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Flash-back sur le record du monde à 104

Lorsqu'une grande formation en voile contact affronte les turbulences !

Du 16 au 23 novembre 2025, des tentatives pour battre le record du monde de voile contact à 100, qui datait de 18 ans en arrière, étaient organisées à Lake Wales en Floride. L'entreprise a été un succès, avec un nouveau record à 104. Ce fut une aventure riche en péripéties et en rebondissements, que nous avons expliquée et racontée en détail à travers plusieurs articles. Une de ces péripéties fut un effondrement majeur de la formation, dont les images spectaculaires restaient inédites, jusqu'à ce que les organisateurs en autorisent la diffusion.

D'après un article de Brian Pangburn, illustré des photos de Norman Kent

Introduction par Norman Kent
"Les images de cet incident sont très spectaculaires et les organisateurs de l'événement ont voulu s'assurer qu'elles ne soient pas médiatisées de manière sensationnelle et qu'elles ne donnent pas une image négative de notre sport parachutiste et de la discipline du voile contact. Personne n'a été blessé lors de cet incident : c'est grâce au professionnalisme dont ont fait preuve ces parachutistes extrêmement compétents, qui comptent parmi les meilleurs athlètes de la discipline. Notre objectif aujourd'hui est de diffuser ces images afin de mettre en avant les aspects positifs de notre sport et de la façon dont la situation a été gérée."

L'incident est survenu le jeudi 20 novembre, lors du troisième saut de la journée. La première tentative, réalisée au lever du jour, était pleine d'espoir, car elle se concluait sur la meilleure performance mondiale du moment, avec une formation à 103. C'était alors la plus grande formation mondiale de voile contact, mais qui ne pouvait pas être validée comme record, car l'objectif fixé était 107.

Lors de la troisième tentative du jour, la grande formation se construisait très bien, proprement et calmement, lorsqu'un effondrement s'est produit sur le côté droit. C'est spectaculaire, ça arrive parfois en grande formation, et les règles de sécurité sont conçues pour y faire face.

La direction technique du record a analysé l'incident le soir même : "Avec une formation d'environ 300 pieds de haut et 220 pieds de large (N.D.L.R. : 90 mètres sur 70 mètres), il est impossible que chaque couche soit soumise simultanément aux mêmes conditions atmosphériques. La partie inférieure a rencontré la turbulence thermique en premier, envoyant une onde perturbatrice vers le haut, à travers la formation. Ce n'était pas un mauvais pilotage. Ce n'était pas un manque de compétence. C'était un combat contre le ciel lui-même."

Brian Pangburn, compétiteur et coach en voile contact, donne une vision technique détaillée de l'incident et de la façon dont il a été résolu.

"Nous étions là, à 1.500 mètres d’altitude, par une journée claire et ensoleillée au-dessus de Lake Wales, en Floride. À ce moment, nous étions accrochés à 89, volant ensemble, et en quelques secondes, un tiers de la formation a été laminé. Mère Nature nous montre parfois sa puissance et nous rappelle qui est le patron.

Photo 1 par Norman Kent

Toutes les photos qui illustrent cet article proviennent de ce saut (N.D.L.R. : À partir de la photo ci-dessus, nous les numérotons et elles apparaissent donc dans l'ordre chronologique de la prise de vue par Norman Kent). D’une formation parfaitement stable à 89 nous sommes passés, sept secondes plus tard, à seulement 57 voiles/parachutistes restant connectés, une grande partie ayant été extraite. Les parachutistes qui restaient dans la formation ont ensuite pu effectuer la séparation standard en "star bust".

Ces dernières années, nous nous sommes préparés aux procédures à suivre en cas de problème, en conservant nos prises si nécessaire. Les 32 parachutistes extraits de la formation ont appliqué les consignes apprises à l'entraînement : repousser le tissu nylon loin de leur corps, sortir des suspentes, communiquer entre ceux qui sont emmêlés et déterminer la bonne action à entreprendre. À 1000 mètres, tous les parachutistes étaient dégagés, et seuls quatre ont dû utiliser leur parachute de secours.

Photo 2 par Norman Kent

Les thermiques et les cisaillements d'air ont toujours été une préoccupation pour le voile contact. En fait, la plupart des journées d’été, le pilote/organisateur de la formation de voile contact surveille attentivement le niveau des turbulences. Cette surveillance est accrue pendant la montée en avion et il peut décider de relever l’altitude de séparation afin de s’assurer qu'elle arrive avant d'entrer dans la zone problématique.

Cependant, ça reste une zone de danger invisible et son altitude réelle n'est pas toujours correctement perçue. Les pilotes de planeur disposent de cartes indiquant la profondeur de la couche convective, ils les utilisent, lors de records et de compétitions, pour planifier des montées thermiques importantes, mais ces prévisions sont très spécialisées. Heureusement, les applications et les sites météorologiques s’améliorent, et, à l’avenir, les thermiques pourraient être anticipés de manière plus fiable.

Photo 3 par Norman Kent

La communauté du voile contact a également amélioré sa façon de réagir en cas d’emmêlage(s), ils peuvent être multiples dans une grande formation. En août 2007 en Caroline du Nord, lors d'un saut de préparation au record du monde à 100, 28 personnes sur les 36 prévues étaient connectées lorsque la situation a mal tourné. À l’époque, la procédure consistait à relâcher toutes les prises et à essayer individuellement de s’éloigner pour récupérer une ligne de vol.

Photo 4 par Norman Kent

Dix des 28 voiles connectées ont réussi à s’échapper sans s’emmêler. Onze des parachutistes restants ont dû utiliser leur parachute de secours, et j'en faisais partie. La technique du "chacun pour soi" n’était clairement pas optimale ; nous avons donc commencé à adopter notre technique de "tenir bon", et nous avons obtenu de bien meilleurs résultats.

Photo 5 par Norman Kent

Lorsque j’ai commencé le parachutisme, dans les années 1990, nous perdions en moyenne 32 parachutistes par an, toutes disciplines confondues, dans des accidents mortels. Au cours de la dernière décennie, ce chiffre est tombé à un tiers, tout en réalisant trois fois plus de sauts annuels. Les statistiques montrent que le parachutisme devient plus sûr au fil des années, et le voile contact ne fait pas exception. Le dernier décès enregistré en voile contact aux États-Unis remonte à mai 2013. En parallèle des progrès globaux en matière de sécurité, le voile contact a fait d’énormes avancées pour devenir plus sûr.

Photo 6 par Norman Kent

Grâce à la formalisation de la formation aux techniques du voile contact, à l'accent mis sur l'importance d'une charge alaire similaire entre coéquipiers et à l'amélioration de nos procédures d'urgence, nous avons constaté une tendance à la baisse des incidents et des accidents, au fil des ans. Cependant, il y a une chose que nous ne pouvons ni contrôler ni toujours prédire avec précision : c'est la météo. C'est pourquoi nous continuons à affiner et à améliorer notre technique pour faire face à ces incidents.

Photo 7 par Norman Kent

Nos procédures d'urgence continuent de s'améliorer. La majorité des formations de voile contact disposant d'un videoman dédié, nous sommes en mesure de débriefer la plupart de nos incidents et de transmettre ces leçons à d'autres parachutistes, afin d'améliorer ces procédures. Désormais, lorsque nous sommes confrontés à ces démons invisibles, nous sommes bien mieux préparés à y faire face." ◼︎

À lire également
● Article "Au delà du 100, record à 104" paru le 1er décembre 2025
● Article "104, à 4 doigts du record du monde" paru 21 novembre 2025

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