En ce moment, il fait chaud sous la combinaison et ça donne envie de sauter "sans" ? Est-ce pour cela que 35 parachutistes ont décidé de sauter nu, à Skydive Chicago ? La réponse est "oui, mais pas que".
Par Bruno Passe
Photo d'intro : Archive ParaMag datant de 1990, l'équipe de France de vol relatif en sortie accrochée pour un saut "à poil", la notion de SANS n'existait pas à cette époque. La photo originale a été publiée dans ParaMag, en "nu intégral", mais nous la publions aujourd'hui en version numérique "soft", avec un emoji en guise de "cache sexe". Photo Patrick Passe
Début juillet, ils sont venus des quatre coins des États-Unis pour se rendre en Illinois, à Skydive Chicago, et tenter d’établir un nouveau record du monde, celui de la plus grande formation de parachutistes nu(e)s.
Les deux premiers jours de l'événement étaient consacrés à des sauts d'entraînement en petits et moyens groupes, jusque 10 personnes. Le but était de s'entraîner, d'adapter les techniques de vol aux sensations de sauter nu et de sélectionner 35 parachutistes qui seraient capables de construire une formation.
Ces premiers sauts ont permis de mettre l'accent sur la sécurité et le développement des compétences avant de passer à des formations plus importantes. Étant donné que les moyens de contrôle du taux de chute sont considérablement réduits dans cette configuration, ils ont permis également de déterminer la meilleure place de chaque participant au sein de la future formation record.
Puis les tentatives officielles ont débuté. Même si le concept de "sauter à poil" part généralement d'une idée décontractée, les participant(e)s ont pris le défi technique à coeur et on peut même dire "à bras le corps" (voir ci-dessous le montage vidéo officiel publié par Aerial Marketing Production).
Aucun record "SANS" n’a été battu cette fois-ci à Skydive Chicago qui accueillait l’événement pour la deuxième fois, le record à battre étant une formation à 32 réalisée le 13 juillet 2024.
C'est quoi un record "SANS" ?
C'est un record de saut sans combinaison, effectivement, mais le sigle SANS signifie en anglais "Society for the advancement of naked skydiving", en français "Association pour la promotion du parachutisme nu". La signification du mot "sans" en français n'a pas échappé aux dirigeants de l'association qui y font référence.
L'association SANS est structurée, avec son histoire, ses records et son règlement. Celui-ci précise que : "les parachutistes doivent être nus du cou aux genoux et d’un poignet à l’autre. Les chaussettes et les chaussures sont non seulement autorisées, mais vivement recommandées. Les accessoires parachutistes : casques, gants, ceintures de plomb et ceintures abdominales sont tous autorisés. Le port d’un short par-dessus la combinaison est obligatoire jusqu’à l'approche de l’altitude de largage et lors des déplacements sur la zone de saut".
La communauté SANS est née d’un mélange d’humour, de camaraderie et d’esprit de liberté, elle rassemble des parachutistes qui ont en commun une expérience pour le moins singulière : avoir effectué au moins un saut… entièrement nu.
Loin d’une démarche provocatrice, SANS revendique avant tout l’aspect ludique du parachutisme. Pour ses membres, le saut sans vêtements constitue une manière originale de célébrer le plaisir du vol humain dans sa forme la plus simple, débarrassée de tout superflu. L’organisation insiste d’ailleurs sur le respect absolu des règles de sécurité et des réglementations nationales. ATTENTION : s'il vous prenait l'idée de rejoindre cette communauté, sachez que la réglementation française exige un niveau technique minimum pour pouvoir sauter avec les membres découverts.
Au fil des années, la communauté SANS est devenue internationale, elle s’est structurée autour de son site Internet thesans.org. Ce n'est pas un site de photos de nus, inutile d'y aller si vous cherchez de genre de choses... Il recense les membres, les événements et une série de records spécifiques.
Les "SANS Formations" reprennent le principe des formations de vol relatif en chute libre, mais avec cette particularité que tous les participants doivent effectuer leur saut en étant nus. Contrairement aux records classiques de vol relatif, ces formations ne sont pas fondées sur des emplacements précis ; seul compte le nombre de parachutistes réunis dans une même figure. Tous les participants doivent être membres de SANS, l’adhésion pouvant même être validée rétroactivement afin d’homologuer un record ancien.

Archive ParaMag datant de 1988 : des parachutistes du CPS Paris – Île-de-France, à la Ferté Gaucher, construisent une formation à 8. Là aussi, la photo originale a été publiée dans ParaMag, en "nu intégral", mais nous la publions aujourd'hui en version numérique "soft". Photo Didier Klein
Les records sont classés par États ou pays et peuvent être homologués à condition que le saut respecte les règles fédérales en vigueur, notamment celles de l’USPA ou de leur équivalent national. Cette démarche témoigne de la volonté de la communauté d’inscrire cette pratique dans un cadre sérieux, malgré son caractère insolite.
Au-delà de l’anecdote, SANS illustre une des facettes de la culture parachutiste. Depuis toujours, ce sport cultive un esprit de liberté, de convivialité et d’autodérision. Les rassemblements, boogies et records collectifs sont autant d’occasions de renforcer les liens entre passionnés. Dans cet environnement où la confiance mutuelle est essentielle, le saut nu devient presque un rite initiatique, un souvenir partagé davantage qu’un exploit.
Pourquoi est-ce que l’on saute nus ? La réponse donnée sur le site SANS est simple : "Parce qu’on le peut !" Chaque parachutiste a ses propres raisons de sauter sans combinaison. Le fait est que, quelle que soit la raison, nous avons tous la capacité et le courage de faire ce saut.
Cette philosophie explique sans doute la longévité de SANS. Derrière l’image spectaculaire se cache une communauté soudée qui perpétue une tradition originale du parachutisme mondial. À une époque où les performances techniques atteignent des sommets, elle rappelle qu’au-delà des records, le parachutisme demeure avant tout une aventure humaine… et parfois, la plus simple des tenues suffit pour y prendre part. ◼︎






