux, en 1989.

Le binôme Colas-président/Seurin-DTN va travailler ensemble durant cinq ans et la fin des années 1980 – début des années 1990 représente un époque charnière vers une nouvelle décennie. Décennie durant laquelle les voilures de type aile seront adoptées pour les sauts en ouverture automatique, les voilures semi-elliptiques (voilures dites “rapides” de petites surfaces) apparaîtront, l’emport des déclencheurs de sécurité va se vulgariser, deux nouvelles disciplines seront adoptées par la FAI : le freestyle et skysurf, etc. La “révolutiondes seventies” a donc eut une très longue portée sur le parachutisme français.

Photo de gauche ci-dessus : photo officielle de Bernard Colas, dans son costume de président de la FFP.
Photo FFP
Photo de droite ci-dessus : Bernard Colas, président de la FFP, aussi à l’aise en combinaison de vol relatif qu’en costume. Photo Jacques Driol

La grande formation française

Bernard Colas est un relativeur dans l’âme, et le développement de la grande formation en France lui tient particulièrement à cœur. Au début des années 80, la France dispose de moyens aériens et humains qui permettent encore d’inscrire notre pays sur les tablettes des records de grande formation validés par la FAI (Fédération aéronautique internationale). En 1980, le record à battre est américain : une formation à 40, réussie à Davis (CA).

En 1983, au Salon du Bourget, un record de France est réussi par 43 relativeurs qui saisissent l’opportunité de la présence d’un avion tranche arrière, le Nord 2501 (les plus anciens apprécieront…). Bernard Colas fait partie du groupe des 43, en tant que performeur et aussi en tant que coorganisateur. Mais cette année-là, à Deland, en Floride, les Américains battent deux fois leur record de 1980 : ils réussissent une formation à 45, puis une autre à 72. Les Européens en sont à 53.

Précisons qu’à cette époque, les formations doivent être tenues durant trois secondes pour que le record soit validé par les juges FAI. Et c’est par manque de juges sur place, au Bourget, que le “record” français (43) de 1983 ne sera pas officialisé (et il n’y a évidemment pas de vidéo, pas encore). Mais la performance galvanisera la communauté des relativeurs français, lui confirmant qu’elle fait toujours partie des meilleures nations parachutistes dans cette discipline. Et durant de nombreuses éditions,jusqu’au début des années 2000,la tradition des sauts de démonstration en grande formation au Salon du Bourget perdurera, grâce au travail acharné de Bernard Colas (et de son équipe) qui avait pris en charge, dès 1977, la majeure partie de l’organisation et de la coordination des parachutages.

Photo ci-dessus : Bernard Colas (à gauche, chemise à rayures) au briefing terrain pour un saut de démonstration sur le Salon du Bourget, en 2005. Photo Bruno Passe

Durant ces années, les gros porteurs étaient encore rares dans le milieu du parachutisme sportif et les moyens aériens mis en place régulièrement par l’Armée de l’air au Salon du Bourget apportaient la possibilité de tenter des grandes formations en vol relatif et parfois en voile contact. Lorsque le Transall a succédé au Nord 2501, quelques “premières” y ont été encore réalisées, dont une formation française à 60. À cette époque, les deux week-ends d’ouverture au public étaient également ouverts aux sauts de démonstration et si la météo était favorable, il était possible de faire cinq sauts par jour.

Photo ci-dessus : En chute au-dessus du Salon du Bourget 2005, pour la construction de la base d’une grande formation. Bernard Colas est en approche, en haut à gauche de la photo. Photo Jean-Pierre Roy

D’année en année les conditions se sont durcies, restriction oblige, le nombre de sauts diminuait et la taille des avions aussi : le Transall laissait parfois la place au Casa 235, voir au Puma. Mais Bernard Colas ne lâchait pas prise et en 1999, grâce au retour du Transall, une soixantaine de relativeurs avait presque réussi à inscrire le chiffre 2000 dans le ciel de Paris (c’était la veille du passage à l’an 2000).

Revenons-en aux records du début des années 80. Deux ans après son élection à la présidence de la FFP, en 1984, Bernard Colas entame une opération de grande envergure, en collaboration avec l’armée : sur la base aérienne d’Orléans-Bricy, des tentatives sont mises en place pour battre le record américain à 72, à partir d’un Transall militaire. Profitant des places encore disponibles dans l’avion gros porteur, un record de grande formation en voile contact est mis en place en parallèle. L’opération sera renouvelée en 1985.

Bernard Colas sait qu’il faut aller vite pour inscrire un record du monde sur le territoire français, car le niveau technique du vol relatif mondial monte rapidement. Et il a compris aussi qu’il faut s’ouvrir au monde, justement, pour réussir un record du monde de vol relatif. À Orléans, il fait donc appel à cinq “pointures” du vol relatif en Belgique, mais aussi à cinq Allemands, à un Néo-zélandais et à trois Américains. Si le record du monde venait à être réussi, il ne serait pas franco-français, mais international.

Photo ci-dessus : En 1985 et 1986, sur la base aérienne d’Orléans-Bricy, des tentatives sont mises en place par Bernard Colas pour battre le record américain à 72, à partir d’un Transall militaire. Une meilleure performance européenne est établie avec une formation à 69. Photo Guy Sauvage

L’objectif n’est pas atteint, mais une meilleure performance européenne est établie avec une formation à 69. Le record américain à 72 durera jusqu’en 1986, jusqu’à ce qu’une organisation américaine, menée par le champion du monde Tom Piras, s’attaque à la barre des 100.

Les Américains ont compris également qu’il faut “ratisser” large et faire appel aux meilleurs relativeurs de par le monde pour battre de nouveaux records. Un premier rassemblement se déroule à Vancouver, au Canada. Cinq Français sont de la partie : Michel Porte, Abdelaziz (Aziz) Ojjeh, Hervé Odin, Joinville Francis et Bernard Colas. Une quinzaine de sauts, mais pas de record.

Tom Piras en tire les leçons et relance des tentatives sur le territoire américain, à Muskogee (OK). Les quatre Français sont toujours de la partie (Joinville Francis n’ayant pas pu revenir). Et cette fois le pari est gagné ! La barre des 100 est atteinte le 5 juillet 1986, et Bernard Colas faisait partie de ces 100-là !

Quelques semaines plus tard, toujours aux États-Unis, le 100 est déjà battu par un nouveau record à 120, réalisé durant le grand boogie de Quincy, en Illinois. L’année suivante, en 1987, lorsque le record reviendra en Europe, et plus exactement à Koksijde, en Belgique, avec une formation à 126, Bernard Colas en sera, dans un groupe de 22 Français. Et puis le record repartira à Quincy en 1988, avec une formation à 144. Etc.

En avril1992, Bernard Colas quitte volontairement son poste de président de la FFP, un an avant la fin de son mandat et pour raisons professionnelles.Il va continuer de s’impliquer dans la vie associative nationale et internationale et de faire partie des pratiquants assidus en vol relatif. On le croise régulièrement sur le centre de la Ferté Gaucher (et ensuite à Brienne-le-Château) et sur les rassemblements majeurs, boogie de Vichy et autres, compétition de VR 16 (sur lesquelles nous allons revenir ci-dessous) et autres.

La compétition VR 16

Voilà un autre volet important de sa pratique en compétition : le vol relatif à 16.

Déjà en 1984, alors qu’il était encore président de la FFP, Bernard Colas fut un des instigateurs de la première coupe du monde de VR 16 organisée en septembre à la Ferté-Gaucher. Instigateur et compétiteur, puisqu’il y gagna la médaille d’or en 1984, avec son équipe fertoise, et la médaille d’argent en 1985, alors que la deuxième édition de cette compétition attirait déjà dix équipes internationales.

Photo ci-dessus : L’équipe fertoise, médaille d’argent lors de la deuxième coupe du monde de VR 16 organisée à La Ferté Gaucher en 1985. Photo Guy Sauvage

Photo ci-dessus : VR 16 à La Ferté Gaucher en 1985 : en tant que président de la FFP, Bernard Colas remet la coupe du monde de VR 16 à Joinville Francis, capitaine de l’équipe “Club France”. Une image qui illustre bien le personnage, puisque Bernard Colas est aussi compétiteur et médaillé d’argent sur cette compétition. Photo Bruno Passe

Mais le VR 16, c’est quoi ? Ou plutôt “c’était quoi”, car en France, il a disparu…

Pascal Chansard, expliquait la naissance du VR 16 dans le ParaMag n°47 d’avril 1991 :

“Au début des années 80, le vol relatif s’enrichissait d’une nouvelle discipline : le VR 16. Forgé dans le creuset des week-ends “passe-temps”, où compétiteurs et dilettantistes se retrouvaient, les uns pour vulgariser leur savoir, les autres pour en bénéficier, le VR 16 s’est développé et semble vouloir continuer à le faire, durablement.

De cette inspiration, un peu nébuleuse, qu’éprouvaient tout ses adeptes d’en faire une épreuve à part entière, germèrent un peu partout en Europe, des compétitions affichant le label “16”. …/… L’engouement pour une telle épreuve se justifie pour une part : des faibles obligations pour y participer ; son parallèle avec la séquence ; le temps nécessaire à la durée de l’épreuve (rarement plus de deux jours) ; le panache qu’il confère à ceux qui d’ordinaire végètent dans l’anonymat… En effet il fait d’un coup 16 premiers, 16 seconds et 16 troisièmes.”

Bernard Colas avait donc bien saisi ce pouvoir démultiplicateur et moteur du VR 16.

Le succès de la coupe du monde de VR 16 en août 1985 à la Ferté-Gaucher était une sorte de coup de lancement d’une longue série, une tradition fertoise qui allait se prolonger durant de nombreuses années, certes sous la forme d’une coupe d’Europe. La tradition du VR 16 survivra même à la fermeture du centre de la Ferté-Gaucher en 1999 et se poursuivra dans les années 2000, après le déménagement à Brienne-le-Château.

Les années 90 ont connu les plus belles éditions du VR 16 fertois, avec plus de dix équipes en lice, le record étant battu en 1997 avec 15 équipes et des moyens aériens conséquents : Le Twin Otter (celui du CPS, bien sûr), un Skyvan (Boogie Performance), un Casa 235 (Armée de l’air) et un Casa 212 (Boogie Performance). Le podium était toujours très disputé entre le gratin des équipes françaises, anglaises, allemandes, suisses et autres nations européennes.

Photo ci-dessus : L’équipe “Ville de Paris”, menée par Bernard Colas, lors de l’édition 1994 du VR 16 à La Ferté Gaucher. Photo Michel Pissotte

Bernard Colas aurait pu briguer une place parmi une des meilleures équipes françaises de l’époque, mais c’est avec conviction et persévérance qu’il dirigea l’équipe Ville de Paris, sans interruption de 1993 à 1998, l’amenant souvent au pied du podium, et parfois sur le podium (en 1993 et 1996). Le centre de la Ferté-Gaucher disposant d’un Twin Otter, il était possible de s’y entrainer régulièrement en VR 16, et c’est ce que faisait l’équipe Ville de Paris (dénommée aussi Mairie de Paris sur certaines années) et aussi Synchrony, une autre équipe fertoise régulière menée par Serge Lebon.

Cérémonie de clôture d’une des éditions du VR 16 à la Ferté-Gaucher, à sa grande époque des années 90. Photo CPS – Archives Loïc Nansot

C’est de cette époque joyeuse, animée et pétillante qu’est venu le cri de guerre de l’équipe : “Gloiiiire à Nanard !” (à prononcer “gloaaaaare à Nanard”, en allongeant le “aaaaa”), repris parfois même par d’autres équipes fertoises. Il fallait y entendre surtout un cri du cœur et de reconnaissance des parachutistes fertois envers un homme qui avait réussi aussi bien son parcours de dirigeant associatif au plus haut niveau que celui de pratiquant/compétiteur/animateur en vol relatif, sur plusieurs décennies.

Photo ci-dessus : L’équipe “Ville de Paris”, menée par Bernard Colas, lors de l’édition 2002 du VR 16 à Brienne-le-Château, prolongation de la fameuse compétition fertoise. Photo Olivier Ruff

Au revoir Bernard

La dernière apparition de Bernard Colas dans le milieu parachutiste date du 25 septembre 2021 à Lyon, une réunion amicale pour fêter les 50 ans d’Icarius et de l’équipe Les Panthères Roses, première équipe féminine de vol relatif à cette même époque.

Bernard Colas est décédé le 11 novembre 2021. Conformément à son souhait, ses funérailles se sont déroulées dans l’intimité familiale, le 18 novembre. “Bernard ne se savait pas malade” a déclaré Yves-Marie Guillaud, président de la FFP, sur le groupe Facebook “La Fédé et vous”. “Un cancer l’a emporté rapidement. Bernard ne voulait aucune annonce de quelque nature que ce soit, ce qui explique le silence de la FFP jusqu’ici…/…Respectons sa volonté de partir dans la dignité et la discrétion.”

La FFP ne lui a rendu hommage qu’un mois plus tard, considérant toujours la volonté que Bernard Colas avait exprimé, via sa famille, qu’il ne soit procédé à aucune annonce officielle, mais la FFP a aussi considéré que : “il n’était pas possible de respecter totalement cette volonté, …/….par considération envers les amis et admirateurs de Bernard Colas”.

Portrait de Bernard Colas, en 2019.
Photo André Garandet

Dans cet hommage officiel, Jacques Laffitte, Président d’honneur de la FFP, évoque “son sourire et son élégance…/…, il a été un infatigable promoteur de la pratique et de la compétition féminine. Il a également modernisé la pratique du parachutisme sportif, l’ouvrant aux médias et au grand public avec le slogan : « Le ciel, le plus grand stade du monde ».

Vient alors comme un flash le souvenir du saut sans parachute du cascadeur Alain Prieur, diffusé en direct sur TF1 un dimanche après-midi de 1987, …avec l’aval de la FFP et de son président Bernard Colas qui commentait le déroulement en direct, depuis les studios à Paris, et aux côtés de Patrick Poivre d’Arvor ! Sur le plan sportif comme sur le plan associatif, il est impossible d’être exhaustif dans le récit de la carrière parachutiste de Bernard Colas, tant elle est fournie, et cet article d’hommage n’a pas la prétention de l’être.

ParaMag, média indépendant dont la rédaction était proche de Bernard Colas, se dédouane ouvertement de la volonté de ce dernier qui n’a souhaité “aucune annonce officielle” et pousse la franchise jusqu’à choisir un sous-titre “franchouillard” – “Gloire à Nanard !” – , voir taquin, quitte à ce qu’il soit (peut-être) jugé par certain(e)s comme déplacé ou provocateur.

Il faut y voir surtout une reconnaissance de la base, au moment où ParaMag quitte le format “magazine” et lance l’Intégrale, s’ouvrant au plus grand monde : Gageons que cette reconnaissance-là, “non officielle”, n’aurait pas déplu à “Nanard”. Pas plus que le véritable son du cri  “Gloiiiiire à Nanard”, qu’il recevait sur les DZ avec un sourire certes réservé, mais traduisant néanmoins le bonheur, le vrai : celui que l’on partage entre parachutistes. Car Bernard Colas savait que la reconnaissance du milieu, la vraie, celle qui s’exprime avec le cœur, vaut tout autant que celles des médailles sportives, associatives ou honorifiques, médailles qu’il a effectivement reçues de si nombreuses fois.

La rédaction de ParaMag présente ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Bernard Colas.

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ÉPILOGUE

L’ÉVOLUTION DE LA PAC ET DU TANDEM EN FRANCE

Revenons plus en détails sur deux évolutions marquantes de l’époque Colas-président/Seurin-DTN et qui touchent encore tous les pratiquants de nos jours : la formation PAC et le tandem.

Jean-François Prunier, CTN (conseiller technique national) à la FFP de 1990 à 2020, avait déjà expliqué ces évolutions dans un texte d’hommage rendu à Jean-Marc Seurin et publié dans le ParaMag n°391 de décembre 2019.

“La formation AFF venait des États-Unis, c’est une méthode très codifiée, “step by step”. Les trois premiers sauts se passent avec deux moniteurs et chaque exercice doit être impérativement réussi pour passer au niveau suivant, quitte à refaire plusieurs fois le même exercice et donc les mêmes sauts.

Cette méthode a un gros avantage pour les moniteurs américains : avec le système de décharge de responsabilité, ils suivent le programme à la lettre et ils ne sont jamais embêtés sur la question d’un choix pédagogique.

La position du moniteur est simple : il fait faire les exercices, si ça ne marche pas l’élève recommence, et cela autant de fois que nécessaire. Et si l’élève abandonne, ce n’est pas grave, il a payé !

Jean-Marc étant un enseignant à la base, il trouvait que cette méthode était en contradiction avec les théories de l’apprentissage, de la pédagogie. À ses yeux, l’AFF était archaïque. Il s’en est rapidement rendu compte, j’étais en charge de la PAC à ce moment-là et il a demandé à Frédéric Rami de m’épauler. Et nous avons développé une méthode plus pédagogique.

Nous nous sommes appuyés sur l’expérience de trois des premiers moniteurs PAC français qui étaient Alain Morin, Hubert Zamora et Bernard Hally. Ils avaient déjà fait évoluer la méthode en y introduisant une plus grande part d’adaptation individualisée  des exercices aux capacités de progression de l’élève.

La formation des moniteurs tandem est un autre bon exemple d’évolution majeure survenue durant le mandat de Bernard Colas à la présidence de la FFP.

“À l’époque, ce sont les industriels, les fabricants qui assuraient chacun leur formation sur leur propre matériel. Les formations étaient donc disparates. Et puis il y avait aussi, en toute logique, certains travers liés au fait que le formateur était aussi le vendeur… En tant que DTN, Jean-Marc a réagi rapidement pour mettre en place un système de formation unique dans le domaine du parachutisme sportif et de loisir, afin que tout le monde passe par le même filtre, avec le même niveau d’exigence.”

Une fédération peut fort bien avoir le meilleur des DTN – “le DT de tous les DT” comme il était dit de Jean-Marc Seurin – et qui prend les meilleures des décisions, produisant les meilleures améliorations, encore faut-il qu’elles soient entérinées par les élus et les dirigeants FFP. En cela, Jean-Marc Seurin pouvait compter sur le président Colas, dont l’esprit d’innovation était resté fidèle à celui du GTR.

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Président un jour, président toujours

Bernard Colas fut également cofondateur et élu président de l’U.F.F.A.S. (Union des fédérations françaises aéronautiques et sportives), créée le 7 février 1985 et constituée de sept fédérations : aéromodélisme, aérostation, parachutisme, vol libre, vol moteur, vol à voile et U.L.M. L’objectif était de coordonner, autant que possible, l’ensemble des activités des fédérations concernées.

En 1998, bien après avoir quitté la présidence de la FFP, Bernard Colas était toujours président de cette entité aéronautique lorsqu’elle muta de l’U.F.F.A.S.pour devenir le C.N.F.A.S. (Conseil national des fédérations aéronautiques et sportives), intégrant au passage deux fédérations supplémentaires (F.F. aéronautique, F.F. d’hélicoptère).Association régie par la loi du 1erjuillet 1901, le but de la C.N.F.A.S. est de contribuer au développement de l’activité aéronautique et sportive sous toutes les formes.

cnfas.fr

Photos ci-dessus : En 2004, à la veille de nouvelles élections au Conseil fédéral de la F.F.P., tente de faire passer un message aux parachutistes français sous forme de mobilisation de tous les pratiquants. Photos Jean-Pierre Bolle

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Quelques autres dates marquantes…

(Liste non exhaustive !)

1987 : Sous l’impulsion de Bernard Colas, la FFP organise le 1erGrand Prix de Parachutiste à Saint-Tropez et le 2° Trophée Européen de parachutisme en montagne, à ISOLA 2000.

18 février 1989 : Sous l’impulsion de Bernard Colas, création de l’Union européenne de parachutisme à Paris.

25 avril 1989 : Bernard Colas est élu administrateur du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) et président du Conseil inter fédéral des sports à risque ou à haute technicité.

24 mai 1989 : Bernard Colas reçoit la Légion d’honneur, qui lui est remise par Nelson Paillou, président du CNOSF.

22 octobre 1997, pour le bicentenaire Garnerin, à Paris, Bernard Colas coorganise une démonstration de sauts en parachute, sur le Champ de Mars, en face de la tour Eiffel.

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À lire également

Alain Goubel s’est envolé, Le King n’est plus“, par Patrick Passe (ParaMag n°404 de mars/avril 2021)

Jean-Marc Seurin, un dernier sourire, par Bruno Passe, Patrice Girardin et Jean-François Prunier (ParaMag n°391 de décembre 2019)

L’histoire d’Alain Prieur, cascadeur des années 80. Ses 7 sauts sans parachute et sa dernière cascade par Patrick Passe ((ParaMag n°360 de mai 2017)

À c’t’époque, par Guy Sauvage (ParaMag Hors-série 2000)

Ces articles sont disponibles et OUVERTS À TOUS dans le cadre de L’intégrale ParaMag, d’autres articles seront accessibles prochainement :

“Bernard Colas part en campagne”, interview par Bruno Passe (ParaMag n°210 de novembre 2004)
“Cinq générations de relativeurs dans le ciel de Tallard” par Patrick Passe (ParaMag n°207 d’août 2004)

Bicentenaire Garnerin :
“Commémoration” (ParaMag n°125 d’octobre 1997)
“Les sauts sur Paris” (ParaMag n°126 de novembre 1997)
“L’épilogue” (ParaMag n°127 de décembre 1997)

Revenez voir cette page ultérieurement pour les découvrir ou les retrouver !

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Bibliographie
• Livre “Histoire du parachutisme en France” par Baptiste Bourdès, éditions France-Empire.
• Recueil “La merveilleuse histoire du parachutisme sportif sur la plateforme de sauts de La Ferté-Gaucher”, édition avril 2016.

Liens Internet

Hommage de la FFP à Bernard Colas

Groupe Facebook “La Fédé et vous”

Le parcours singulier de l’équipe Icarius (historique, sommaire, réalisé par Bernard Colas)

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UN GRAND PRÉSIDENT NOUS A QUITTÉS
Adieu Président et cher ami

Photo André Garandet

Texte par Jean Coupé

Tu as été pendant toute la durée de ton mandat et de celui que tu m’avais confié en tant que Président du Conseil Technique, un Président à l’écoute des problèmes des parachutistes sportifs. Que d’entente entre nous pour faire face aux difficultés multiples créées par les deux structures administratives qui nous contrôlaient et que nous devions trop souvent combattre, faute de ne pouvoir les convaincre !

Tu as su prendre tes responsabilités en confiant au CTP l’évaluation du tandem alors non autorisé d’emploi. Puis, t’appuyant sur notre rapport d’évaluation tu as, après avoir mis en place la qualification fédérale, ouvert cette pratique dans notre milieu sportif. Décision qui t’a valu de vives critiques de la part des Services officiels.

Tu as laissé au CTP entière liberté (ce qui n’a pas toujours été le cas de la part de certains élus) en lui faisant confiance, ce qui lui permettait de répondre aux besoins exprimés par les utilisateurs. Avec toi, la Fédération a peu à peu réussi à assouplir la réglementation concernant les matériels de saut. J’ai en mémoire notre réunion, dans l’enceinte du Sénat, pour faire prendre en considération à un Sénateur nos difficultés relatives aux conflits entre amateurisme et professionnalisme, particulièrement au sujet de l’activité tandem revendiquée, à cette époque, par certains parachutistes professionnels, qui voulaient qu’elle soit classée dans la catégorie du transport aérien.

La liste positive de tes actions reste trop confidentielle pour l’ensemble de nos pratiquants, ce que je ne peux que regretter. Après ton départ de la Fédération, chose rare, tu as tenu à maintenir le contact avec tous ceux qui avaient œuvré à tes côtés.

Chaque fois que possible tu passais de brefs et agréables séjours chez moi. Lors de notre dernier entretien, suite à ton appel pour souhaiter sa Fête à mon épouse, rien ne me laissait penser qu’il serait le denier, car tu m’avais parlé de tes activités sportives, golf et vélo. Il est particulièrement douloureux de voir partir un ami sans avoir eu la possibilité de l’accompagner.

Mon cher Bernard, tu as su créer et conserver des liens avec le monde parachutiste sportif qui te doit beaucoup.

C’est avec tristesse que je t’adresse pour la dernière fois cet ultime témoignage de mon amitié.

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