
Prêts à embarquer pour un saut sur neige à Serre Chevalier en décembre 1966. À gauche sur la photo : Jeannot Cattelin, dit "Crabe", au milieu : Marsola, à droite : Henry Pock.
Qui se souvient de Jeannot Cattelin, appelé familièrement "Crabe" par toute une génération de paras à qui il a appris à skier ? Il nous a quittés cet été à l’âge de 98 ans. Qui sait ce qu'est le "para-ski", récemment renommé "parachute-ski" ?
Textes par Monique Beaussant et Bruno Passe
Nous étions en 1957… Premier stage en neige "para-ski" organisé dans une petite station de Savoie (à l’époque !) : Saint-François Longchamp.
L’organisateur, André Chambon, avec son talent de négociateur, avait su convaincre la station de loger les paras à modeste prix, d’offrir les remontées contre le damage de la piste bleu, avant son ouverture.

Atterrissage de précision sur une belle couche de neige et en parachute hémisphérique. La précision se fait sur un repère en tissu, posé à même la neige. À droite sur la photo : André Chambon, organisateur du premier stage en neige "para-ski", en 1957, dans la station de Saint-François Longchamp, en Savoie.
En ligne, nous descendions skis contre skis pour égaliser la neige ! Cela donnait une zone de largage idéale, loin du télésiège, pente douce et pas trop éloignée de Chambéry, d’où provenait le DH (N.D.L.R. "Dragon" De Haviland, avion couramment utilisé pour les largages de parachutistes à cette époque) qui rentrait mission accomplie.
Les moyens logistiques venaient du centre Provence Méditerranée : avion, pilote, parachutes, tube Citroën qui servait aux convoyages. Sous la responsabilité de son chef de centre Max Cros, ses moniteurs, Jacques Rode et Dédé Beaussant.
La partie ski était confiée à notre ami Jeannot Cattelin dit "Crabe", sympathique moniteur de ski, également parachutiste, déplacé de Courchevel.
Les paras savoyards, nés les skis aux pieds, étaient dans leur élément, mais les parisiens, les marseillais et les autres ?
Dans la neige poudreuse, que de chutes, que de rigolades...de la casse de temps en temps... avec nos skis en bois aux fixations archaïques.
Merci ami "Crabe", tu nous as donné l’amour de la montagne, de la neige, pour la vie.

Zoom sur Jeannot Cattelin, dit "Crabe" : on voit qu'il est équipé d'un parachute de type "tout dans le dos", ce qui est très rare à l'époque. Photos collections privées Lionnel Chambon et Parachutisme du passé (sur Facebook)
Les années ont passé : 58, 59… Il y eut de nombreux para-skis, des compétitions, des champions. Monsieur Cattelin, tu as eu un parcours magnifique de découvreur de sites où se tiendront de futures grandes stations. Puis on te vit dans ton hôtel de charme…
Mais dans un coin de notre cœur, restent ces premières découvertes du ski, avec toi.
Puisses-tu être là-haut à faire de la glisse sur un nuage avec tes compères Chambon, Cros, Rode et Beaussant, qui t’attendaient.
(Texte par Monique Beaussant, août 2026)
Du "Para-ski" au "Parachute-ski"
(Texte par Bruno Passe)
Le "Para-ski" est une des disciplines sportives officielles du parachutisme, elle est née en France en 1964 (1ère rencontre internationale à Courchevel). Elle se porte bien et elle a été renommée récemment "Parachute-ski", pour éviter toute confusion avec le Para ski alpin, discipline présente aux Jeux paralympiques depuis 1976 et pratiquée en France sous l'égide de la Fédération Française Handisport.
Dans un article publié en 1966 par le magazine spécialisé Les Hommes volants (n°14), Jacques Dubourg situe "les premiers sauts en neige réalisés en France au titre du parachutisme sportif" en janvier 1955 à l'Alpes-d'Huez, "organisés par le Para-Club de Grenoble".
Un article publié en mars 1962 par Aviation Magazine (n°343) annonce "la première expérience de parachutage en neige dans les Pyrénées, à la station des Agudes". Il fait état de "nombreux sauts effectués à 2.200 mètres, sur le dernier replat avant le sommet du Cap de la Pène de Toulit, là où les stagiaires "tatèrent" de la précision d'atterrissage en montagne".

Ci-dessus, photo de gauche : Parachute en pliage sommaire sur le dos, debout sur les skis, un compétiteur regarde l'atterrissage d'un autre compétiteur, sous voile hémisphérique EFA 656. Photo illustrant un article sur le Critérium Para-ski, paru dans Aviation Magazine n°538 de mai 1970.
À droite : Photo illustrant un article publié en mars 1962 par Aviation Magazine (n°343), annonçant les premiers sauts sur neige dans les Pyrénées.
L'idée d'associer le parachutisme et le ski est venue de ces sauts sur neige, à une époque où le parachutisme civil devenait aussi sportif, mais où il n'y avait pas encore de "saut d'initiation" en tandem ou en PAC, ni même en ouverture automatique.
Dans cette même édition n°14 du magazine Les Hommes volants de 1966, J.P. Hallard, auteur d'un article sur le stage para-ski organisé en janvier à La Plagne par le C.I.C. d'Avignon et le Para-club de Savoie, expliquait en quoi cette nouvelle discipline faisait la promotion du parachutisme : "Le parachutisme se fait connaître (sauts d'initiation sans préparation poussée) en des endroits et dans des milieux où il ne s'exerce pas habituellement".

Photo illustrant le chapitre concernant les sauts d’initiation sur neige, en parachute hémisphérique, dans le livre de Jacques Rode : "Parachutisme, la technique, l'entraînement, la tactique". Photo Jacques Rode
Jacques Rode, dans son livre "Parachutisme, la technique, l'entraînement, la tactique" (paru initialement en 1977 chez Robert Laffont dans la collection "Sports pour tous") appuyait l'argument en expliquant l'intérêt technique des sauts sur neige à l'époque : "Aujourd’hui, les sauts d’initiation sur terre sont autorisés, et à la mode. Avant leur avènement, le saut sur neige était le seul moyen praticable de «faire un essai de parachutisme» sans aucune préparation théorique ou physique. Seul un certificat médical est en effet demandé.
Point d’entorse ou de fracture sur la neige, et ce premier saut de découverte (couramment pratiqué dans certaines stations) est doublé en plaisir par la vision du décor dans lequel il s’exécute.
Pratiqué en tant que compétition, le saut en neige devient « para-ski », puisque couplé à des épreuves de slaloms géants. Il a d’abord été le fait de parachutistes montagnards locaux. Puis, la vogue des sports d’hiver aidant, cette discipline est devenue une spécialité à part entière où s’affrontent des champions bivalents de haut niveau."
Baptiste Bourdès, dans son livre "Histoire du parachutisme en France" (paru en 1991 aux éditions France-empire) raconte la naissance, en France, du Para-ski en tant que discipline de compétition : "Le Para-ski (P.A.et slalom) a commencé, officiellement, en 1964 par l'organisation, à Courchevel, d'une rencontre internationale dirigée par Georges Bassaler. Elle réunit, cette année-là, six nations. En 1966, elle a lieu à l'Alpes d'Huez, en 1971 aux Menuires et en 1976 à Courchevel. La C.I.P de la F.A.I décide d'en faire une coupe du monde, puis, devant son succès, transforme celle-ci en championnat du monde."
Lionel Chambon, dont le père était très engagé dans l'organisation des premières compétitions de para-ski, se souvient : "En 1981, la 9e coupe du monde était organisée en France, aux Saisies, par André Chambon et son équipe. À cette époque, l’équipe de France était régulièrement sur le podium. En coupe du monde, et au premier championnat du monde en 1987, il y avait trois classements : PA, ski et combiné. Ce n’est qu’à partir de 1989, qu’il n’y a eu plus qu’un classement combiné."

Arrivée de précision lors des championnats du monde à Wengen, en 1991. La cible pouvait être en pente, jusqu’à 30° au maximum.
Baptiste Bourdès, toujours dans son livre, apporte plus d'informations sur les premiers championnats du monde : "Le premier se déroule à Sarajevo (Yougoslavie), en 1987, et est remporté par un Français, Joël Yout, cependant qu'un autre Français, Frantz Jardel, remporte l'épreuve de P.A.. Au classement par équipe, les hommes et les femmes obtiennent la deuxième place. Le deuxième championnat se déroule en 1989, à Damülsfaschina, en Autriche. À noter que la F.F.P. n'envoie pas d'équipe officielle à ces championnats, par décision plus financière que politique. Par exemple, en 1987, les compétiteurs doivent remuer ciel et terre pour obtenir les fonds nécessaires à leur voyage et leur inscription."

En 1991, à Serre Chevalier, l'équipe de France - composée de Philiponnat, Chambon, Puthet, Lauer - est en entraînement pour le championnat du monde, à Wengen (Suisse).

Arrivée en PA de Philippe Puthet, membre de l'équipe de France, en 1993 à Flachau (Autriche). Il se classe 4e au combiné.
La FFP, sous l’impulsion de Jean-Marc Seurin, a repris le para-ski dans son giron, de 1991 à 1995, pour trois championnats du monde. En 1991, à Wengen en Suisse, la France se classe quatrième. Il faudra attendre 1993 pour que l’équipe de France remporte le titre de championne du monde à Flachau, en Autriche. En 1995, la France remet son titre en jeu à Salt Lake City (Utah), aux États-Unis, et elle se classe quatrième.

Photo de gauche : L'équipe de France pose devant la cible en pente, lors des championnats du monde 1993 à Flachau. Photo de droite : La France sur le podium des championnats du monde 1993 à Flachau.
En janvier 2025, pour sa 30e édition, la compétition française Ski Mountain Fly était inscrite pour la première fois au calendrier de la FAI (hors championnats et coupes du monde), avec l’appui de la FFP. Belle reconnaissance pour cette compétition de parachute-ski réputée, accueillie depuis toujours dans la station de Pra Loup (Alpes-de-Haute-Provence) et organisée par le Parachute Club d’Aix-en-Provence.

Arrivée en précision d'atterrissage sur la station de Pra-Loup, à 1600 m d'altitude, durant l'édition 2019 du Ski Mountain Fly. Photo Para club Pra-Loup Ubaye
Cette année-là, Yves-Marie Guillaud, président de la FFP se "réjouissait du retour au premier plan, en France, d’une compétition originale et d’origine française pour lancer la saison 2025 des compétitions".
L'année 2026 a vu se dérouler, du 12 au 16 mars, les 19° championnats du monde de parachute-ski à la station de St Johann Alpendorf. Il existe également un circuit coupe du monde, très dynamique, où brillent principalement l'Autriche, la Suisse, l'Italie, l'Allemagne et la République tchèque.
À lire également
● Le site officiel du circuit coupe du monde de Parachute-ski
● Les résultats des championnats du monde FAI 2026 de Parachute-ski
● La communication FFP sur le Ski Mountain Fly 2026
● Un des nombreux articles ParaMag sur le Ski Mountain Fly, édition de 2019







