
L'équipe Cacolac Wingsuit dans sa composition de 2024 (de gauche à droite) : Aurélien Sadorge, Nicolas Minvielle et Boris Paturet. Photo FAI – Marcus King
Cet article est un épilogue à notre publi-rédactionnel (qui est accessible directement ici) sur la marque de supports de caméra TurboSkyMount, avec l'interview de Nicolas Minvielle (co-fondateur et co-dirigeant de l'entreprise qui les produit).
Interview de Nicolas Minvielle, par Bruno Passe
Tout en s'impliquant dans le développement de TurboSkyMount, Nicolas Minvielle est devenu champion du monde de wingsuit acrobatique, au sein de l'équipe de France "Team Cacolac wingsuit", vainqueur des championnats du monde 2024 à Beaufort, aux États-Unis.
Cette victoire, ainsi que celles des autres équipes de France, avait fait l'objet d'un article publié en octobre 2024 sur ParaMag.
Cette année, l'équipe de France de wingsuit acrobatique va remettre son titre de champion du monde en jeu, dans une composition légèrement différente, et ça nous a donné envie d'en parler aussi avec Nicolas. C'est ce que nous faisons à travers l'interview qui va suivre.

Les performers de l'équipe Cacolac Wingsuit (Boris Paturet et Nicolas Minvielle) en vol à Beaufort, aux États-Unis, durant les championnats du monde 2024. Photo Team Cacolac - Aurélien Sadorge
ParaMag : En octobre 2024, à Beaufort, aux États-Unis, toi et tes coéquipiers de la "Team Cacolac wingsuit" - Boris Paturet et Aurélien Sadorge - êtes sacrés champions du monde de wingsuit acrobatique. Peux-tu nous raconter comment s'est formée votre équipe, avant de devenir l'équipe de France ?
Nicolas Minvielle : Boris, Aurélien et moi, nous étions trois amis de longue date, nous nous sommes rencontrés sur un spot de wake board, il y a une quinzaine d'années. Je pratiquais beaucoup en compétition, Boris s'y était mis également et nous nous sommes liés d'amitié à travers ce milieu.
En 2018, nous avons débuté le parachutisme tous ensemble et nous avons progressé ensemble jusqu'à créer une équipe de vol relatif.
Ce qui est atypique, c'est que nous n'avons pas créer une équipe avec 3 personnes qui performaient chacun de leur côté, on est parti tous les trois depuis zéro, on a progressé ensemble et la synergie existait déjà entre nous.

L'équipe Cacolac est sacrée championne du monde de wingsuit acrobatique lors des championnats du monde 2024 à Beaufort, aux États-Unis.
Où avez-vous commencé à pratiquer le parachutisme ?
Nous sommes tous originaires de la région toulousaine et nous avons débuté à Pamiers, ensuite nous sommes aussi aller pratiquer à Agen. Je précise tout de suite que ces deux centres ont ensuite largement contribué à notre victoire en championnat du monde, car dès nos débuts en wingsuit ils se sont adaptés à nos contraintes d'entrainement, que ce soit pour les largages, les cadences de sauts, la logistique, etc.
Bien, c'est noté ! Pour en revenir à vos débuts en équipe, il s'agissait bien de vol relatif ?
Oui, c'est ça. C'était en 2019 et nous avons fait notre première compétition en VR8 à Vichy, depuis le Casa, un fameux souvenir. A l'époque, pour promouvoir la discipline, l'équipe de France se mélangeait avec les autres compétiteurs pour constituer des équipes. Nous nous sommes retrouvés avec Kevin Mansion et Charles Rommel, c'était fabuleux !
Et cette année-là, en plus du VR, de la vidéo tandem et de l'initiation B2, nous avions également débuté la wingsuit, ça nous faisait rêver et on s'est engagé à fond dans cette discipline.
Et ensuite, la crise sanitaire est arrivé, c'est ça ?
Oui… J'ai mis tout ce temps à profit (entre autres) pour travailler sur TurboSkyMount (N.D.L.R. : voir première partie de l'interview) avec mon épouse Carolina et en identifiant les besoins à travers ma pratique de vidéoman tandem, initiateur B2 et aussi la wingsuit. Et l'idée de faire une équipe de wingsuit nous est venue aussi à ce moment-là, car il commençait à y avoir des compétitions officielles en France.

L'équipe Cacolac Wingsuit dans sa composition de 2025/2026 (de gauche à droite) : Thomas Dupache, Boris Paturet et Nicolas Minvielle. Photo Jump-Tandem Prostejov - Simon Kadula
Qu'est-ce qui vous a motivé à monter une équipe de wingsuit ?
À la base, c'était pour rigoler ! La wingsuit se pratique par équipe de 3 : 2 performeurs et un vidéoman, et on était trois potes, c'était parfait. Et puis comme Boris et moi avons l'esprit de compètition, on y est allé, mais plutôt dans un but de loisir, de rencontre et de découverte.
Avec Boris, nous avons participé à notre première compétition nationale en 2020.
Comment ça s'est passé ?
On a participé dans les deux disciplines : acrobatique et performance, en catégorie nationale 2. Mais c'est surtout la discipline en équipe qui nous attirait : l'accro. La performance se pratique seul et ça nous intéressait moins. Cela dit, Boris s'est classé premier en catégorie N2 ! Pour cette première année de compétition en N2, c'est Tarik El Almi Jami qui nous filmait et l'équipe se nommait Flying Pistaches Pamiers. L'année suivante, on s'est représenté dans la même composition, mais avec le nom de Team Cacolac Pamiers, et on est monté sur la troisième marche du podium N2.
Et c'est en 2022 que les "choses sérieuses" ont commencé, en catégorie nationale 1 ?
C'est ça ! Notre ami de longue date Aurélien Sadorge nous a rejoints cette année-là, en tant que vidéoman, Boris et moi étions performeurs. Nous avons gagné la médaille d'argent en N1 durant le championnat de France à Nancy, derrière l'équipe "MaMa Wingsuit" qui était composée de Max Diebold, Matthieu Brossard et Carl Chevalerias (videoman).
L'année suivante, à Tallard, nous avons gagné la médaille d'or et à partir de là, on ne l'a plus jamais lâchée !
Et si on ajoute à cela la médaille d'or aux championnats du monde dès l'année suivante, en 2024, c'est tout de même une progression impressionnante : vous en aviez rêvé ?
Je dois dire que non ! Lorsque nous avons démarré la discipline, nous n'imaginions absolument pas devenir un jour champions du monde. À l'époque, ce sont les performances des "MaMa Wingsuit" qui nous laissaient rêveurs ! On les regardait avec des étoiles dans les yeux, car ils faisaient des scores que jamais on aurait imaginé atteindre. Pour les équipes au top niveau, le nombre de figures réalisées durant un saut a plus que doublé en seulement quelques années.
Comment expliquer une telle progression, sur le plan technique ?
Pour notre équipe Cacolac Wingsuit, comme pour la plupart des équipes (!), cela a demandé de la méthode, de la discipline et de l'entraînement, y compris en soufflerie. Chaque année, c'était une surprise de voir chaque plafond de verre que l'on arrivait à briser pour monter le niveau. Et c'est ça aussi qui nous a motivés, de se dire : "jusqu'où on peut aller ?". Il y a toujours des choses à apprendre et à découvrir.

Les performers de l'équipe Cacolac Wingsuit (Boris Paturet et Nicolas Minvielle), en vol durant un saut d'entraînement. Photo Team Cacolac - Thomas Dupache
Est-ce que l'utilisation de la soufflerie inclinée a joué un rôle dans cette progression ?
Oui, en wingsuit aussi c'est devenu un outil incontournable si on veut réussir à performer à haut niveau. C'est tout à fait comparable à l'impact qu'a eu la soufflerie verticale lorsqu'elle a commencé à être utilisée pour les entrainements de compétition en vol relatif et dans les disciplines artistiques. Et je crois que cette augmentation du niveau est comparable à celle qui a été observée dans ces disciplines, au moment où les souffleries verticales sont devenues suffisamment performantes et accessibles à tous, au début des années 2000.
L'influence de l'entraînement en soufflerie inclinée sur les performances des équipes de compétition est évidente. Et ça a contribué à notre victoire au championnat du monde en 2024. Depuis que l'entraînement en soufflerie inclinée c'est démocratisé, le niveau général a explosé et les techniques de vol ont changé : c'est phénoménal. À tel point que pour prétendre arriver à haut niveau en wingsuit, l'entrainement en soufflerie est aussi devenu un passage obligé, comme dans d'autres disciplines de chute telles que le vol relatif et l'artistique.

En 2025, à la fin des championnats de France, un vol de patrouille à six wingsuiters est organisé pour un projet de film. Ils sont tous équipés aux couleurs de Cacolac, le but était de faire de belles images, façon RedBull, mais version Cacolac. Photo Titouan Dubois
En ce qui vous concerne, dans quelle proportion votre volume d'entrainement est-il consacré à la soufflerie ?
Actuellement, c'est moitié/moitié. Nous allons régulièrement nous entrainer à Stockholm et on y organise aussi des tunnel camps. Le revers de la médaille, si on peut dire, c'est que ce type d'entrainement en soufflerie devient difficile à suivre financièrement.
Peux-tu développer ?
Désormais on se bat avec certains compétiteurs qui sont aussi des instructeurs en soufflerie et qui totalisent plus de 1000 heures de tunnel. C'est difficile financièrement de rivaliser avec un tel volume, car notre mode de fonctionnement ne nous permet pas de financer des budgets correspondant à un tel volume d'heures de vol.

Le projet Héli-Alpes 2025 a rassemblé tous les membres historiques de l'équipe Cacolac : les trois membres titulaires en 2026 plus Aurélien Sadorge (ancien vidéoman) et son frère jumeau, Benjamin Sadorge, qui réalisait les images extérieures. L'objectif était de rassembler les performers et les vidéomen autour d'un même projet, une occasion rare : des sauts d'hélicoptère dans la vallée de Chamonix, avec les Alpes en fond. Photo Team Cacolac
Et votre équipe fonctionne comment en ce qui concerne son budget ?
Nous fonctionnons sur des fonds propres avec des sponsors privés. Notre premier et principal sponsor est Cacolac, ça a démarré en 2022. Mais notre lien avec cette célèbre boisson a commencé bien avant le parachutisme, à l'époque où nous faisions du wake board avec Boris. On s'était démarqué dans ce milieu parce que nous étions des consommateurs, à l'opposé des marques de bière et de boisson énergisante, et on nous appelait parfois "les Cacolac". L'expérience s'est reproduite dans le parachutisme, alors on a tenté une demande de sponsoring et ça a marché !
Au fil du temps nous avons trouvé d'autres partenaires (voir liste ci-dessous). C'est grâce à eux que l'équipe a pu fonctionner et évoluer depuis toutes ces années jusqu'à performer au plus haut niveau.
Notre ascension en compétition correspond aussi au début de l'implication de la FFP dans la wingsuit en tant que discipline de compétition. Cela nous a ouvert les portes de la compétition internationale, en tant que représentants officiels de la France, et aussi en termes de budget : nous remercions donc vivement la fédération pour son support, d'autant plus remarquable qu'elle a déjà beaucoup d'autres disciplines officielles à soutenir.

L'équipe Cacolac Wingsuit, vainqueur sur le podium de la coupe du monde et championnats d'Europe 2025 à Prostejov, en République Tchèque. Photo Jump-Tandem Prostejov - Simon Kadula
Parlons maintenant de la nouvelle équipe, en quelque sorte, puisque Aurélien Sadorge a arrêté après les championnats du monde et depuis, c'est Thomas Dupache qui vous filme. Comment s'est passée la transition ?
Aurélien avait d'autres projets professionnels qui ont progressivement changé ses priorités, il a donc décidé d'arrêter la compétition au sein de l'équipe. Nous avons alors dû trouver un nouveau vidéoman. Très naturellement, nous nous sommes tournés vers Thomas Dupache. Nous volons avec lui depuis ses débuts en wingsuit, Boris l'a formé pour ses brevets ainsi que pour sa qualification d'initiateur wingsuit (car il est un des 4 FCT en France), donc nous le connaissions déjà très bien, aussi bien sur le plan technique qu'humain. C'était important pour nous, car dans une discipline en équipe comme la nôtre, la confiance est essentielle. Et on ne voulait pas perdre l'esprit de l'équipe de copains, il nous fallait donc quelqu'un que nous connaissions sur ce plan.
Finalement, la transition s'est faite très rapidement et efficacement. Pour sa première saison avec nous, en 2025, nous avons remporté le championnat de France, mais aussi le championnat d'Europe et la Coupe du monde de wingsuit à Prostějov, en République tchèque. On ne pouvait pas rêver mieux ! Après cette saison bien remplie, nous avons pris un peu de repos durant l'hiver 2025-2026, avant de reprendre l'entraînement avec un stage en soufflerie, puis les premiers sauts de la saison. Notre saison va se poursuivre avec des entraînements réguliers toutes les deux semaines jusqu’aux deux prochains rendez-vous en compétition qui sont le championnat de France à Grenoble, du 31 juillet au 2 août, et les championnats du monde à Lake Elsinore du 8 au 14 octobre prochain. Objectif : conserver notre titre !

En 2025, à Prostejov (République Tchèque), l'équipe Cacolac Wingsuit célèbre sa victoire avec les médailles de chacune des deux compétitions qu'elle a gagné : coupe du monde et championnats d'Europe. Photo Team Cacolac
Les sponsors de la Team Cacolac Wingsuit
Cacolac - Intrudair - FFP - SAAM Verspieren Group - UPT - Technipara - Performance Designs - Cookie helmets - LB Altimeters - TurboSkyMount - Cypres AAD (Airtec) - Sena - Flysight - Indoor Wingsuit - Ligue Nouvelle-Aquitaine - Région Auvergne Rhône-Alpes - Skydive Pamiers
Lien vers la première partie de l'article : TurboSkyMount








