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La Saint-Michel 2026

Et les 70 ans du "Noratlas"

UNE HISTOIRE AERONAUTIQUE HORS DU COMMUN

Photo Arthur Briquet

Depuis 2023, la présence du Nord 2501 "Noratlas" pour la Saint-Michel donne un cachet supplémentaire à ce rassemblement particulier, et il permet de faire sauter plus de monde (173 "sautants" cette année encore) qu'avec l'Antonov 2 ou le Dakota. En 2026, le "105" fête ses 70 ans, et ParaMag s'attarde un peu sur le sujet.

Par Bruno Passe

N.D.L.R. : Cet article est en deux parties. Vous êtes ici dans la partie 2, voici le lien pour accéder à la partie 1.

Sur l'aéroport de Dinard-Pleurtuit, c'est avec passion que Maxence Schneeberger, pilote professionnel, vice-président et bénévole de l'association Le Noratlas de Provence, mécanicien sol et mécanicien navigant sur le 105, donne des explications sur l'histoire hors du commun de cette machine, sauvée de l'oubli.

Que ce soit en vendant les produits de la boutique " Le Noratlas de Provence" – casquettes, écussons, posters, flammes, pin's, autocollants, cartes postales – dont le profit contribue au maintien en état de vol du Noratlas n°105 ou en occupant un temps d'attente à l'embarquement, il éclaire les participants sur les aspects factuels et techniques de la restauration de la machine et de son exploitation actuelle.

Le temps d'une pause sur l'aéroport de Dinard-Pleurtuit, Maxence Schneeberger donne des explications sur l'histoire hors du commun du Noratlas n°105. Photo Joël Bonnel

Et une fois à bord, s'il se présente encore un temps d'attente pour les parachutistes, on peut compter sur Daniel Chevalier, ancien officier militaire, parachutiste confirmé, juge fédéral, chef largueur et membre co-fondateur de l'association Le Noratlas de Provence, pour donner des explications sur l'historique du Noratlas en général et du 105 en particulier.

Daniel Chevalier, chef largueur (…et intarissable narrateur !) du Noratlas. Photo Guy Marceaux

Non seulement ParaMag a bien "écouté la leçon", mais il est allé "faire ses devoirs" (de mémoire) sur diverses sources, dont le site internet de l'association Le Noratlas de Provence.

Un symbole vivant

Il est le dernier représentant de son espèce à pouvoir encore prendre les airs. À 70 ans, le Nord 2501 Noratlas n° 105, immatriculé F-AZVM et surnommé "La Grise", demeure un symbole vivant de l’aviation militaire française. Si cet appareil exceptionnel continue aujourd’hui de voler, c’est avant tout grâce à la mobilisation de l'équipe de passionnés réunis au sein de l’association Le Noratlas de Provence.

L’histoire du Noratlas commence à la fin des années 1940, lorsque la Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Nord développe un nouvel avion destiné au transport tactique de l’Armée de l’Air. Sa conception se distingue par une architecture à double poutre, une vaste soute et deux puissants moteurs Bristol Hercules développant chacun plus de 2 000 chevaux. Capable d’emporter cinq tonnes de matériel ou une trentaine de parachutistes, le Nord 2501 devient rapidement un appareil incontournable du transport aérien militaire français. Entre 1954 et 1988, il assure de nombreuses missions, tandis que sa production atteint 426 exemplaires.

Le Noratlas n°105 quitte les chaînes de fabrication de Bourges le 14 mai 1956. Quelques mois plus tard, il participe à ses premières opérations militaires lors de la crise de Suez. Au début des années 1960, il sert notamment en Algérie au sein du Groupe de transport Sahara. C’est cette affectation que rappelle aujourd’hui sa décoration, reconnaissable à son nez vert et à l’identification 62-SI. Sa carrière se poursuit pendant plusieurs décennies, au cours desquelles il accompagne également la Patrouille de France et l’équipe parachutiste des Phénix. Lorsqu’il est finalement abandonné sur la base d’Aix-les-Milles en 1986, son compteur affiche plus de 10.000 heures de vol.

Un angle imprenable sous le "ventre de la bête", juste après la sortie par une des deux portes latérales. Photo Frank Chavan

L’avenir de l’avion paraît alors bien compromis. Pourtant, en 1993, des mécaniciens navigants décident de lui offrir une seconde vie. Rassemblés dans la section "Aviation Passion", ils rachètent l’appareil pour un "franc symbolique" et entreprennent une restauration particulièrement ambitieuse. Il leur faudra deux années d’efforts et plus de 24.000 heures de travail bénévole pour remettre le Noratlas en état de vol. Le 20 mai 1995, près de neuf ans après son abandon, le n° 105 retrouve enfin le ciel.

Cette réussite marque le début d’une nouvelle aventure humaine. Au début de l’année 1996 naît l’association Le Noratlas de Provence, avec pour mission de préserver cet avion historique et de lui permettre de continuer à voler. Les efforts de ses membres sont progressivement récompensés par l’obtention d’un certificat de navigabilité d’époque, d’une autorisation pour les sauts militaires, puis, en 2007, par le classement de l’appareil au titre des Monuments historiques.

Photo Bruno Passe

Forte aujourd’hui de plus de 150 membres, l’association poursuit son engagement avec la même détermination. Installé à l’aéroport de Marseille-Provence grâce au soutien d’Airbus Helicopters, le Noratlas 105 peut ainsi être présenté en vol lors de manifestations aéronautiques à travers l’Europe. Mais conserver un tel appareil en état de navigabilité demande des moyens importants, tant sur le plan technique que financier. À titre d’exemple, sa seule remise en peinture a nécessité un investissement de 100.000 euros en 2022.

C’est pour saluer ce parcours exceptionnel qu’une cérémonie anniversaire s’est tenue le samedi 23 mai 2026 sur la Base aérienne 701 de Salon-de-Provence. Bénévoles, anciens militaires et amateurs d’aviation s’y sont retrouvés pour célébrer les 70 ans de "La Grise", avec notamment une spectaculaire mise en route de ses moteurs en clôture de journée.

Au-delà de ses caractéristiques techniques et de son passé militaire, le Noratlas 105 incarne surtout une formidable aventure de sauvegarde du patrimoine. Depuis plus de trente ans, des femmes et des hommes mettent leurs compétences, leur énergie et leur passion au service de cet avion. Grâce à eux, ce témoin de l’histoire aéronautique française ne se contente pas d’être exposé dans un musée : il continue de faire entendre ses moteurs et de parcourir le ciel.

Depuis le Noratlas, le photographe parvient à saisir le Mont-Saint-Michel en arrière-plan, au moment où le largage des reconstituants va commencer. Photo Arthur Briquet

Un défi technique et financier permanent

Maintenir en état de vol le Noratlas 105 constitue un défi quotidien pour l’association Le Noratlas de Provence. Sur le plan technique, le vieillissement de l’appareil conçu dans les années 1950 impose une surveillance constante de ses deux moteurs Bristol Hercules, de ses hélices, de ses circuits hydrauliques, de son train d’atterrissage et de l’ensemble de ses équipements.

Les pièces détachées représentent une difficulté particulière : certaines ne sont plus fabriquées couramment, obligeant l’association à constituer des stocks et à anticiper les remplacements. Elle dispose ainsi d’une réserve d’environ 28.000 pièces, réparties entre quelque 2.000 références.

La silhouette inoubliable du Noratlas, telle qu'elle est vue durant les premières secondes de chute. Photo Frank Chavan

Malgré cette organisation, les incidents mécaniques peuvent entraîner des réparations imprévues, voire l’annulation de missions. Le stationnement à l’extérieur expose également la cellule aux intempéries et à la corrosion. La remise en peinture réalisée en 2021-2022, destinée notamment à protéger la structure, a ainsi représenté un investissement d’environ 100.000 euros.

À ces contraintes s’ajoute le coût élevé de l’exploitation. Carburant, lubrifiants, assurance, contrôles réglementaires, maintenance périodique et réparations mobilisent des sommes importantes. À titre d’exemple, les montants publiés par l’association font état d’une assurance responsabilité civile annuelle de 11.000 euros et d’une vérification du circuit d’extincteurs de 30.000 euros tous les cinq ans. Une panne majeure peut également nécessiter le déplacement de mécaniciens et d’équipements spécialisés loin de la base de l’avion.

Tommy Papatango et Arnaud Couturon, les deux derniers chuteurs à avoir sauté du Noratlas pour cette édition de la Saint-Michel 2026. Photo Tommy Papatango

Pour financer ces dépenses, l’association s’appuie sur les recettes de ses missions aériennes, notamment les prestations de parachutage et les présentations lors de manifestations, ainsi que sur les adhésions, les dons et le soutien de partenaires privés. Le bénévolat demeure tout aussi essentiel, car il permet d’assurer une grande partie des travaux et de transmettre des compétences devenues rares.

L’équilibre reste toutefois fragile : voler génère des recettes, mais entraîne aussi des frais et sollicite une mécanique ancienne. Grâce à l’engagement de ses membres, au soutien de ses partenaires et à une activité aérienne en reprise, Le Noratlas de Provence poursuit sa mission. L’enjeu est désormais de réunir durablement les ressources financières, les pièces et les compétences nécessaires pour que "La Grise" continue de voler en toute sécurité.

Site Le Noratlas de Provence

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