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LE PRIX DE LA LIBERTÉ (Épilogue iconoclaste)

Par Yves-Marie Guillaud, Benjamin Loriou et Bruno Passe

Cet article est extrait du magazine ParaMag n°381 de Février 2019. Pour le lire en version numérique, cliquer ici.

C’est en 2007 que la rubrique Iconoclaste apparaissait dans ParaMag, porteuse de réflexions sous forme de tribune libre et sur toutes sortes de sujets parachutistes. Elle n’a jamais manqué de contenus : à ce jour, son auteur Yves-Marie Guillaud a rédigé bénévolement un total de 130 “réflexions” !

Par Bruno Passe

Qu’est-ce qui pousse la rédaction de ParaMag, aujourd’hui, à aborder ces sujets sur la liberté d’expression, les algorithmes Internet, les droits de l’homme, le “big brother”,…?

Tout d’abord, c’est un sujet d’actualité générale. En juin 2017, la Commission européenne a condamné Google à payer une amende record de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante. Un an plus tard, la même Commission européenne a proposé une régulation des plates-formes numériques comme Google, Facebook et les sites de e-Booking. Car le phénomène touche tout le monde : que ce soit les start-ups, les PME, mais aussi une grande partie des multinationales, il est pratiquement impossible d’exister sur Internet sans passer par l’intermédiaire des GAFA, acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon.

Véritables portes d’entrées du Web, omniprésents dans l’univers des smartphones qui touche toutes les générations, il est mondialement reconnu que les profits des GAFA sont énormes.

Preuve supplémentaire, en ce début d’année 2019, sur fond de cette “taxe GAFA”, à prélever par la France sur ces géants du numérique. Cette taxe vise, entre autres, le chiffre d’affaires réalisé par les revenus publicitaires et la revente de données personnelles.

Elle démontre à elle seule que la gratuité d’Internet est juste une illusion, et la toute récente loi sur le RGPD* le prouve une fois de plus, à l’instar du célèbre slogan “Si c’est gratuit, vous êtes le produit” (voir encart “liens Internet”).

Pour orienter des utilisateurs, encore faut-il leur proposer du contenu. Une bonne partie de ce contenu sur Internet correspond à ceux de la presse, dans une pratique qui s’apparente à celle du pillage. En France, une partie de la presse d’information politique et générale tient encore grâce aux aides accordées par l’État. Mais à force de piller, il n’y aura bientôt plus rien à prendre, suite aux disparitions successives des magazines. Et c’est là où on en revient à ParaMag et, pour commencer, à la rubrique Iconoclaste.

Rédigée par un de nos plus fidèles et plus productifs rédacteurs bénévoles, nos lecteurs ont le droit de savoir qu’elle a servi récemment de support à une attaque directe, personnelle et professionnelle suite à la publication de ces deux textes : Réflexion de l’iconoclaste sur l’exclusion (ParaMag n°374 de juillet 2018) et Réflexion de l’iconoclaste sur la charte d’éthique et de déontologie (ParaMag n°375 d’août 2018). Pour un avocat, se retrouver avec un dépôt de plainte auprès de son Bâtonnier peut avoir des conséquences négatives. Ce qui était sans doute le but du président de l’école de parachutisme plaignante.

La plainte n’a pas eu d’autre suite que de disculper l’auteur des accusations qui lui étaient portées. La réponse du Bâtonnier du barreau de Lyon est disponible en intégralité sur paramag.fr (voir encart “liens Internet”), en voici un extrait : “Ces articles, écrits par un avocat, pratiquant assidument le parachutisme depuis de nombreuses années, consistent à analyser une situation de fait particulière pour en tirer des enseignements d’ordre général, utiles à la communauté des parachutistes. …/… Je ne relève aucun manquement déontologique de Maître Yves-Marie Guillaud.”

Au passage, ParaMag reçoit la reconnaissance d’une Autorité, située en dehors de la communauté parachutiste, sur le caractère d’utilité publique de ses publications iconoclastes au sein de cette même communauté.

C’est bien à cette “plainte injustifiée”, et aux “blessures cicatrisées” qu’elle a provoquées que l’auteur fait allusion ce mois-ci dans sa “Réflexion iconoclaste sur l’homo informaticus”.

Ces accusations et cette plainte devant la justice font donc partie des risques encourus lorsque l’on s’exprime à visage découvert, et par écrit, dans un magazine spécialisé parachutiste. Il est évidemment beaucoup plus facile d’écrire en se cachant derrière un pseudo, sur Internet. Cette pratique est apparue au début des années 2000, lorsque les forums se sont développés sur ce que l’on appelait à l’époque “la toile” ou le WWW (World Wilde Web). Il suffisait d’un pseudo et d’une adresse e-mail pour se créer une pseudo-identité sur les forums, et certains s’en créaient même plusieurs ! En plein monde virtuel, malgré les efforts des modérateurs*, tout devenait possible, le pire comme le meilleur. C’est à ces forums qu’il est fait référence dans la Réflexion de l’iconoclaste sur le chuteur libre, en 2007.

Un peu plus de dix ans plus tard, les réseaux sociaux sont-ils en passe de remplacer les forums sur Internet ? Cela semble évident lorsque l’on observe la situation d’un des forums les plus utilisés dans le milieu parachutiste français, créé en 2000 : wuza.net, et qui a évolué en 2004 sous la forme d’une association et d’un portail Internet.

Wuza en phase terminale ?

En janvier 2018, des changements importants étaient annoncés au sein de wuza.net avec la fermeture des petites annonces, des offres d’emploi, des pages news, vidéos, centres, et des liens. L’objectif déclaré était de ne garder que le forum en tant qu’espace de discussion et d’information.

Quelques semaines plus tard, un utilisateur lançait un fil de discussion intitulé “Wuza en phase terminale ?”, un titre qui en dit assez long sur le résultat de ces changements. Dans ce fil de discussion, certains utilisateurs évoquent des pistes pour tenter d’expliquer la désertion de Wuza : phénomène international observé sur la plupart des forums (exemple : dropzone.com) qui sont progressivement remplacés par les réseaux sociaux, (par exemple les “groupes” sur Facebook), modérateurs* débordés, intransigeance envers les débutants et les nouveaux venus, etc.

Selon certains utilisateurs, Wuza aurait été victime de son succès (le créateur du forum annonce le chiffre de 400.000 messages échangés) et aurait subi une sorte de censure en amont, et à l’intérieur même du milieu parachutiste. En “langage forum” cela s’exprime ainsi:

“…/…. dans la profession on t’explique assez vite, et si tu ne comprends pas on t’explique (émoticône “marteau sur tête”) que c’est mieux de ne pas t’exprimer sur wuza autrement que pour faire des blagues de cul, et puis si tu ne comprends pas on t’explique encore (émoticône “marteau sur tête”), encore (émoticône “marteau sur tête”), encore (émoticône “marteau sur tête”)…/…”(post datant d’octobre 2018)

Encore selon certains utilisateurs de wuza.net, les groupes Facebook ne remplacent pas efficacement les forums, voici ce qu’écrit l’un d’entre eux :

“…/…Très récemment il y a eu un bon délire sur le groupe “passion para” concernant la DT 48 appliquée ou pas pour les étrangers, avec des réponses totalement WTF*. Heureusement il y a eu un recadrage, mais tardif, les infos bidons sont toujours là, et vu l’instantanéité de Facebook, elles sont rentrées dans quelques cerveaux. Je prends un exemple au pif qui a eu lieu très récemment. Ceci dit c’est clair qu’au premier abord, le forum Wuza ça pouvait rebuter, avec des réponses très sèches quelquefois…/…”(post datant de mars 2018)

Le groupe “Passion para” a été créé en septembre 2016 et il compte aujourd’hui plus de 5500 membres. Preuve que l’idée de départ était bonne, même si elle a été amorcée avec certaines maladresses.

La toute première page d’accueil de 2016 s’ouvrait sur une photo du célèbre photographe américain Norman Kent. La photo fut publiée sans son autorisation et sans indiquer son nom. Les tout premiers contenus proposés en téléchargement libre dans le groupe étaient constitués de 29 fichiers téléchargés ici et là, sur Internet. Parmi eux, il y avait quatre articles provenant du site paramag.fr, sans notre autorisation et sans qu’il soit fait référence au magazine.

Cherchant simplement à défendre des droits d’auteur (et pas que les siens), ParaMag a donc contacté l’administrateur du groupe pour lui demander de rectifier certaines choses. Ce qu’il a fait en supprimant immédiatement la photo et les articles, mais en fustigeant aussitôt ParaMag, utilisant en public nos réponses faites en privé, et ensuite amalgamées sous la forme d’un texte intitulé “warning publications ParaMag”. Les commentaires sur ce texte sont bloqués, nous ne sommes donc pas libres d’y répondre.

Le fondateur et administrateur principal du groupe “Passion para” ne dévoile pas son identité sur Facebook. Retirer immédiatement la photo et les textes, n’était-ce pas reconnaître la faute ? N’est-il pas tenu, de par sa profession, à un devoir de réserve ? Comme le dit François Bouteloup, Président d’honneur de la FFP et ancien colonel de gendarmerie : “On ne se cache pas derrière un pseudo lorsque l’on porte un uniforme et que l’on est censé représenter la loi”.

Sans pseudo pour se camoufler, peut-être pourrait-il se retrouver avec une plainte auprès de sa hiérarchie, comme Yves-Marie Guillaud avec son Bâtonnier. À la différence près qu’Yves-Marie Guillaud assume ses écrits, comme le font tous les auteurs de ParaMag.

L’utilisation d’un pseudo était devenue la norme sur un forum, elle est plus gênante sur les réseaux sociaux dont l’essence même est de faire connaissance et de relier les utilisateurs entre eux. C’est un des points communs avec les forums : l’anonymat est de plus en plus courant sur Facebook, le réseau acceptant l’ouverture d’un compte sur la base d’un nom, qui peut être un pseudo et d’une adresse e-mail. Qui plus est, dans le milieu parachutiste, rien de plus facile que d’apparaître méconnaissable derrière une paire de lunettes de chute et sous un casque.

Rapidement, ParaMag avait décidé d’en arrêter là avec le premier administrateur de “Passion para” (il y a certaines choses contre lesquelles il est inutile de lutter…), mais nous avons constaté que le panneau “warning ParaMag” apparait encore régulièrement, depuis tout ce temps.

Et à chaque fois qu’un membre du groupe veut publier quelque chose concernant ParaMag, il n’est pas libre de le faire, car l’administrateur le bloque et l’envoie vers le message d’avertissement. C’est ainsi que Benjamin Loriou, un autre de nos plus fidèles et plus productifs rédacteurs, qui est aussi photographe, nous a demandé de publier le texte qui suit.

La toute première page d’accueil du groupe Passion Para tel qu’elle se présentait en 2016, avec une photo de Norman Kent non créditée et 29 fichiers en téléchargement libre que l’administrateur déclarait “détenir”. Les fichiers visibles ici sont des articles provenant de paramag.fr, sans autorisation et sans qu’il fut fait référence au magazine.

COUP DE GUEULE !


Par Benjamin Loriou

Certains d’entre vous me connaissent de par les articles que j’ai rédigés pour ParaMag, mais ce coup de gueule ne se limite pas au magazine : il concerne tout le milieu de l’image qui est à la fois une de mes passions et l’une de mes activités professionnelles.

Je suis tombé récemment sur le post Facebook “warning publications ParaMag” datant de janvier 2018 et repartagé plusieurs fois depuis.

L’administrateur du groupe s’offusque que malgré le soi-disant prétexte de faire une publicité gratuite pour ParaMag, on lui a demandé de retirer les articles. Comme il semble sûr de lui et du bien-fondé de son comportement, il se vante de ne plus publier d’informations, photos, …, provenant de ParaMag et de n’avoir pas renouvelé son abonnement. Mais où va-t-on ?

S’il m’était donné de répondre directement dans ce groupe, voici ce que serait la réponse d’un collaborateur du magazine :

Je suis à 100% d’accord avec la direction de ParaMag ! Quel que soit le «deal» entre ParaMag et moi, quand j’envoie un article ou des photos à la rédaction, je le fais pour ParaMag et essentiellement pour ParaMag. Étant aussi photographes ou cadreurs avant d’être dirigeants d’un magazine, ces professionnels savent très bien qu’aucun photographe n’apprécierait que ParaMag distribue son travail à d’autres magazines ou médias, sous le prétexte de «ça te fait de la pub» ! Qu’il y ait une discussion à ce sujet-là, oui bien sûr, mais que cela se fasse sans accord préalable, c’est hors de question. J’en tiens pour preuve les messages, désormais nombreux, où la direction de ParaMag m’a contacté avant de réutiliser des photos (ou un article) déjà publiées, mais dans un autre contexte.

Je m’adresse maintenant à l’administrateur : qu’est-ce qui vous dit que l’auteur des fichiers que vous avez publiés sans autorisation est d’accord pour apparaître sur votre groupe Facebook? Qu’est-ce qui vous dit que l’auteur n’a pas exigé de ParaMag que ce fichier ne soit utilisé que dans ParaMag ? Qu’est-ce qui vous laisse penser que vous pouvez utiliser gratuitement une photo sous prétexte qu’elle se trouve sur Internet ? Avez-vous pris la précaution de préciser toute la légende exigée par l’auteur et publiée par ParaMag, pour que le message soit bien celui voulu par l’auteur ?

«Oui, mais c’est accessible par tous sur le site Internet de ParaMag !» Et alors ? Vous voyez une jolie voiture sur un parking, avec les clés dessus, vous partez avec ? L’administrateur argumente : «notre groupe est à but non lucratif».

Et alors ? «Monsieur le juge, oui j’ai pris cette jolie voiture, je ne l’ai pas cassée, les clés étaient dessus ! Et puis nous, on est juste un groupe de passionnés de voiture, ce n’était pas pour la revendre…». Ma comparaison est aussi stupide que son argumentaire.

Vous demanderez alors : que dit la loi ? Avant de parler de loi, si on parlait de respect des autres, de respect des droits d’auteur, et de bonne éducation ?!

La réponse de la Cour de justice de l’Union européenne

En août 2018, La Tribune a publié un article intitulé : “Publier une photo libre d’accès sur le net sans autorisation est maintenant interdit”.

Je vous copie juste le lien (voir encart “liens Internet”). Par respect pour l’auteur de l’article, je vous laisse en prendre connaissance intégralement sur le site du journal, avec la mise en page du site Internet, les liens en rapport avec le texte et les publicités qui vont avec.

Une nouvelle année commence, c’est le moment de prendre de bonnes résolutions…! 

“JUSTE UNE ILLUSION”
Tout comme les forums avaient du bon à leur époque, les groupes Facebook apportent un plus à la communauté parachutiste. Il faut vivre avec son temps, et avec les GAFA ! Il n’empêche qu’il faut aussi lire les mentions légales portées sur les sites visités (voir encart “Mentions légales”). D’autre part, il faut aussi prendre conscience que la liberté de l’internaute se réduit proportionnellement à l’augmentation des publicités qui envahissent son écran.
Sur Facebook, c’est pire encore puisque ce n’est pas l’internaute qui décide de ce qui s’affiche en premier sur son fil d’actualité, c’est un puissant algorithme conçu pour l’orienter là où il passera le plus de temps, afin de pouvoir lui afficher toujours plus de publicités.
Enfin, une dernière question : est-il vraiment libre celui qui s’exprime derrière un pseudo, sorte de masque virtuel ?

 

Liens Internet
La célèbre vidéo avec la voix française de Bruce Willis, “Si c’est gratuit, vous êtes le produit” :

La réponse du Bâtonnier au barreau de Lyon, en intégralité :
https://paramag.fr/contenus/download/YMG_PM_381.pdf
L’article de La Tribune :
https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/publier-une-photo-libre-d-acces-sur-le-net-sans-autorisation-est-maintenant-interdit-787271.html

Mentions légales
En matière d’informatique et liberté, wuza.com fait l’objet d’une déclaration auprès de la CNIL sous le numéro de visa n° 893008. Dès 2002, le site protégeait son contenu en mentionnant : “L’ensemble des documents écrits, photos, et vidéos de ce site ainsi que la charte graphique du site ne sont pas libres de droits. Toute reproduction partielle ou totale est formellement interdite. Si vous souhaitez utiliser une partie du site, vous devez en avertir les auteurs. Ceux-ci se réservent le droit de refuser une quelconque autre diffusion.”
Le site paramag.fr est reconnu en qualité de service de presse en ligne par la Commission paritaire des publications et agences de presse sous le numéro 0919 W 91506. En application de l’article 1er de la loi n°86-187 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la presse, son contenu est donc protégé, tel qu’il est mentionné sur le site : “Toute reproduction d’article, représentation, traduction ou adaptation, intégrale ou partielle, est strictement interdite sauf avec l’autorisation de l’éditeur, quel qu’en soit le procédé, le support ou le média, y compris Internet.”

Définitions
Modérateurs Internet :Voici un exemple de définition, avec celle mentionnée sur Wuza.net (extrait des conditions générales d’utilisation) : “Pour chaque rubrique du forum des modérateurs ont été désignés. Leur mission est de contrôler que le contenu ne comporte pas de propos illégaux ou susceptibles de porter atteinte à la considération ou à la vie privée des tiers ou encore des propos qui ne seraient pas en relation avec le thème des discussions abordées. Ils ont la possibilité de modifier ou supprimer les messages ne satisfaisant pas aux règles citées ci-dessus, ainsi que d’évincer les auteurs de propos non autorisés ou illégaux sur le forum. L’utilisation du forum vaut acceptation inconditionnelle de la mission des modérateurs et en général des règles décrites ci-dessus.”
WTF : acronyme de “What the fuck ?!”
GAFA : acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon
RGPD : Règlement général de protection des données, adopté par le Parlement européen le 14 avril 2016 et appliqué depuis le 25 mai 2018. Ce règlement de l’Union européenne est devenu le texte de référence en matière de protection des données à caractère personnel, visant à protéger les individus au sein de l’Union européenne.

 

REFLEXION DE L’ICONOCLASTE SUR LE CHUTEUR LIBRE


N.D.L.R. : Cet article a été publié pour la première fois dans le ParaMag n°245 d’octobre 2007 et il est disponible en intégralité sur www.paramag.fr. Onze ans plus tard, à quelques détails près, le texte conserve tout son sens. Et on peut poser les mêmes questions, elles amènent pratiquement les mêmes réponses.


Par Yves-Marie Guillaud

Si l’iconoclaste s’autorise une libre réflexion sur tout ce qui lui passe par l’esprit, à la seule condition que cela concerne le parachutisme, le moment lui semble venu de rendre hommage à l’un de ses maîtres : le chuteur libre.
Ah, le chuteur libre! Qui s’en souvient ?
C’était il y a une quinzaine d’années. ParaMag n’était encore qu’un gamin, mais déjà hors du système de pouvoir en place, lequel ne manquait pas de le lui reprocher. Ses rédacteurs, adeptes du poil à gratter, trop peut-être, mais il faut bien que jeunesse se passe, étaient assez incontrôlables.
…/…
Le Chuteur Libre émanait de deux rédacteurs de ParaMag qui se sont amusés à une parodie débridée d’un mensuel, ParaMag, dont l’esprit frondeur n’a jamais vraiment disparu, quoi qu’en semblent en dire ou en penser certains. Une sorte de délire potache privé en parallèle à une libre réflexion publique, mais nécessairement structurée.
ParaMag est-il rentré dans le rang ? Certains s’interrogent à ce sujet dans un forum parachutiste, y exprimant le désir d’une presse indépendante du pouvoir sportif et du pouvoir économique.
À bien y réfléchir, on pourrait considérer que, dans le milieu spécifique du parachutisme, mais aussi plus généralement, l’indépendance se gagne par la réunion de trois conditions : des rédacteurs qui osent rédiger des réflexions qui dérangent, un rédacteur en chef qui a l’audace de les publier et des lecteurs qui les lisent.
La deuxième condition, l’audace de publier des textes dérangeants, demeure présente. La publication sans aucune censure des “réflexions de l’iconoclaste” en est une preuve. Ce n’est pas la seule, loin de là…/…
La première condition est plus délicate à réaliser. Depuis la retraite rédactionnelle de la première génération de rédacteurs, qui reste-t-il dans le parachutisme pour oser, pouvoir se permettre et assumer d’écrire des réflexions quelquefois désagréablement perçues par le pouvoir en place ?
L’époque n’est plus celle du chuteur libre, mais plutôt celle du vengeur masqué. On se défoule dans des forums à l’abri d’un pseudo garantissant l’anonymat.
Si un forum est constitué de libres propos anonymes, une revue est constituée d’une libre réflexion assumée. Cette différence fondamentale donne toute sa valeur actuelle à l’écrit publié qui exige une structuration précise de l’argumentaire et un engagement personnel de l’auteur.
…/…
Vingt ans de ParaMag, ce sont enfin plusieurs générations de lecteurs parachutistes pour qui il fait partie du paysage, trop peut-être, car on n’imagine plus, à force d’habitude, que sans lui il n’y aurait rien. Gare, car ceux qui lisent l’exemplaire du voisin ou du club, ceux qui font snobisme de prétendre ne pas le lire, ceux qui se vantent de le lire sans s’abonner seraient les premiers à fustiger l’absence d’une véritable presse parachutiste indépendante.
Qui mesure pourtant la dose de volonté qu’il faut pour créer chaque mois un nouveau numéro, pour mener à bien cette entreprise de forme commerciale basée sur une bonne dose de bénévolat ? Qui mesure le travail de toute la rédaction pour fournir une information rigoureuse, une réflexion libre, des images, des nouveautés ?
Qui est volontaire pour participer à encore plus de travail et de réflexion, introduire encore plus de liberté, risquer de ne pas se faire que des amis, mettre son image personnelle en jeu à chaque nouvelle impertinence ?
Pour que vive l’esprit du chuteur libre !

L’auteur au départ du Pilatus, dans le ciel de Lyon-Corbas. Photo Pascal Maury

390 Novembre 2019 Sommaire

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