Le 18 juin dernier, le plus long vol de formation en wingsuit au-dessus d'un relief montagneux a été réussi dans les Alpes par une équipe composée de huit athlètes Red Bull, parmi les meilleurs pilotes de wingsuit au monde. ParaMag revient en images et en détails sur cette séquence incroyable, diffusée par la célèbre marque sur ses réseaux et ceux de ses athlètes sponsorisés.
D'après une interview de Fred Fugen et Dani Román, par Red Bull Content Pool
Cet exploit est fondé sur une idée de Fred Fugen. Déjà auteur d'un long vol de proximité en wingsuit au-dessus du Mont-Blanc, l'athlète des Soul Flyers souhaitait aller plus loin avec une performance collective dans cet environnement particulièrement exigeant, offrant un point de vue inédit grâce à des images tournées aussi bien en mode embarqué que par des cameramen extérieurs.
Le but n'était plus seulement de parcourir ce qui est considéré comme la plus longue trajectoire au monde en vol de proximité avec une wingsuit, mais de réunir plusieurs pilotes capables de la parcourir en vol de formation serrée.

Vincent Cotte (à gauche sur la photo) capture les images de la formation à huit composée de Fred Fugen, Dani Román, Marco Fürst, Marco Waltenspiel, Aurélien Chatard, Sebastian Álvarez, Mike Swanson, Andy Farrington. Photo Dom Daher - Red Bull Content Pool
"C’était un rêve de réunir un groupe de pilotes experts en wingsuit pour voler ensemble au-dessus du Mont-Blanc, à Chamonix où je vis, de réaliser ensemble des vols très techniques et d’accomplir une première mondiale" explique Fred Fugen.
L'équipe réunie pour cette tentative regroupait huit spécialistes expérimentés en wingsuit et issus de cinq pays. Aux côtés de Fred Fugen figuraient l'espagnol Dani Román, les autrichiens Marco Fürst et Marco Waltenspiel, le français Aurélien Chatard, le chilien Sebastian Álvarez ainsi que les américains Mike Swanson et Andy Farrington. Deux cameramen assuraient les prises de vue extérieures : le français Vincent Cotte et l'américain Scott Palmer. Tous possèdent une solide expérience des projets aériens techniques et du vol de proximité en wingsuit.
Le projet a nécessité près de deux ans de préparation. Cette période a été consacrée à la définition du parcours, à la répartition des rôles au sein de la formation, à la répétition des procédures ainsi qu'à l'étude des marges de sécurité nécessaires. Chaque détail devait être anticipé : le positionnement de chaque pilote, la synchronisation des manœuvres, la gestion des distances de séparation et le maintien d'une trajectoire opérationnelle pour permettre l'ouverture des parachutes dans des conditions optimales.
Après avoir sauté de deux hélicoptères à une altitude de 5.500 mètres au-dessus du massif du Mont-Blanc, les huit athlètes se sont positionnés en formation tandis que les deux cameramen se sont placés en extérieur. La formation s'est engagée en direction du sommet, qu'elle a survolé avant d'entrer dans la ligne de vol de proximité, sur une trajectoire se terminant dans la vallée de Chamonix.

Photos ci-dessus : prises de vue extérieure et embarquée de la formation à huit survolant le sommet du Mont-Blanc.
Au total, le parcours représentait environ 7,5 kilomètres de distance horizontale et près de 3.800 mètres de dénivelé entre le sommet et la zone d'atterrissage. Réalisé en environ trois minutes et trente secondes, le vol s'est effectué à des vitesses comprises entre 180 et 200 km/h.
"C'est un vol très long, c'est très exigeant physiquement et aussi en concentration parce que nous devons garder nos positions de vol près du relief et à une vitesse élevée" commente Fred Fugen. "Le plus gros challenge ici, c'est de toujours garder la formation dans la ligne de vol tout en conservant de la marge pour pouvoir rejoindre l'unique zone de poser. Une fois que nous avons sauté de l’hélicoptère, il n’y a pratiquement aucun endroit où atterrir avant d’atteindre la vallée en contrebas."
Tandis que Fred Fugen était le leader principal au sein de la formation, Dani Román occupait un rôle particulier, en qualité de second leader. Pourquoi un second leader ? Parce que voler en formation constante, même à huit et même dans ces conditions extrêmes, ça n'était pas suffisant !
Au cours de la première partie de la descente, les huit pilotes ont exécuté un premier mouvement consistant à séparer la formation initiale en deux groupes de quatre. Ce n'était que le début d'une chorégraphie qui ajoutait une difficulté supplémentaire à un programme déjà exigeant en matière de synchronisation et de précision.
Dani Román explique : "Nous nous sommes séparés en deux groupes de quatre : les bleus d'un côté et les blancs de l'autre. J'étais en charge de diriger le groupe bleu tout en gardant la référence sur le groupe blanc dirigé par Fred. Nous utilisons un système de communication radio qui nous relie tous durant tout le vol, nous pouvons donner des instructions de direction, de vitesse, de position et de timing pour synchroniser tous les mouvements. Et chaque groupe est passé en vol de proximité le long d'une arrête rocheuse, chacun de son côté, et s'est ensuite rejoint."

La formation se sépare en deux groupes, les blancs et les bleus, avant de passer à proximité de l'arrête rocheuse. Photo Fred Fugen - Red Bull Content Pool
Cette organisation à deux leaders permettait à l'ensemble de conserver une marge de sécurité avec le relief tout en restant en cohésion permanente durant les évolutions.
Fred Fugen : "Pour moi, en tant que leader, je suis très concentré sur l'anticipation de la trajectoire. L'objectif est de faire le minimum de changement de vitesse, de trajectoire et de direction. Il faut bien regarder ce qui va arriver après, mais aussi gérer ce que nous faisons en direct. C'est un travail qui nécessite une bonne expérience sur ce terrain, que je connais bien."
Dans la deuxième partie de la chorégraphie, le groupe blanc conservait sa formation serrée à quatre tandis que les bleus tournaient autour, en effectuant un "tour d'horloge" complet. Et ils ont eu le temps de refaire un deuxième tour complet avant d'arriver sur la vallée.

Vue embarquée depuis la caméra du leader du groupe blanc qui vole en formation tandis que les bleus leur tournent autour. Photo Fred Fugen - Red Bull Content Pool
Contrairement à un vol individuel, cette première mondiale imposait aux huit pilotes de maintenir en permanence leur position relative tout en tenant compte simultanément du relief, de la vitesse, des mouvements de leurs partenaires et de la trajectoire commune. Selon Fred Fugen, l'un des principaux enjeux consistait à préserver en permanence une hauteur suffisante pour garantir une ouverture de parachute en toute sécurité. La marge d'erreur était particulièrement réduite, le relief du massif laissant très peu de possibilités d'atterrissage avant l'arrivée dans la vallée.

L'arrivée dans la vallée avant l'ouverture des parachutes. Les 10 pilotes sont visibles sur cette image : 4 bleus, 4 blancs, et les 2 cameramen (un en blanc et un en bleu). Photo Fred Fugen - Red Bull Content Pool
La capture des images constituait un autre défi majeur. En plus des caméras embarquées, deux caméramans spécialisés, Vincent Cotte et Scott Palmer, ont intégré le dispositif pour filmer la scène depuis l'extérieur. Ils ont volé en wingsuit avec le groupe de huit, et donc à proximité du relief également. Cette approche permet d'obtenir des angles variés, et une richesse d'images pour un montage époustouflant où les écarts entre les pilotes, la vitesse de déplacement et la proximité du relief prennent une dimension particulière.

Magnifique prise de vue extérieure de la formation à huit volant au-dessus du relief. Photo Vincent Cotte - Red Bull Content Pool
Fred Fugen commente : "Les cameramen extérieurs volent comme nous, ils doivent bien se positionner afin de capturer nos mouvements avec le meilleur angle. C'est un exercice très difficile et c'est aussi grâce à eux, parce qu'ils font un travail superbe, que nous avons ces images incroyables."
Dani Román conclut : "Voler en formation à huit, plus deux cameramen, dans un tel environnement, c'était intense. Chacun devait être hyper concentré, faire un travail parfait. Un saut comme celui-là, une première mondiale, au-dessus du Mont-Blanc avec ce groupe d'amis, ça n'arrive qu'une fois dans la vie et c'est un immense accomplissement pour nous tous. Les meilleurs sauts de ma vie!"
Et le mot de la fin revient à Fred Fugen : "C'est un sentiment incroyable, et pour moi beaucoup de joie, et aussi de fierté, d'avoir pu réunir une telle équipe d'athlètes et d'amis. De voler ensemble dans un tel endroit, c'est avant tout une question de confiance mutuelle. Je leur suis très reconnaissant, car ils m'ont fait confiance à la tête de la formation et réciproquement je leur ai fait confiance dans leur capacité à garder leur position dans la formation." ◼︎
GALERIE PHOTO
Encore plus d'images de cette première mondiale avec les photos de Red Bull Content. (Cliquer sur une des photos pour l'agrandir et afficher la galerie en mode diaporama).














