Notre sondage "soft links... Sais-tu qui les a inventés ?" est désormais terminé. Merci aux 232 participant(e)s ! Le but était de tester la culture para de nos lecteurs/trices, et en celà les résultats du sondage sont tout aussi intéressants que la bonne réponse en elle-même. Car il s'agit bien d'une invention française… mais dont l'histoire est plus complexe qu'il y paraît.
Par Bruno Passe
Qui donc a inventé ce système astucieux qui relie les suspentes d'une voile au harnais du parachute, qu'il s'agisse d'une principale, d'un secours ou d'un tandem ?
Le sondage a été mis en ligne le 1er avril 2026 et il s'est arrêté le 30 avril 2026. Même après un mois, il a eu du mal à départager deux grands fabricants : les Américains de Performance Designs et les Français de Parachutes de France. Ce sont ces deux réponses qui ont pris la tête très rapidement devant les autres.
Ensuite elles se sont alternées à la première place, avant de rester ex aequo, une situation qui a duré plus de 24 heures avant la fin du sondage, dont les résultat définitifs s'affichent ci-dessous. Et cette situation n'est pas très étonnante, car même si la réponse est claire, le sujet est plus vaste qu'il y parait.
Les soft links (connecteurs souples), selon toi, ils ont été inventés par :
- Parachutes de France (35%, 82 Votes)
- Performance Designs (35%, 82 Votes)
- UPT Vector (13%, 29 Votes)
- Sun Path (Javelin) (7%, 17 Votes)
- Aerodyne (4%, 9 Votes)
- Icarus World (3%, 7 Votes)
- Jyro (3%, 6 Votes)
Nombre de votes: 232
La bonne réponse se trouve ici, dans notre article "Le baptême ordinaire… D'un débutant peu ordinaire".

Lancement commercial des connecteurs souples Parachutes de France, en pleine page de pub (quatrième de couverture) du ParaMag n°107 d'avril 1996.
C'est le français Michel Urbain qui a inventé le premier modèle de connecteur souple amovible, en 1996 et alors qu'il travaillait au bureau d'étude du fabricant Parachutes de France (dit "PF"). Il s'agissait de remplacer les connecteurs métalliques, dits "maillons rapides", qui avaient eux-mêmes remplacé des modèles métalliques encore plus encombrants.

Ci-dessus : Vue comparative de trois types de connecteurs, à travers les âges : à gauche un maillon rapide utilisé en 1990, au milieu un maillon rapide plus petit (années 2000) et à droite un connecteur souple actuel.

Ci-dessus : Extrait du catalogue américain Para Gear de 1984-1985 : différents modèles de connecteurs métalliques parmi ceux qui étaient utilisés à l'époque, et donc bien avant l'arrivée des connecteurs souples.
À noter qu'on parle ici de fabrication en série et de modèles commercialisables, car dès les années 1980, des réparateurs passionnés et ingénieux avaient déjà réalisé de façon artisanale des connexions sans pièce métallique, mais elles n'étaient pas amovibles.
De PF à PD : l’évolution vers le standard moderne
Bien qu'astucieux, le premier modèle de connecteur souple de Parachutes de France utilisait encore une petite pièce en métal, un petit anneau qui assurait le verrouillage du système. Inconvénient : il était un peu récalcitrant à mettre en place et aussi à retirer.
De mémoire de plieur/réparateur, c'est le fabricant Performance Designs (dit "PD") qui a sorti un autre modèle similaire, le SLinks, mais 100% textile car l'anneau en métal y était remplacé par une butée en tissu. Franck Cherrier (GeMaPar) précise même que Performance Designs a déposé un brevet américain sur ce système. Il s'agit du brevet n° US 6,270,128 B1 du 7 août 2001, téléchargeable ici.

Les connecteurs souples SLink de Performance Designs. Le slogan américain dit "next génération" ("génération suivante" ou "prochaine génération"), il sonne donc comme un aveu : il y a bien eu une "génération précédente", et c'est celle du connecteur souple de Parachutes de France (souple, mais avec le petit anneau en métal).
Progressivement, toutes les voiles principales Performance Designs furent livrées en standard avec ces connecteurs, qui étaient aussi vendus séparément, et ils se sont propagés sur le marché des voiles principales. Vers la fin des années 1990, d'autres constructeurs s'étant mis à construire leurs propres connecteurs souples, largement "inspirés" de ceux de PF et de PD, le composant est devenu un standard sur les voiles principales.
Selon un article publié le 9 décembre 2021 sur le site de l'USPA, la fédération américaine de parachutisme, l'invention du connecteur souple SLink est attribuée à Ian Bellis. Ce qui est plausible, étant donné le CV du personnage (voir en bas de page), mais l'article est illustré avec une photo de connecteur à anneau métallique, du même type que celui inventé et commercialisé par Parachutes de France.

Des connecteurs souples tels qu'on peut en voir de nos jours sur les terrains de parachutisme. À gauche, un modèle tandem, utilisé ici pour relier la drisse d'extraction principale (noire) à l'encrage d'extrados (blanc). Sur l'élévateur bleu (au centre), un modèle de marque PD (entièrement en textile), sur l'élévateur noir (à droite) le modèle initial de marque Parachutes de France (modèle d'origine avec le petit anneau en métal).
Une adoption progressive pour tous les types de voiles
Toujours est-il qu'après s'être répandu sur le marché des voiles principales, au début des années 2000, l'usage des connecteurs souples s'était instauré progressivement sur les autres types de voiles : les principales pour tandem, puis les secours solos et enfin les secours pour tandem.
Et lorsque les connecteurs souples sont utilisés sur les voiles de secours, ils le sont en tant que composants certifiés, ils sont donc numérotés et référencés sur les documents officiels. Ils doivent pouvoir répondre aux conditions de traçabilité qu'exige la réglementation en vigueur dans le pays d'origine.

Performance Designs assure la traçabilité de ses SLinks, même pour ceux qui ne sont pas des composants certifiés : sur cette photo il s'agit du modèle actuel pour voile principale.
Il ne nous a pas été possible de reconstituer l'historique précis des fabricants ayant progressivement franchi chacune de ces étapes, mais il apparaît que les autres constructeurs français de l'époque – Basik Air Concept et Parachute Shop – n'étaient pas en reste, l'un sur les parachutes de secours et l'autre sur les tandems.
Et puis le connecteur souple "soft link" a commencé a remplacer aussi certains autres connecteurs : celui de la ligne d'extraction des voiles principales, du RSE tandem, etc.
La plupart des fabricants de voiles proposent désormais leurs propres soft links, mais Safran conserve tout de même les connecteurs 100% métalliques sur ses voiles tandems. Certains modèles de soft links actuels utilisent encore le petit anneau métallique, par exemple pour le tandem ou le secours (exemple : le fabricant Icarus).

Ci-dessus : Extrait d'un site marchand actuel (sky-shop.eu) qui propose différents modèles de connecteurs souples, pour voiles principales et voiles de secours, de différents constructeurs.

Ci-dessus : Deux types de connecteurs souples "inspirés" des modèles originaux : à gauche avec butée textile (PD), à droite avec butée métallique (PF).
Les soft links sont aussi utilisés sur les parapentes et pour le BASE jump, avec des modèles spécifiques qui sont différents de ceux qui servent dans le parachutisme. Par exemple, le fabricant français AdrenalinBase propose le B-Link (BASE Link), un modèle légèrement différent par sa butée qui forme un surplomb (voir à droite, photo ci-dessous).

Ci-dessus : Les connecteurs souples "soft links" ont également fait leur apparition dans les milieux du parapente et du BASE jump. À gauche : gros plan sur un connecteur souple pour parapente, à droite pour le BASE jump (Le B-Link d' AdrenalinBase).
Une évolution majeure… à ne pas négliger en entretien
À y regarder de plus près, il semble bien que le connecteur souple "soft link" soit la dernière évolution majeure (la plus récente) apportée aux parachutes. Majeure dans la mesure où elle représente un standard qui concerne tous les types de parachute, comme l'ont été en leur temps le hand deploy (qui a remplacé les extracteurs à ressort), le glisseur (qui a remplacé les drisses de temporisation), le tissu "zéro porosité" (qui a remplacé le tissu poreux) et le système de libération 3 anneaux.
Comme cela arrive régulièrement dans le monde de la parachutisme, l'évolution s'est faite par étapes, sur la base d'une idée géniale, qui a ensuite été améliorée, copiée, adaptée, etc. Jusqu'à devenir un standard auquel plus personne ne fait attention !
Quoique… Les soft links étant textiles, et même si votre plieur de secours préféré les a contrôlés lors du pliage/entretien annuel, cela ne vous empêche pas d'y jeter un coup d'œil de temps en temps, n'est-ce pas ? Lorsqu'ils sont neufs, c'est obligatoire après les 20 premiers sauts pour s'assurer qu'ils se mettent bien en forme dans la traction subie par les ouvertures et qu'ils restent bien en place au pliage. Pour le long terme, il existe des manchons de protection qui évitent les usures possiblement dues au frottement des anneaux de glisseur.
C'est comme le fameux système de libération 3 anneaux : savez-vous qu'il faut l'inspecter régulièrement, malaxer légèrement les composants textiles (car ils ont tendance à être rigidifiés et marqués par les parties métalliques), contrôler les anneaux, nettoyer les joncs, etc. Ceci est un autre sujet, à découvrir ou à relire ci-dessous…
À propos de Ian Bellis
Ian Bellis (décédé en 2003 dans un accident de la circulation en Floride) fut président d’Aerodyne Research Corporation (U.S.A.) et un des dirigeants d’Aerodyne International, au début des années 2000. Ancien compétiteur en VR-4 et VR-8, il totalisait plus de 6000 sauts dont de nombreux en tests pour les voiles. Il possédait les diplômes américains de Senior Rigger (réparateur) et de moniteur tandem et A.F.F. (P.A.C.). Il a été conseillé technique et testeur A.F.F. auprès de l’U.S.P.A. (fédération américaine) et directeur commercial chez Performance Designs. Il a participé à de nombreux séminaires de par le monde, sur les thèmes du pilotage des voiles et des procédés industriels liés à la fabrication des parachutes.






