
Entre deux rotations. À l'AVL Oasis, les enfants n'étaient pas à côté de l'événement : ils y participent.
L'Amical Vol Libre à l'Oasis, mi-août 2026 à Gap-Tallard. En l'air, 860 sauts en 5 jours. Au sol, une première : un vrai programme enfants, encadré par une animatrice diplômée BAFA. Henri « Riton » Bourrellis raconte comment F-WESC a arrêté de faire semblant de ne pas voir le problème.
Interview d'Henri Bourrellis, dit "Riton"
ParaMag : C'était quoi, cet AVL 2026 ?
Riton : Une nouvelle édition de l'Amicale du Vol Libre. Depuis 2020, avec le soutien et le travail du CERPS Tallard, on a construit un rendez-vous freefly au mois d'août : les WESC de 2020 à 2023, puis l'AVL CERPS depuis 2024.
Le principe n'a pas bougé : on réunit des freeflyers, et on saute. Beaucoup. Chaque camp de 5 jours tourne entre 31 et 37 sauts par participant, quand la norme internationale est à 30. Cette année, 2 camps de 5 jours! Le premier, du 10 au 14 août 2026 au CERPS, format habituel et le second du 17 au 21 août chez OASIS. Pour les DZ, c'est un flux de rotations qui rentabilise les avions, fait travailler les packers et fait vivre le centre et les restaurants/hôtels alentour.
ParaMag : Et la nouveauté de l'année ?
Riton : Elle vient de ma vie perso. Papa depuis 2021, mon approche du para a changé : avant, je courais les skill camps internationaux, en Europe et aux États-Unis ; aujourd'hui, je veux passer mes vacances avec ma fille — sans renoncer au vol en groupe technique et à la progression. Quand ma fille était bébé, une babysitter sur la DZ suffisait. Plus elle grandit, moins je me satisfais de semaines qui tournent uniquement autour de ma passion. L'idée est née là : mixer activités enfants et skydive pour les grands.
ParaMag : Et l'Oasis dans tout ça ?
Riton : J'ai rencontré la famille Tarade en 2013, à ma première venue à Tallard. Depuis, j'y ai campé, fait les camps de Flex chez eux, profité de la piscine, des chalets, de leur goût de la vie et de la fête. C'est un endroit où les gens posent leur van et ne repartent plus. Une famille au grand cœur, dont le para et l'aviation ont de la chance — Philippe Tarade est aussi un talentueux mécanicien, via Tarade Aero Services.
Quand Svenja, sa fille, m'a annoncé l'an dernier qu'elle rouvrait sa DZ « OASIS », la connexion s'est faite immédiatement : c'était le lieu du format que je cherchais. Un événement pour les parents ET les enfants. On y a monté un vrai programme d'activités en parallèle des rotations — pas une garderie improvisée dans un coin de hangar, mais un programme construit, avec une animatrice titulaire du BAFA.
ParaMag : Tu dis que tu cherchais ce format… Depuis combien de temps ?
Riton : C'est bien ça le sujet : les enfants sont là depuis toujours, on faisait comme s'ils n'y étaient pas. Sur n'importe quel évènement, c'est soit des parents qui se relaient — l'un saute, l'autre garde —, soit des enfants qui traînent huit heures autour de l'aire de pliage avec une tablette. Et surtout, il y a tous ceux qui ne viennent pas : ceux qui ont arrêté trois ans, cinq ans, parfois définitivement, parce qu'un week-end de saut avec des enfants en bas âge est ingérable.
Le parachutisme perd ses pratiquants entre trente et quarante-cinq ans, exactement au moment où ils deviennent parents. Ce ne sont pas des gens lassés du saut : ce sont des gens à qui personne n'a proposé de solution. On a longtemps considéré que c'était leur problème privé. C'est un problème à prendre en main par les DZ, les associations et la FFP.
ParaMag : Concrètement, à quoi ressemblait ce coin enfants ?
Riton : À un vrai petit centre de loisirs, sur l'espace vert de la DZ. Des structures gonflables — grand toboggan crocodile, modules d'adresse, château. Une zone plus calme sous les pins, avec des tables. Et un programme d'ateliers qui tournait dans la journée : jeux de piste, découpage, coloriage, pâte à modeler, jeux collectifs. Candice, notre animatrice, avait construit un vrai déroulé, avec des temps forts et des temps calmes, exactement comme en centre aéré.
ParaMag : Vous insistez sur le mot « programme ». Pourquoi ?
Riton : Parce que l'écart entre « on a mis un château gonflable » et « on a un programme » est énorme. Le château, au bout de quarante minutes, ils s'en lassent et repartent chercher leurs parents. Un programme, ça les tient toute la journée : ça alterne physique, calme, collectif, créatif. Et ça leur apporte quelque chose — les jeux de piste les font coopérer et se répartir des rôles, les ateliers manuels développent la motricité fine et la concentration. Ce n'est pas de l'occupationnel, c'est du temps bien investi. Les parents le voient tout de suite.
ParaMag : Une animatrice BAFA, c'était indispensable ?
Riton : C'est le seul conseil que je donnerais sans nuance. Une personne diplômée sait gérer un groupe d'âges mélangés, elle est préparée, elle anticipe, elle a un cadre professionnel. Un parent qui confie son enfant à un copain de la DZ garde un œil dessus toute la journée — donc il ne saute pas vraiment. Un parent qui le confie à une animatrice diplômée, dans un espace identifié, monte dans l'avion la tête libre. C'est tout l'objet de l'opération.
ParaMag : Et côté enfants ?
Riton : Bien au-delà de ce qu'on espérait. Premier signe : ils étaient surexcités de commencer la journée le matin. Deuxième signe : le lien qui s'est créé entre eux. Huit enfants de deux à douze ans, venus de régions différentes, qui ne se connaissaient pas — en bande au bout de deux jours, les grands s'occupant des petits spontanément.

Glaces en pâte à modeler pendant que les parents sont en l'air. La journée type d'un enfant de vol-libriste, version 2026.
ParaMag : Et le lien avec le saut lui-même ?
Riton : C'est le moment que j'ai préféré. Les enfants regardaient les voiles arriver et cherchaient celle de leur père ou de leur mère. Pareil pendant les daytapes. Des sautants sont venus les voir en combi, harnais sur le dos, juste après leur saut, pour répondre à leurs questions. Une photo résume tout : Eliman accroupi au milieu de la bande, sur l'aire de pliage (voir photo d'intro). Ces enfants-là ne verront plus jamais le para comme « le truc qui prend papa ou maman le week-end » : ils faisaient partie de l'événement. C'est un investissement à quinze ans — et peut-être une marche de plus pour faire naître la flamme chez eux.
ParaMag : Les difficultés ?
Riton : Trois. La responsabilité, à traiter sérieusement et en amont, avec un cadre écrit. La sécurité de la zone : le coin enfants doit être matériellement délimité et à l'écart de l'aire de poser, des rotations et des véhicules. Et la météo : à 35 °C, un programme d'après-midi en plein soleil ne tient pas. Il faut de l'ombre, de l'eau, et un plan B.
ParaMag : Qu'est-ce qui vous a surpris ?
Riton : L'effet sur les sautants non concernés. Des parachutistes sans enfants, même ne ne participant pas au camp, sont venus nous dire que l'ambiance de cet AVL Oasis était exceptionnelle. C'est logique : quand les enfants s'amusent, rigolent et font des blagues aux parents, tout le monde est détendu. Plus de tension autour de « qui garde », plus de parent qui part en catastrophe à quinze heures. Les gens sont restés le soir. On a fabriqué du collectif sans le chercher.
ParaMag : Vous refaites l'année prochaine ?
Riton : Oui, en élargissant. Une tranche ados d'abord, notre point faible cette année : à treize ans on ne fait pas de pâte à modeler et on ne veut pas être avec les petits — il leur faut du bricolage, de la voile, de la vidéo, du théâtre, du sport… Et nous échangeons avec Domitille Kiger, dont la fille Lucy soufflera sa première bougie en octobre, pour porter cette dimension familiale sur le long terme, sur les records, les big ways et les rassemblements para en général.
ParaMag : Un message aux clubs qui lisent ces lignes ?
Riton : Que ce n'est pas un sujet annexe. On passe un temps fou à se demander comment recruter de nouveaux pratiquants ; on devrait en passer autant à se demander comment garder ceux qu'on a. Ceux qu'on perd le plus sont des trentenaires et quarantenaires expérimentés, souvent des piliers de club, qui décrochent parce que leur vie a changé et que l’offre de la DZ et des évènements, elle, n'a pas bougé. Recruter un animateur pour l'été coûte infiniment moins cher que de reconstruire un noyau de pratiquants. La vraie question n'est pas « est-ce qu'on peut se le permettre » — c'est « est-ce qu'on peut encore se permettre de ne pas le faire ».
ParaMag : Des remerciements ?
Riton : Au CERPS Tallard et à toute son équipe, pour leur confiance, leur travail et leur énergie chaque année pour F-WESC depuis 2020. À l'équipe d'OASIS Parachutisme et à la famille Tarade, pour leur accueil sur ce nouveau format. À Candice, notre animatrice, pour tout le travail en amont comme pendant l'événement, et à Jérémy Saint-Jean de soutenir F-WESC, gérant désormais la direction technique de nos évènements.
Monter un coin enfants sur son évènement : la check-list
• Une personne diplômée, recrutée pour la durée. BAFA au minimum. C'est le poste sur lequel il ne faut pas économiser.
• Un espace délimité et à l'écart. Loin de l'aire de poser, des rotations et de la circulation des véhicules. Avec de l'ombre.
• Un programme, pas un stock de jouets. Alterner physique, calme, créatif et collectif. Prévoir un plan canicule et un plan pluie.
• Une passerelle vers le saut. Faire venir des sportifs en combi voir les enfants, leur montrer le matériel, leur faire chercher les voiles à l'atterrissage, les faire participer aux daytapes.
Les activités qui ont le mieux fonctionné
Structures gonflables (grand toboggan, modules d'adresse, château) · Jeux de piste et chasses au trésor · Pâte à modeler et modelage · Découpage et coloriage · Ateliers créatifs et bricolage · Jeux collectifs en extérieur · Temps calme à l'ombre en milieu d'après-midi
Chiffres clés AVL Oasis
• 860 sauts
• 350 pliages
• 8 enfants
• 1 animatrice BAFA
• 5 jours
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Article "F-WESC : Le skill camp "à la française", publié par ParaMag le 8 septembre 2023.

















