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Basik Air Concept

Le leader de la vente parachutiste en ligne cesse son activité

Du débutant qui vient d'acheter son altimètre, au confirmé qui a commandé son parachute complet, de nombreux parachutistes avaient de bonnes raisons de connaître la société Basik Air Concept. Spécialisée dans la vente d'équipements et d'accessoires parachutistes, et communément appelée "Basik" dans notre communauté, elle était dirigée par Greg Étévé.

Par Bruno Passe, et interview de Greg Étévé

L'avez-vous seulement remarqué ? L'intro de cet article est conjuguée au passé… Nous anticipons un futur proche : le 15 juin 2026, la société Basik Air Concept va cesser son activité. Et c'est malheureusement une page du parachutisme français qui se tourne !

On pourrait penser que c'est "juste un commerce qui ferme, un commerce parmi tant d'autres". Basik Air Concept, c'était bien plus que cela.

L'entreprise existe depuis 2005 ! Longtemps gérée par Jérôme Bunker, elle est en quelque sorte issue d'une autre entreprise, que seuls les plus anciens de nos lecteurs peuvent encore se souvenir : Parafun, fondée en 1989. Mis bout à bout, cela fait tout de même 35 ans d'existence, une activité parachutiste qui a donc une longue histoire.

"À l’origine, Parafun avait été créé pour importer du matériel para étranger en donnant une autre alternative aux parachutistes et était à l’époque la seule entité légale en France pouvant vendre du matériel américain. En dehors de la commercialisation de tous les petits équipements, depuis sa création, Parafun a passé en certification certains matériels comme le Vector II, le Vector-Ecole, le Javelin et le Javelin-Ecole" expliquait Nicolas Gillet, fondateur de Parafun, dans une interview publiée dans le ParaMag 162 de novembre 2000. Au moment de la parution de cet article, Jérôme Bunker était devenu le dirigeant de Parafun.

L'âge d'or de l'Advance

D'abord essentiellement tournée vers l’importation, l’activité de l'entreprise Parafun s’est progressivement modifiée à partir de 1998, lorsque Jérôme Bunker a conçu et développé l’Advance, un sac-harnais français innovant qui a remporté un grand succès. Chronologiquement, Parafun est ainsi devenu le troisième constructeur français de parachutes, après Parachutes de France et Parachute Shop.

Durant 21 ans, Basik Air Concept a été un fidèle annonceur dans ParaMag, voici quelques extraits des campagnes publicitaires. Ci-dessus : Publicité pour le sac-harnais Advance, d'abord sous les couleurs de Parafun (publicité de 2002, à gauche), puis de Basik Air Concept (publicité de 2007, à droite), qui a étendu sa gamme de produits sur les voiles principales et de secours. La publicité de 2007 met en avant les capacités technologiques de l'entreprise, à travers le site de production de l'île Maurice : X-Sky Ltd.

En 2005, c'était l'apparition de Basik Air Concept, qui a repris le flambeau de l'Advance et s'est lancé dans la fabrication des voiles principales et de secours, Parafun cessant d'exister en 2008. Selon nos informations, plus de 2300 équipements Advance ont été vendus, dans diverses versions, dont le tandem.

À partir du 30 septembre 2011, suite à des problèmes administratifs relatifs à la complexité des procédures françaises de certification et de fabrication des parachutes, la production a été ralentie chez Basik Air Concept. La fabrication s'est progressivement limitée à certaines pièces détachées et de rechange. Selon l'expression consacrée dans le jargon aéronautique, le sac-harnais Advance était devenu un "équipement orphelin".

Basik Air Concept a continué son chemin, se recentrant progressivement sur la distribution et la vente de matériel de parachutisme étranger et du "petit matériel". En 2019, le dirigeant Jérôme Bunker annonçait qu'il cherchait un repreneur et un futur dirigeant pour Basik Air Concept, lui-même arrivant à l'âge de la retraite.

En 2020, Greg Étévé a repris le flambeau. Si vous connaissez son visage aujourd'hui, c'est certainement via la campagne de communication qu'il a démarré en avril dernier sur les réseaux sociaux. Car avant cela, Greg Étévé était plutôt "l'homme de l'ombre", fort occupé à développer son entreprise et à servir ses clients.

Ci-dessus : Publicités de 2014 (à gauche) et 2021 (à droite), Basik est redevenu un distributeur multimarques et vend 100% en ligne.

Durant cinq ans, diriger Basik Air Concept n'a pas été une mince affaire… Le 19 mai 2026, dans une vidéo annonçant la fermeture prochaine de Basik, Greg Étévé déclarait :
"J’ai tout essayé pour sauver l’entreprise.
Ces derniers mois, j’avais mis en place un plan de sauvegarde pour continuer à avancer, continuer à servir les clients et garder Basik en vie malgré les difficultés.
Mais parfois, même quand on donne tout… ça ne suffit pas.
Basik, ce n’était pas juste une société pour moi.
C’était une partie de ma vie.
Des années de travail.
Des milliers de commandes préparées avec passion.
Des rencontres incroyables.
Des clients qui sont devenus bien plus que des clients.
J’ai toujours essayé de faire les choses avec honnêteté, avec passion et avec l’envie sincère d’aider les gens dans leur progression.
Alors forcément, écrire ces mots aujourd’hui… ça fait mal.
Mais malgré tout, je reste fier du chemin parcouru.
Fier de ce qu’on a construit ensemble.
Et surtout reconnaissant envers toutes les personnes qui m’ont fait confiance depuis le début.
Merci pour tout."

ParaMag remercie Basik Air Concept, qui a été un fidèle annonceur depuis sa création jusqu'à aujourd'hui, soit un partenariat qui a duré 21 ans ! Alors l'histoire ne pouvait pas se terminer ainsi entre nous…
ParaMag est allé à la rencontre de Greg, dans les locaux de "Basik", à Vidauban (83), près du Luc. Il nous a raconté son histoire, il nous a montré les coulisses de Basik Air Concept, avant que la page se tourne définitivement.

RENCONTRE AVEC GREG ÉTÉVÉ, dirigeant de Basik Air Concept de novembre 2020 à juin 2026



ParaMag : Quand et comment t'es venue l'idée de prendre la direction de Basik Air Concept ?
Greg Étévé :
C'était en 2019, je sortais d'un gros "burn out" suite à une séparation difficile et un ras-le-bol professionnel. J'avais envie d'un changement de vie, mais je ne savais pas vers quoi m'orienter. En scrollant sur Internet, je suis tombé sur l'annonce qui disait que Basik était à vendre, et je me suis dit "pourquoi pas ?"

Quelles compétences avais-tu pour te lancer dans une telle entreprise ?
J'avais 12 ans d'expérience de chef d'entreprise, celle que j'avais crée avec mon frère, à Albert dans la Somme, à l'âge de 24 ans, avec juste un CAP de couvreur en poche. J'avais 36 ans, j'étais sur les toitures tous les jours.
En couverture, aucune journée ne se ressemble, chaque situation est différente et t’oblige à t’adapter. Tu n’as pas vraiment le temps de te poser de questions. Tu apprends vite. Tu observes. Tu fais des erreurs. Tu recommences. Et surtout, tu prends des responsabilités. C’est une école exigeante, chaque chantier est une leçon. C’est aussi là que j’ai appris des choses qui ne s’improvisent pas et qui me suivent encore aujourd’hui : le sérieux, la précision, et le sens des responsabilités.
Mais depuis l'âge de 19 ans, j'étais chef d’équipe et je me retrouvais à encadrer des salariés bien plus âgés que moi. Avec mon frère, on s'entendait toujours bien tous les deux pour diriger cette PME de couverture charpente. Mais on était monté jusqu'à 24 employés et ça devenait lourd à gérer sur le plan humain. Notre boîte tournait… mais plus moi. C'est une des raisons qui m'ont poussé à chercher autre chose.

"Je me suis dit que ça devait être génial de bosser dans sa passion."

 

Où en étais-tu dans le parachutisme à ce moment-là ?
J'avais 19 sauts et je sautais à Péronne, je sortais de ma PAC avec Manu Bouchard. Lorsque j'ai vu l'annonce, je me suis dit que ça devait être génial de bosser dans sa passion. Et comme je cherchais un changement de vie totale, c'était une bonne occasion. J'en ai parlé à mon comptable, nous avons examiné l'offre de session et le premier feu est passé vert. Mais l'entreprise était située à 1000 kilomètres de chez moi, je n'avais pas d'apport financier, et je n'y connaissais pas grand-chose dans le matériel para et je ne parlais pas anglais. Peu importe, j'étais commun un fou à l'idée d'avoir ma propre boite dans le parachutisme et je voulais tout faire pour saisir cette opportunité.

On suppose que les feux suivants n'étaient pas tous au vert…?
Ah ça non ! Premiers feux rouges : les banques. J'ai essuyé refus sur refus. Mais je n'ai pas baissé les bras et je me suis adressé à un courtier, qui m'a trouvé enfin une banque pour me suivre. Étape suivante : il me fallait tout de même un apport et je n'en avais pas. Alors j'ai mis ma maison en vente, ainsi que mes meubles et j'ai vendu mes parts de la société à mon frère. Et c'est à ce moment-là que la crise sanitaire du Covid est arrivée !

Dingue ! Ce n'était plus un feu rouge, mais un blocus complet…
Carrément, ça a tout bloqué, mais j'ai continué à chercher des solutions et j'ai trouvé deux investisseurs passifs qui étaient partants. Et puis finalement ma maison a été vendue et mes parts de société également, alors j'ai enclenché le prêt et j'ai enfin pu acheter Basik Air Concept.

À quelle date ça s'est passé ?
La vente a été signée en novembre 2020, je suis arrivé ici, dans le sud, et je logeais dans un meublé. Mais avant cela, il y avait eu toute la période Covid que j'avais mise à profit pour me former, découvrir le matériel, etc. Jérôme a assuré une grande partie de ma formation.

C'était quoi Basik Air Concept, au moment où tu as acheté l'entreprise ?
C'était essentiellement un site e-commerce. Il n'y avait plus du tout de fabrication de parachute (N.D.R.L les sacs-harnais Advance et les gammes de voiles principales et de secours) juste encore un peu de réparation et une petite production de pièces détachées, uniquement sur la partie conteneur principal et voile principale des équipements Basik : POD, poignées de libération, élévateurs, extracteurs, etc. J'ai tout de suite vu le potentiel du site e-commerce, qui restait à développer.

"Nous avions plus de 1000 références en stock."

 

Outre tes expériences professionnelles précédentes, Basik est une entreprise très spécialisée et tu n’y connaissais pas grand-chose en parachutisme. Comment as-tu fait face à celà ?
Pour tout ce qui concerne le parachute et le commercial, c'est Jérôme qui m'a formé. Au départ, nous avions prévu une période de 6 mois et finalement ce n'est pas trop mal tombé, avec le Covid. Mais après 6 mois, je n'étais pas encore suffisamment opérationnel, surtout pour ce qui concernait les marchés militaires. Il a donc fallu rallonger la période de formation et Jérôme m'a accompagné plus longtemps que prévu. C'est à partir de juin 2025 que je me suis retrouvé complètement seul.

Quelle a été ta première action ou décision importante en tant que gérant de Basik ?
Dès 2021, je me suis lancé dans une refonte totale du site Internet. La société ayant stoppé la fabrication de parachute et le chiffre d'affaires généré par la fabrication de pièces de rechange étant minime, c'était la meilleure chose à faire pour développer le chiffre d'affaires. Je me suis lancé dans une refonte majeure du site e-commerce, avec un prestataire qui avait pignon sur rue. Malheureusement, malgré le budget important investi chez lui, il s'est avéré incompétent à réaliser ce dont nous avions besoin.

C'est-à-dire ?
Après plus de 2 ans de travail, nous avons mis le site en ligne, c'était en septembre 2023, et nous avons rencontré de gros problèmes : les mots de passe et certaines fonctionnalités administrateur ne fonctionnaient pas correctement, les clients rencontraient des problèmes pour se connecter, c'était l'anarchie totale.

Comment as-tu fait pour continuer à travailler ?
Il a fallu repartir à zéro avec un autre prestataire, mais en attendant d'avoir un nouveau site qui fonctionne, nous n'avions pas d'autre choix que de continuer avec celui qui était en place. Cela nous a valu une grosse perte de chiffre d'affaires, et ce n'est qu'en juin 2025 que j'ai enfin eu un nouveau site e-commerce fonctionnel.

Entre ça et la crise sanitaire, on ne peut pas dire que tu as été aidé dans tes débuts avec Basik !
Pas du tout, et les conséquences ne se sont pas fait attendre… Les baisses de chiffres d'affaires et les remboursements mensuels auxquels je devais faire face m'ont mis dans une situation compliquée sur le plan financier. Fin 2024, j'ai été confronté à une prise de décision difficile : celle de déposer un plan de sauvegarde. Je l'ai fait suffisamment tôt et il a été accepté, mais j'ai dû repartir à zéro, au sens propre comme au sens figuré. Je me suis battu et j'ai remonté doucement la pente. Même si je ne m'en suis jamais caché – je l'avais annoncé sur un réseau social – le plan de sauvegarde est passé pratiquement inaperçu. C'est-à-dire qu'il n'a pas porté à conséquences sur les clients, et c'est une grande fierté : toutes les commandes ont été honorées et je n'ai pas eu d'impayé.

"En 2025, 65.000 entreprises ont fermé en France."

 

Comment as-tu procédé pour en arriver là ?
J'ai entamé une nouvelle organisation et j'ai mis en place des process pour la gestion du stock (avec par exemple des codes barres, le scan et des emplacements identifiés sur les étagères), le traitement des commandes client, la préparation et la réalisation des expéditions, etc. Cette restructuration avait pour objectif d'apporter de la polyvalence avec mon employée, plus d'efficacité, donc moins d'erreurs, un gain de temps et des délais de livraison plus courts. Elle permet également de me dégager du temps pour la gestion des approvisionnements, le commercial et la communication. Elle a commencé à porter ses fruits par une augmentation du chiffre d'affaires.

Qu'est-il advenu du plan de sauvegarde ?
Il s'est terminé en fin 2025, l'entreprise a été de nouveau considérée comme viable et elle était revenue sur une bonne voie pour 2026. C'était une grande fierté, car en 2025, ce sont 65.000 entreprises qui ont fermé et France et la mienne n'était pas dedans. Et sur la totalité des entreprises qui parviennent à valider un plan de sauvegarde, seulement un tiers d'entre elles parviennent à s'en sortir, et la mienne était dedans. Mais je savais que je devais continuer à me battre, surtout par les temps qui courent, le parachutisme est un sport qui coûte de plus en plus cher.

Comment tu définis le cœur de métier de Basik Air Concept ?
C'était la vente de matériel de parachutisme sous toutes ses formes, et qui s'adressait du pratiquant débutant à l'expert. Basik était là pour accompagner le débutant qui hésitait sur ses choix de matériels, pour lui éviter de faire des erreurs. Basik était aussi là pour servir des experts exigeants (à juste titre !) comme les plieurs-réparateurs, à qui nous fournissions de la matière première : suspente, tissu, bouclerie, fil, sangle, galon, etc.
Basik, c'était volontairement un modèle 100 % en ligne, pour pouvoir expédier partout dans le monde, plus rapidement et avec plus de disponibilité sur le matériel. Ce choix clair - pas de boutique physique - permettait plus de stock accessible, plus de références disponibles et des expéditions rapides. Basik, c’était un e-shop pensé pour les parachutistes d’aujourd’hui : accessible partout, simple, efficace.

"Je recevais de 15 à 20 appels de clients par jour, ceux qui avaient besoin d'aide pour passer commande."

 

C'est ce que tu as expliqué dans une récente campagne, sur les réseaux sociaux, où tu te mettais beaucoup en avant, pourquoi ?
Cela s'appelle le "personal branding", ou "marketing personnel", ce qui désigne le processus de développement d'une marque autour du dirigeant et/ou de sa carrière. Cette stratégie m'a été conseillée, car il a été constaté que je connaissais bien mes clients, mais qu'eux ne me connaissaient pas.
Je tiens juste à préciser qu'à travers la campagne de "personal branding", ce n'est pas ma personne que j'ai souhaité mettre en avant, mais mon travail chez Basik. Car une grande partie de ce travail consistait à gérer ce que le client ne voit pas. Sur le site, tout paraît simple : produits, délais, validations, expéditions. Mais en réalité, derrière chaque commande, il y a les échanges avec les fabricants et les fournisseurs. Il y a les relances, les confirmations, les ajustements de dernière minute. Il arrive que certains fournisseurs prennent du retard, et bousculent les délais annoncés sur le site ou sur le devis. Il faut relancer, vérifier, chercher des solutions.

Parce que faire attendre un client sans l'informer, ce n’est pas acceptable. La gestion des stocks est complexe, car parfois certains articles partent très vite… et puis plus du tout. Et quelques semaines plus tard, plein de demandes arrivent en même temps. Ce ne sont pas des ventes linéaires, elles arrivent par vagues. Et il faut savoir anticiper ces vagues, c’est une vraie gymnastique permanente. C’était aussi ça mon rôle derrière Basik : pas seulement vendre du matériel, mais faire en sorte que chaque parachutiste reçoive le bon équipement, au bon moment. Parce que derrière un site e-commerce, il y a surtout quelqu’un qui fait en sorte que tout fonctionne.
Au final, une entreprise, ce n’est pas un coup de tête ni un coup de génie. Avec Basik, ce sont des milliers de parachutistes accompagnés, des clients partout dans le monde et des rencontres incroyables. Et surtout quelque chose qui n'a pas de prix : la confiance.

Qu'est-ce qui t'a orienté dans cette direction de "personal branding" ?
L'épisode difficile du plan de sauvegarde m'a poussé à trouver toutes sortes de solutions pour m'en sortir correctement. L'une d'entre elles a consisté à intégrer les formations et le coaching d'une société spécialisée dans le domaine. J'y ai appris beaucoup de choses, j'ai dû parfois sortir de ma zone de confort, par exemple pour tourner les vidéos, mais les efforts étaient porteurs d'espoir.

Par exemple, quelle est la première chose que tu as apprise avec eux ?
Cela peut paraître stupide, mais j'ai d'abord réalisé que je fais partie des "solos-entrepreneurs", complètement absorbés à faire tourner leur entreprise, et dans mon cas à tenter de la sauver, ils n'ont plus de recul et il n'y a personne pour leur ouvrir les yeux ou les aiguiller dans un monde qui est en pleine mutation. Ensuite, leur domaine d'action touche à tous les aspects de l'entreprise : organisation interne, stratégie commerciale, communication, utilisation des nouvelles technologies, etc. Et c'est donc ce qui m'a amené à la nouvelle organisation expliquée précédemment.

"Avec Basik, ce sont des milliers de parachutistes qui ont été accompagnés."

 

Dans une des vidéos, tu expliques les difficultés d'acheter seul son matériel, les risques de faire un mauvais choix, etc. Tu dis que tu es là pour conseiller, pour répondre aux questions d'avant achat (et que ce n'est pas un robot qui répond). Comment est-ce que tu procédais ?
Le matériel de parachutisme, ce n’est pas un achat “classique”. Entre les tailles, les compatibilités, les générations d’équipement ou simplement le type de pratique visée, un détail peut tout changer. Jusqu'à l'année dernière, je recevais de 15 à 20 appels de clients par jour, car ils avaient besoin d'aide pour passer commande. J'ai travaillé sur les descriptions du site internet, afin qu'il y ait le plus d'informations possible, des tutos et des FAQ (foire aux questions).
Le site était équipé d'un chatbot, mais il ne fonctionnait pas très bien et en début d'année 2026, on a mis en place le lien WhatsApp. Il suffisait de cliquer sur le bouton pour être en contact direct. Je ne pouvais évidemment pas répondre en instantané à tout le monde, mais avec un peu d'organisation, j'arrivais à répondre dans la journée, au maximum sous 24 heures, et ainsi à clôturer 90% des commandes. J'apportais directement les bonnes réponses au client, ce n'était pas un chatbot qui récitait automatiquement. Les clients étaient vraiment en confiance.
Cela pouvait concerner un choix de casque, un échange de taille, une prise de mesure pour une combinaison. Il m'arrivait parfois d'aider un client en utilisant la visio pour qu'il prenne correctement ses mensurations dans une commande de combinaison.

Outre ces arguments de conseil et d'information, quels étaient les points forts de Basik ?
Je dirai d'abord le stock, nous avions plus de 1000 références en stock, et la capacité de les livrer rapidement et efficacement, en soignant les expéditions, pour éviter les erreurs et les retards. Tous les articles étaient calés dans les cartons qui étaient eux-mêmes cerclés.
Ensuite je dirai la transparence, que ce soit dans les délais de livraison, dans la qualité et le prix des produits, ce qui amène la confiance et la satisfaction des clients.
Enfin nous étions à l'écoute du marché et à l'affût des nouveautés. C'est pour ça que l'année dernière, j'ai investi dans un déplacement au Symposium du PIA (N.D.L.R. l'association internationale des industriels du parachute), à Daytona, aux États-Unis.

Quels sont les exemples de nouveautés récentes que tu as commercialisées ?
La plus récente est la gamme de support de caméra TurboSkyMount, avant cela il y a eu Fudo, l'altimètre digital AN2, et aussi l'Atlas d'Alti 2. Depuis le début de l'année dernière, nous avons distribué la marque de combinaison Profly, notamment le modèle Focus qui marchait bien. Au début j'étais un peu sceptique avec ce fabricant slovène, mais les produits sont de bonne qualité, le sur-mesure est bon également. Dans les matières premières, il n'y a pas vraiment de nouveautés, c'était au contraire le long terme qui était important : nous étions en capacité de fournir à tout moment de la suspente, alors qu'il y a très peu de fournisseurs dans le monde. Nous proposions des élastiques de lovage d'un excellent rapport qualité-prix, c'était en quelque sorte une "spécialité" Basik, ils sont reconnaissables à leur couleur noire.

Tout cela laisse à penser que Basik était entré dans une nouvelle ère, qu'est-ce que ça t'a inspiré ?
C'était une renaissance sous une forme moderne : avec une structure affirmée, même si je n'avais qu'une seule employée, elle était là depuis le début de l'aventure Basik, nous formions une équipe efficace, avec des process bien en place, et des méthodes modernes.

"Je n'étais qu'au début de ce que je voulais faire il y a 5 ans."

 

Est-ce que c'était le Basik dont tu rêvais lorsque tu as acheté l'entreprise ?
Je n'étais qu'au début de ce que je voulais faire il y a 5 ans, avant de passer par l'étape Covid, puis celle du site Internet raté, etc. Les échecs font partie de la vie, il faut les prendre comme des apprentissages. J'ai effectivement beaucoup appris et j'avais tellement hâte de mettre en pratique les idées que je n'avais pas encore eu la possibilité d'explorer.

Quelles idées par exemple ?
Lorsque je suis arrivé dans le sud, j'ai continué à sauter un peu, principalement au Luc et en Corse à Propriano. J'ai totalisé 69 sauts, et puis j'ai été rapidement absorbé par l'entreprise. Pour 2026, je faisais de nouveau des projets de déplacements sur les terrains : par exemple, Basik devait tenir un stand au boogie de Corbas "Skyvan is Back" du 19 au 21 juin, ce devait être le premier depuis 6 ans et j'avais tellement hâte !
Ensuite, dans la mesure du possible, je souhaitais développer les projets de partenariat que nous avions mis en place avec deux athlètes de haut niveau : Adrien Gallot et Pauline Ravaudet.
Et aussi perpétuer les ventes de vêtements, sweat capuche, t-shirt et casquette floqués avec le logo Basik et qui se vendaient bien. L'idée n'était pas spécialement de faire de la vente de vêtements, mais j'avais le sentiment qu'une communauté Basik était en train de se former, cela se voyait notamment à travers ces achats-là.

Malheureusement, tu as annoncé le 19 mai que tout s'arrête brusquement, et dans la vidéo tu expliques pourquoi. Mais peux-tu nous en dire plus, alors que l'épreuve du plan de sauvegarde était passée ?
Je crois que tout le monde est conscient du contexte économique actuel… Faut-il répéter ce que l'on entend régulièrement aux infos ? Cela a forcément des répercussions et le parachutisme n'est pas quelque chose de primordial lorsque le pouvoir d'achat est en baisse. En 2026, je savais dès le début de l'année que je n'avais pas le droit à l'erreur. Et cela aurait été une erreur de continuer.

"Je tiens à remercier tous mes clients, tous mes fournisseurs."

 

Le mot de la fin…?
À 42 ans, c'est une décision difficile à prendre. J'ai tout donné, tout tenté, tout investi pour remonter la pente et pouvoir servir mes clients. Malheureusement ça n'a pas suffi. J'ai dû prendre cette décision à contrecœur bien sûr, mais c'était nécessaire avant que la situation n'empire. Je tiens à remercier tous mes clients, tous mes fournisseurs qui m'ont été fidèles et qui ont toujours été là pour Basik. C'est une aventure qui se termine et une page qui se tourne. Mais aussi une nouvelle qui va s'ouvrir pour moi. Il va falloir repartir de zéro, je connais puisque je suis déjà parti de zéro en reprenant Basik en 2020. C'est ça qui fait ma force, c'est de toujours aller de l'avant. C'est un mauvais cap à passer, je serai épaulé par certaines personnes et par d'autres non, mais je continue d'avancer et je vais rebondir.
MERCI POUR TOUT.◼︎

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