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Le Musée du parachutisme

À Strasbourg, au "Polygone" : une mémoire vivante du ciel

Une vue d'ensemble de la salle "Patrick de Gayardon".

De quelques "vieux matos" exposés dans un ancien bureau aménagé, aux 150 équipements désormais répartis dans deux salles identifiées "André-Jacques Garnerin" et "Patrick de Gayardon", le Musée du parachutisme à Strasbourg s'est construit sur une idée simple : le refus d'oublier. Il s'est développé à force de dons, d'échanges et d'une obstination : celle de sauver la mémoire matérielle d'une discipline qui évolue à toute vitesse. Une visite qui raconte, objet par objet, un siècle d'innovations, de gestes et de figures.

Par Bruno Passe

Il y a, dans tous les centres, un moment où l'histoire est menacée de finir dans une benne : un jour de grand rangement, des étagères qu'on vide, des sacs-harnais "périmés", des photos qui jaunissent, des documents que personne n'a le temps de trier. À Strasbourg, au Centre école régional de parachutisme d'Alsace (CERP), sur l'aérodrome du Polygone*, ce moment-là a eu un témoin qui n'a pas pu s'y résoudre.

Dans les années 1990, alors que l’on s’apprêtait à jeter une quantité de pièces de mémoire, Roland Le Faou a été pris de remords et il a manifesté son désarroi : "On ne peut pas mettre tout ça à la poubelle !" "Eh bien tu n’as qu’à le garder" lui fut-il répondu. Et c’est ce qu’il a fait.

Cette impulsion est devenue un projet : un musée a pris forme, d'abord dans une seule pièce. Roland a restauré un vieux bureau laissé à l'abandon et il a commencé à y installer méthodiquement équipements, accessoires, documents et photos. Quelques membres du club lui ont donné un coup de main. Le lieu était modeste, mais déjà vivant.

La reconnaissance n'a pas tardé à arriver, localement, puis régionalement. En décembre 1996, ParaMag consacrait une double page au "Musée de la chute". Dans un milieu porté par l'actualité (compétitions, innovations matérielles, nouvelles disciplines), s'arrêter dans un musée signifiait aussi quelque chose : l'initiative dépassait la nostalgie et touchait au coeur d'une communauté.


Légende de la photo d'intro ci-dessus :
Une vue d'ensemble de la salle "Patrick de Gayardon"
Au centre, la vitrine avec l'équipement de Patrick de Gayardon (de couleur orange), à gauche une wingsuit des années 2010, déjà très performante (de couleurs rouge et noir) et à droite :  une réplique du parachute militaire ARZ 1960 (avec son harnais spécifique et sa sangle à ouverture automatique) et un conteneur "Leg bar" (de couleur jaune), du fabricant italien Salvator, utilisé par l’armée suisse.
En bas à droite, un équipement "dorsal-ventral" américain (de couleur bleue pour le dorsal et verte pour le ventral).
En bas à gauche, le premier équipement "tout dans le dos" français spécifiquement conçu pour l'école, le Campus de Parachutes de France.


 

Dans la salle "Patrick de Gayardon", photos et posters légendés, livres, magazines et classeurs illustrent une partie de l'important fonds documentaire et la manière dont il structure l'expérience.

L'Alsace, un terreau naturel

Si le CERP Alsace, à Strasbourg, est devenu un point d'ancrage de mémoire, c'est aussi parce que la région possède un vrai passé parachutiste et une forte culture associative. Plusieurs repères illustrent ce terreau :

• En 1971, à Strasbourg, un Pilatus larguait déjà régulièrement des parachutistes, attirant les premiers relativeurs, à une époque où la discipline se structurait encore.

• Le club compte parmi ses figures Michel Rogovitz, pur Strasbourgeois, ancien président de la Fédération Française de Parachutisme, longtemps resté membre actif du CERP Alsace, que ce soit en tant que parachutiste ou pilote largueur.

• Les premiers tandems réalisés en France "en toute légalité", car effectués par des Allemands, sont associés à Strasbourg, un clin d'oeil à la géographie et aux échanges techniques.

• Dès les années 1980, le Polygone avait l'habitude d'accueillir des avions emblématiques du parachutisme, Skyvan, Twin Otter et des compétitions internationales, comme "Les 3 jours de Strasbourg", en précision d'atterrissage.

• La région s'affirmait aussi en berceau de la performance : Jacques Baal et Éric Lauer, champions du monde 1996 de voltige et du combiné PA (précision d'atterrissage), ont débuté à Strasbourg. Et Jacques Baal est actuellement entraineur de l'équipe de France, à la FFP.

À Strasbourg, la naissance du musée du parachutisme est apparue aussi comme la conséquence logique d'une histoire locale dense. Parfaitement intégré dans la vie du centre, où il est hébergé à titre gracieux (condition indispensable à sa survie), on peut dire que le musée a une âme. Il se trouve toujours quelqu’un pour donner un coup de main aux travaux, pour guider ou pour veiller au bon ordre.

Photo ci-dessus : La pièce dans laquelle le musée a pris forme, dans les années 1990 : un vieux bureau laissé à l'abandon et que Roland Le Faou a restauré pour y installer ce qui avait failli partir à la poubelle, dont les premiers parachute "tout dans le dos" des années 1970 (photo ci-dessous).

Les fondations du musée : dons, bouche-à-oreille et esprit d'échange

Le musée a grandi, et il grandit encore de nos jours, comme grandit le parachutisme : par réseau. Les parachutistes de la région ont apporté du matériel et des documents. Puis le bouche-à-oreille a fait son oeuvre : les dotations sont devenues nationales, puis internationales. On confie au musée des objets qu'on ne veut pas perdre, parce qu'on sait qu'ils seront identifiés, protégés, montrés et transmis.

Roland Le Faou revendique une posture qui explique sa stratégie : il se dit "autant collectionneur que conservateur" et se montre prêt à échanger certaines pièces. Cette notion est centrale. Là où certains refuseraient des doublons ou des éléments périphériques, à Strasbourg l'approche est pragmatique : on accepte, on classe, on protège - car un doublon aujourd'hui peut devenir la monnaie d'échange qui permettra demain d'obtenir une pièce plus rare, plus cohérente, ou plus significative pour la chronologie.

La salle "André-Jacques Garnerin" telle qu'elle était agencée en 2003, avec une ancienne table de pliage pour parachute hémisphérique, en situation.

Le succès a posé un problème heureux : la place. Après la première salle, il a fallu en aménager une deuxième : le musée occupe désormais un étage complet. Et une troisième salle sert au stockage : pièces pas encore présentables, doublons, matériel en attente, une multitude de voilures (de type hémisphérique ou aile) et de sacs-harnais. Tout est parfaitement emballé, classé et protégé.

Mais l'essentiel n'est pas dans le métrage : c'est dans la manière d'exposer. Ici, l'objet n'est pas simplement posé ; il est replacé dans son geste, sa technique, son époque. Le musée ne montre pas qu'un parachute : il met en scène.

La même salle "André-Jacques Garnerin" telle qu'elle était agencée quelques années plus tard. L'ancienne table de pliage sert désormais à exposer de nombreux objets, et des mannequins équipés en dorsal-ventral des années 1980. Les deux photos montrent à quel point le musée s'est fourni, à seulement quelques années d'intervalle.

Pièces totems, objets rares et détails qui parlent

C’est ainsi que l’on trouve, dans un compartiment de plexiglas et au beau milieu d’une des deux pièces, un des derniers sacs-harnais de Patrick de Gayardon, offert dès les premières années du musée par le fabricant américain du Vector.

Gros plan sur la partie qui concerne Patrick de Gayardon, avec un de ses derniers parachutes, équipé spécifiquement d'un déflecteur en bas de sac, pour la wingsuit. C'est la modification de ce déflecteur qui est à l'origine de l'accident mortel ayant emporté le célèbre parachutiste français. Voir article "Patrick de Gayardon, 25 ans de légende".

À la même époque, Michel Auvray (ex-directeur général de Parachutes de France S.A.) a offert un des tout premiers parachutes "industriels" français, un modèle Aviorex, fabriqué par E.F.A. Sur cet équipement au concept surprenant, le harnais n’est en fait qu’une sorte de large ceinture, dotée d'une impressionnante bouclerie, véritable chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Il s’agit d’une pièce rarissime et conservée dans un excellent état. Considérée comme unique, elle a pourtant été rejointe ensuite par d'autres pièces du même genre.

Parachute de sauvetage Aviorex EFA, année 1947, avec harnais ceinture sans cuissardes. Il était également utilisé en meeting. Posé sur le parachute, l'outil métallique nécessaire à la fermeture du parachute.

Autre particularité : certains équipements sont en état de vol, et quelques parachutistes de passage ont pu redécouvrir le charme du "dorsal-ventral" et du parachute hémisphérique, à l’occasion d’événements particuliers (par exemple Christian Lubbé lors d’une coupe de France de PA/voltige ou Philippe Vallaud lors d’un boogie).

Une bibliothèque du parachutisme

Ce qui distingue le musée d'une simple collection, c'est l'ampleur du fonds documentaire et la manière dont il structure l'expérience. La visite ne se fait pas uniquement du regard : elle se lit. Dès que l’on rentre dans ces pièces, on en ressent la richesse du contenu. C’est une véritable galerie, constituée certes de vieux équipements, mais également de nombreuses photos, d’explications techniques, de vieux magazines, de trophées, etc. Les parachutes et accessoires sont disposés en situation, sur des mannequins, dans des présentoirs ou sous des vitrines.

À gauche, la une du Sunday Graphic (journal anglais) du 13 juillet 1938, le saut à très basse altitude (150 pieds, moins de 50 mètres !) de Carl Siemendi avec un parachute mis au point par l’Autrichien Josef Eschner. Le saut s’est déroulé à Luton, près de Londres.
À droite, le magazine Radar du 19 août 1956 illustre une sortie accrochée à 9, un exploit pour l’époque.

Les documents d’époque (journaux, magazines, albums photos, documentations techniques, carnets de sauts, livres, etc.) sont classés par genre et présentés dans des vitrines, des bibliothèques, des classeurs ou sous cadre de verre. De nombreuses légendes permettent aux visiteurs d’organiser leur propre visite.

Pour les anciens, c'est une machine à souvenirs. Pour les plus jeunes, c'est un voyage dans le temps, une expérience qui relativise immédiatement les évidences d'aujourd'hui - confort, ergonomie, sécurité - en montrant le chemin parcouru.

Quelques exemplaires des premiers titres de la presse spécialisée en parachutisme : Para Presse, Aviation Magazine et les Hommes Volants.

Que ce soit dans la salle "André-Jacques Garnerin" ou la salle "Patrick de Gayardon", la visite montre des équipements des plus anciens aux plus modernes : parachutes, combinaisons, altimètres, matériel de prise de vue, appareils de sécurité. L'approche est clairement chronologique : montrer comment on passe d'une époque à l'autre, comment la discipline change de peau.

Le parcours permet notamment de suivre l'évolution depuis l'époque du dorsal-ventral, vers la période charnière des premiers équipements "tout-dans-le-dos", puis l'enchaînement d'innovations majeures jusqu'aux systèmes actuels.

À gauche, un des skysurf d'Éric Fradet, multiple champion du monde, plusieurs fois en couverture de ParaMag. Le parachute jaune est un SST Racer, un des premiers "tout dans le dos", très prisé dans les années 1980 et 1990, avec son système "pop-top" pour le conteneur de secours et "pull-out' pour le conteneur principal.

Outre le parachute de Patrick de Gayardon, quelques belles pièces d’exception sont exposées : les premières combinaisons à ailes semi-rigides, créées par le regretté Francis Heilmann, un parachute de sauvetage pour aérostier, un siège éjectable, le parachute Ors (années 1922-1925), un des premiers parachutes "tout dans le dos" français, un skysurf du champion du monde Éric Fradet, etc. Autant de jalons déterminants pour comprendre l'évolution du parachutisme et de ses pratiques.

L’histoire du terrain du Polygone* n'est pas oubliée, à côté de celles des parachutistes d’essai, des pionniers comme Patrick de Gayardon, Colette Duval, Gil Delamare, Léo Valentin, entre autres…

Quelques parachutes de type "dorsal-ventral" de différentes époques, années 1970-1980.

De la bande de potes à l'association structurée

C'est depuis 2013 que le musée revêt un statut associatif. Roland Le Faou et ses amis ont compris que, pour pérenniser leur réalisation, il fallait passer à une autre étape. Ils ont donc créé l'association "Musée du parachutisme", et ils se sont structurés avec un président, un trésorier, un secrétaire, un comité et la tenue régulière d'assemblées générales.

En fin d'année 2024, l'association "Musée du parachutisme" comportait une soixantaine de membres, et elle sollicitait la fédération pour envisager une labellisation. Le président Yves-Marie Guillaud a validé cette demande et il a encouragé l'association à mettre en place une présence au Congrès technique national 2025. Les membres dirigeants se sont mobilisés pour transporter et exposer une partie de la documentation et du matériel à Talmont-Saint-Hilaire, où le stand tenu par Michèle Bernard a connu un vif succès.

Pourquoi il faut le visiter

Le Musée du parachutisme de Strasbourg n'est pas une salle d'archives poussiéreuse. C'est une mémoire en mouvement, nourrie par les dons, structurée par une communauté, portée par une idée simple : ce qui a construit le parachutisme mérite mieux que l'oubli.

Il est même possible de visiter "virtuellement" le musée, en passant par le site Internet (cliquer sur l'image ci-dessous, contenu hébergé sur le site du CERP Alsace).

La salle "André-Jacques Garnerin" telle qu'elle était agencée il y a une dizaine d'années, lors de la mise en ligne de la visite guidée sur Internet. Cliquer sur l'image pour démarrer la visite.

Comme il est expliqué dans cet article, le musée évolue en continu, et le contenu de cette visite virtuelle correspond à ce que le musée était, il y a une dizaine d'années, au moment où les photos ont été prises. Mais il reste fidèle à la réalité du Musée du parachutisme aujourd'hui.

Quelques chiffres sur le musée :
– 150 voiles et sacs harnais de 50 types (1943 de 1922 à nos jours).
– 1000 revues et 300 livres (depuis 1912).
– Plusieurs milliers de photos et illustrations.
– Des centaines d’équipements annexes (casques, bottes, altimètres, etc.).

Plusieurs générations d’altimètres sonores, aux côtés d'altimètres visuels (la photo ne montre qu'une petite partie de la collection).

Bien qu'illustrant largement cet article, les nombreuses photos publiées et légendées ici ne représentent donc qu'une partie du contenu du musée. Il y a aussi des illustrations de l’histoire ancienne du parachutisme, de Léonard de Vinci à l’école française de Biscarosse, en passant par Garnerin, les aérostiers, Kate Paulus, le Père Robert, l'histoire des hommes-oiseaux, de Clem Sohn à Léo Valentin, Gil Delamare et Colette Duval (mannequin et parachutiste de l'extrême), et beaucoup d’autres…

Photos ci-dessus et ci-dessous : Les vitrines de la collection "cinéma, photographie, vidéo", où sont exposés les casques et caméras d'André Suire, Jacques Dubourg, Michel Pissotte, Michel Lebleu, etc. Elles démontrent les techniques de prise de vue des époques correspondantes, l'évolution des matériels et des casques.

Il y a encore un tas de records ou de premières…, les disciplines du parachutisme sportif moderne, un hommage à l’EIS (École interarmées des sports), aux Blue Magic, les champions du monde suisses de vol relatif 1983, en Afrique du Sud, et encore bien d'autres sujets !

Si vous passez au Polygone* pour sauter, la visite n'est pas un "à-côté". C'est une manière de replacer votre pratique dans une histoire, et de comprendre que derrière chaque ouverture "normale" de parachute, il y a un siècle d'expériences, d'innovations et de passion. ◼︎

* Le Polygne désigne communément l'aérodrome de Strasbourg-Neuhof, il doit cette appellation à sa forme hexagonale.

Lien pour contacter le Musée du Parachutisme

Épilogue

Une virée au musée

Durant l'hiver 2024/2025, Patrick Elbaz, Christian Gomis et Bruno Passe ont fait le déplacement à Strasbourg à l'occasion d'une donation (principalement des parachutes "rétro"). Leur point commun : ils ont travaillé tous les trois, ensemble ou séparément dans le temps, à Parachutes de France. Ce fut l'occasion de quelques photos, au moment des dons ou de retrouvailles avec d'autres "anciens" de chez Parachutes de France.


▲ Photo de groupe avec les "anciens de Parachutes de France" présents pour l'occasion ce jour-là, autour du tout premier sac-harnais tandem autorisé d'emploi en France : le Galaxy. Cette pièce unique (de couleur rouge et noire, non fabriquée en série) est celle qui fut utilisée pour les premiers sauts humains du constructeur en France. De gauche à droite : Jean-Pierre Maenner, Christian Gomis (arrière-plan), Patrick Elbaz, Roland Le Faou, Bruno Passe. En bas : Evelyne Lefaou. Ils (ou elle) travaillaient au service commercial ou au bureau d'étude.

▲ Que font deux passionnés de parachutisme et de parachute lorsqu'ils se retrouvent au musée ? Ils s'arrêtent et discutent devant des manuels de parachuterie ! Patrick Elbaz (à droite sur la photo) et Christian Gomis, sont deux anciens collègues de chez Parachutes de France, le premier ayant formé le deuxième, en 2005, pour qu'il lui succède efficacement à son poste.


▲ Patrick Elbaz fait généreusement don de sa collection personnelle au musée, et il est venu la remettre en mains propres à Roland Le Faou.


▲ Autre don de Patrick Elbaz, un sac-harnais prototype qu'il a construit de ses mains en 1977, précurseur de la lignée des Dauphin, Requin, Jaguar et Atom.


▲ Devant le Pilatus du CERP Alsace, Christian Gomis pose en mannequin, équipé d'un des Aviorex du Musée du parachutisme. En gros plan (à gauche) : la bouclerie-ceinture de l'Aviorex, un chef-d’œuvre d’orfèvrerie.


▲ Bien que le musée soit largement doté en collections de ParaMag, Bruno Passe lui confit quelques exemplaires supplémentaires d'éditions spéciales : numéro 1 et 400, numéros anniversaires, etc.


▲ Ces deux mannequins équipés démontrent à eux seuls l'évolution des combinaisons en vol relatif : à droite (combinaison noire, qui appartenait à … Roch Charmet et le foulard "tête de mort" à Charles Van Sury) un modèle large, en tissu coton épais et sans boudin, datant du début des années 1980, à gauche celle de l'équipe de France vice-championne du Monde en VR 8 en 1985 (don de Bruno Passe). Construite en tissu lisse, elle est équipée de boudins larges, des poignées de hanches pour les sorties accrochées, une conception avant-gardiste à l'époque.


▲ Sous les yeux de Roland Le Faou (à droite), Patrick Elbaz retrouve un des premiers "tout dans le dos" français fabriqué de série (et sous sa direction) par Parachutes de France : le Dauphin. L'exemplaire exposé à Strasbourg est un don de Gérard Trinidad.
Patrick Elbaz est un des premiers parachutistes à avoir pris part aux débuts de Parachutes de France. Il a travaillé lui aussi à la conception et à la la mise en production des sacs-harnais au sein du bureau d'étude P.F. Patrick est resté très impliqué dans la conception des sacs-harnais de la marque, depuis le tout premier Dauphin, l'ancêtre du Requin, en 1977, et jusqu'à la gamme Atom Legend'R.
Voir article "Les innovations techniques de Parachutes de France"


▲ Parmi les plus belles pièces offertes par Patrick Elbaz au musée (de droite à gauche sur la photo) :
- un ensemble "dorsal-ventral" américain : le T5, utilisé notamment lors du parachutage sur Sainte-Mère-Église le 6 juin 1944,
- un parachute dorsal anglais "Type X" utilisé par les parachutistes, de type "monovoile" (sans parachute ventral),
- un Aviorex, qui porte à six le nombre de parachutes de ce type confiés au musée : quatre Aviorex à "harnais ceinture" et deux Aviorex à cuissardes.

La galerie du musée

Vous ne pouvez pas aller au musée ? Le musée vient à vous ! En plus des nombreuses photos qui illustrent l'article ci-dessus, voici une sélection en mode "focus" sur quelques belles pièces exposées au Musée du parachutisme. Et comme vous avez été très sages (en lisant l'article jusqu'au bout), on vous emmène aussi dans la "troisième pièce", celle où se trouve du matériel non encore exposé.

 


▲ Le musée a été doté par Michel Auvray d’un authentique Volplane en parfait état. En 2003, quelques membres du C.E.P. Alsace à Strasbourg gonflent la voile pour réaliser des photos, qui vont servir à illustrer un article pour ParaMag.
Construit par le fabricant américain Pionner (USA) le Volplane est une voilure hybride intermédiaire entre l’aile à caisson, équipé de quilles et de stabilisateurs, et le parachute monosurface. Le bord d’attaque était constitué de demi-caissons et le bord de fuite de simples panneaux. Entre les deux, une valve était censée garantir la mise en pression des demi-caissons en cas de décrochage.
Voir article "Les Ailes de l’Espace" (en page 36)


▲ Cette documentation russe, don d'Alexandre Pozzo di Borgo, montre une aile de parachute triangulaire, issue du concept Rogallo : il s'agit d'un modèle russe, autant dire une copie. La qualité du document permet de se rendre compte de la petite taille des voilures delta dans le contexte de l’époque (surface de la voile et longueur des suspentes).


▲ Un autre exemple de documentation surprenante, archivée au musée : une voilure allemande surprenante, à la forme sans nom, en couverture du magazine Skydiver de juin 1986.


▲ Le musée conserve également une collection bien fournie de films parachutistes, de diverses époques et sur divers supports : pellicule, VHS et DVD. Dans cette armoire se trouvent quelques pépites, dont la bobine "cinéma" du film "Homme Oiseau" de 1962, qui figurait dans les archives de Francis Heilmann.
Voici la première minute du film :

Voir article "L'homme-oiseau", le film perdu"

▲ La maquette du livre "Le risque est mon métier" (par Gil Delamare et Franck Dominique), en avril 1967, qui figurait dans les archives de Francis Heilmann.


▲ Dans la salle "André-Jacques Garnerin", Roland Le Faou montre le DVD et l'affiche cinéma du film "Les parachutistes arrivent" (en VO ""The Gypsy Moths"), sorti en 1969. Le musée détient également le guide publicitaire MGM complet, avec photos du tournage, présentation des acteurs, du metteur en scène John Frankenheimer, etc.
Voir article "Les parachutistes arrivent" (en page 40)


▲ En 2003, quelques membres du C.E.P. Alsace à Strasbourg ont accepté de se prêter au jeu du photographe en s’équipant avec du matériel d’époque provenant du musée, pour illustrer une série d'articles ParaMag sur l'évolution du matériel parachutiste. Encore merci à Véronique, Vincent, Jean, Olivier, Patrice et Roland !


▲ Combinaison et équipement de TR (travail relatif, ancêtre du vol relatif) de l'équipe Phénix de l'armée de l'air, années 1970, don du capitaine d'équipe Jacques Grussenmeyer. À noter : les libérateurs de type "Capewell" (en métal) et le système d'ouverture du parachute de secours, (en position ventrale) : il ne s'agit pas d'une poignée classique, mais d'un rabat en tissu que l'on soulève.


▲ Ce parachute, don de Michel Pissotte, est équipé d'un système de libération très spécial et bien diffèrent du système 3 anneaux qui est complètement généralisé de nos jours.

 


Vues sur l'intérieur de la troisième salle, qui sert au stockage du matériel non exposé.


▲ Roland Le Faou montre une des premières combinaisons ailées semi-rigides conçues et fabriquées par le regretté Francis Heilmann - génial concepteur parachutiste et parapentiste - et la façon dont les équipements non exposés sont emballés, protégés et référencés.
Voir article "Hommage à Francis Heilmann"


▲ L'ensemble argenté - combinaison, cagoule, lunettes et chaussures - de "Mr Blue Track", un personnage créé par Guy Sauvage pour la campagne publicitaire correspondante de 1989, et qui a retrouvé son acteur parachutiste... (matériel non exposé actuellement)
Voir article "La révolution Blue Track"


▲ Roland Le Faou et Christian Gomis examinent la "wingsuit préhistorique" (matériel non exposé actuellement), construite entièrement en peau et cuir, un projet délirant imaginé, conçu et réalisé par le regretté Francis Heilmann, sur le thème : "Et si les hommes du paléolithique avaient eu l’idée de voler, est-ce qu’avec leur technologie de l’époque, ils auraient pu le faire ?
Voir article "Wingsuit préhistorique"


▲ Un des parachutes utilisés pour la fameuse démonstration lors des Jeux olympiques de Séoul, en 1998 (matériel non exposé actuellement).
Voir article "Le rêve olympique"

Lorsque le musée sort de ses murs

La tenue d'un stand, sous forme de mini exposition, au congrès technique national de la FFP en 2025 n'était pas une occasion unique pour le Musée du parachutisme. Quelques semaines plus tard, une grande exposition temporaire était mise en place au cœur de Strasbourg.

Les 20 mannequins, emballés et "saucissonnés" sont prêts pour leur migration du musée vers le Cercle du Mess de Garnison de Strasbourg.

Dominique Schissele, secrétaire de l'association et lui aussi très actif dans le fonctionnement du musée, témoigne de l'opération :
"Le Musée du parachutisme a déplacé une partie de sa collection dans un lieu chargé d’histoire, place Broglie au cœur de Strasbourg, lieu emblématique du "Christkindelsmärik" (Marché de Noël) et du monument du Maréchal Leclerc, gravé du célèbre Serment de Koufra. L'exposition temporaire a duré trois mois : de mars à mai 2025.
Le Cercle du Mess de Garnison est un établissement qui accueille des militaires et leurs familles, en restauration et en hôtellerie. C'est après avoir découvert le musée lors d’un saut en tandem au terrain du Polygone que le gestionnaire de l’établissement avait sollicité ses dirigeants pour mettre en place cette exposition thématique.


Roland Le Faou, l'infatigable conservateur du musée et président de l'association, s’est investi dans cette mission avec son enthousiasme habituel. Nos membres locaux ont été mis à contribution, pour assurer la logistique et la mise en place de cette exposition localisée dans différentes ailes et salons du bâtiment.
Le personnel militaire nous a fourni une aide précieuse pour le transport de nos mannequins et de nos caisses.
L’exposition, répartie dans plusieurs salles et couloirs, a nécessité pas mal de travail, avec présentation de plus de 20 mannequins, notre siège éjectable, plusieurs vitrines, de nombreux matériels, maquettes, et une trentaine de grilles relatant différentes thématiques (Histoire, records, Homme-oiseaux, sauvetage, images et cinéma, TAP, disciplines sportives et compétition…)".

Pour l'exposition temporaire au Cercle du Mess de Garnison, le Musée de parachutisme a sorti quelques-unes de ses meilleures pièces, dont un siège éjectable Martin Baker MK4 Années 1960 (Mirage III) et (au piano !), un parachute de sauvetage EFA plus récent, pour les pilotes de planeurs… ou de Pilatus.

Il existe d'autres occasions où le musée s'ouvre au "grand public", sur l'aérodrome du Polygone : Journées du Patrimoine (20-21 septembre 2025), JPO et Gentleman’s ride (rassemblement de motos et voitures anciennes, les 17 et 18 mai 2025), opération portes ouvertes pour les écoles, Eurocorps (26 juin), etc.

"Que ce soit pour des écoliers, pour un état-major, ou pour des parachutistes de passage, Roland anime avec passion ces nombreuses visites" témoigne encore Dominique Schissele, "et il est aidé par les membres de l'association qui peuvent être présents pour aider dans l'ouverture des salles d’exposition, les visites expliquées ou guidées."

Certains de ces évènements sont reconduits chaque année.

Dominique, qui est lui aussi très actif dans le fonctionnement du musée, et cela depuis sa création, observe ceci : "En dehors des parachutistes, le public que l’on accueille au Musée, notamment à l’occasion des Journées du Patrimoine, représente toutes les tranches d'âges et il est très intéressé par nos explications. Il y a aussi des pilotes, des anciens militaires et bien sûr des paras sportifs, et leur famille, dont les "anciens" avec un brin de nostalgie."

Publicité d'époque pour le parachute Ors, dans les années 1922-1925.

Son implication dans le fonctionnement du musée le pousse à témoigner : "Le musée nous fait prendre conscience qu’entre le parachute Ors (vers 1925) et le siège éjectable (mis en service vers 1960), il ne s’est passé que 35 ans ! L’évolution survenue des années 1920 à ce jour est très brève : un individu né au début du 20° siècle a pu vivre toute l’évolution para jusqu’aux ailes et au "tout dans le dos", plus les parachutes spatiaux et autres sièges éjectables… Il aura juste loupé Garnerin ! En fait c’est pareil que pour l’aéronautique, du Blériot au Rafale ou à l’Airbus, tout est allé extrêmement vite !"

Nous laissons le mot de la fin au regretté Guy Sauvage : "Dans toute l'histoire du parachutisme mondial, jamais son évolution n'a été aussi grande, aussi rapide et aussi riche que dans le dernier tiers de 20° siècle, et les parachutistes et parachutiers français y ont pris une très belle part".

C'est ainsi qu'il concluait son excellent article "A c't'époque" paru (en page 70) dans le ParaMag Hors Série 2000.◼︎

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