L’épée du VR4 restera à la maison !

L’équipe Sonic (Jean-Christophe Cambreleng, Guillaume Fehr, Jean-Philippe Ricordeau) monte sur le podium en freefly.

Départ de tour sur une voltige d’Olivier Henaff.

Equipe VR8 France, médaille de bronze

L’équipe de France de voile contact à 8 en vol durant le Mondial

Emmanuelle Célicout et Alastair Marsh, champions du monde freestyle féminin

Equipe VR4 France, médaille d’or

La victoire en direct pour Philippe Valois, champion du monde au combiné PA/voltige !

Equipe VR8 Russe, médaille d’or

Jean-Bernard Bonnet et Patrice Girardin


Avant d'aller plus loin, l'essentiel : pour une belle compète ce fût une belle compète. Et aussi plus que cela : une belle rencontre parachutiste. Certes, on connaît la recette classique : procurez-vous un panier d'aéroplanes, la quantité ad hoc de pilotes pour faire voler, et une bonne louche de fous volants non décortiqués (c'est-à-dire avec combinaison et parachute). Assaisonnez d'un tour de moulin de saine folie et mixez le tout sans violence excessive avec un petit vent d'hélice. Nappez généreusement d'une crème de ciel bleu, laissez cuire au soleil et servez chaud.


                                            Par Guy Sauvage


éjà, comme ça, la formule minimum est délicieuse. Que dire alors de ces agapes à Gap qui ont duré une semaine ! Oh oui, ce fut une belle compète. Avec, comme dans toute tranche de vie, ses succès et ses échecs, ses bonheurs et ses cruautés, ses joies intraduisibles et ses peines insondables. Mais au-delà d'elles-mêmes, cerise sur le gâteau, les grandes compétitions sont toujours des instants privilégiés de rencontres rares.

Ce Mondial n'y a pas failli, et l'on a pu relever sur l'aérodrome de Tallard un taux incroyable de dinosaures au mètre carré. "Tu n'as pas changé !". Si chaque affectueux mensonge de ce calibre avait été payé à son auteur durant ces quelques jours, beaucoup de grands-pères seraient repartis de Tallard milliardaires. Ils étaient tous là ou peu s'en faut, les chenus, les défricheurs, les ex-médaillés de tout poil gris ou blanc, émergeant de l'oubli où chaque génération plonge à son tour pour faire place à la jeunesse triomphante, venus encourager les valeureux galopins qui leur succédaient et s'étonner de l'évolution technique de ce qui fut la passion de leur vie. Sympa.

Revenons au sujet. Pour qui a vécu de nombreuses manifestations semblables, ces championnats du monde ont semblé d'abord mettre la pédale douce au démarrage. Rien d'important ne semblait se passer, et les observateurs ressentaient une espèce de mollesse indéfinissable. À tort, car il suffisait d'attendre. Simplement, au sein d'une organisation bien huilée, les concurrents se concentraient dans une sérénité qui a vite fait craquer ses coutures au fur et à mesure que les résultats marquaient les différences, et chamboulaient parfois les pronostics.

La victoire du 4 France
Une quête de quatre années pour l’équipe, le doublé pour Marin et Davide, l’Or enfin pour Erwan et Julo. De grands moments d’émotion, une victoire brillante même si elle fut quelque peu tamisée par les résultats du 8. Une victoire qui permet notamment à la France de devenir leader du V.R.4 avec six victoires contre cinq pour les U.S.A. Une victoire avec 15 points d’avance, un tel écart n’avait pas été creusé en V.R.4 depuis la victoire des Tags en 1989 à Ampuria, qui avaient pris 20 points d’avance sur les Russes.

Point besoin de le vérifier pour en être persuadé : l'organisation d'une telle manifestation a forcément été le fruit d'un travail énorme et d'une motivation en pur béton vibré. Peu importe la modestie numérique du sport parachutiste, relativement à d'autres sports moins confidentiels, ce Mondial a été "grand". Une telle réussite (globale) ne peut être à l'évidence celle d'un seul homme, tant l'énormité de la tâche et la nécessité de recours à tant de compétences diverses ne peuvent être supportées par une seule paire d'épaules. On ne peut donc citer toutes celles et tous ceux qui ont transformé ce projet en réussite. Il est cependant tout aussi évident que Patrice Girardin, qui portait ce projet en lui depuis longtemps, a été l'artisan fédérateur de la chose. Grâces lui soient donc rendues.

Oui, répétons-le, ce fût une belle compète, tant par le niveau des prestations sportives que par la qualité générale de l'organisation, une organisation sereine aux yeux des observateurs un peu reculés, mais dont on peut naturellement supposer qu'elle n'a pas été aussi facile à vivre dans le détail par ses géniteurs et différents intervenants lorsqu'on sait la somme d'énergie et de patience nécessaire à la mise sur pied d'une telle affaire.

Cependant, tout aspect général n'est fait que de détails empilés, et ce qui n'est que détail pour l'un est essentiel pour l'autre. C'est ainsi que certains détails peuvent être discutés. On peut ainsi trouver bizarre que les éliminatoires de PA (la discipline médiatique par excellence) se soient déroulées sur le terrain de foot de Tallard, excentré du site principal de la fête. Voilà des gaillards (je parle de nos champions de la spécialité) qui, tout au long de l'année, s'entraînent sur leur DZ, en possèdent les repères visuels et aérologiques, et qui auraient pu disputer, je crois, ces éliminatoires "à la maison", et pour le moins dans un confort psychologique supérieur. On peut arguer que des athlètes de cette pointure peuvent sauter n'importe où et que leurs résultats eussent été les mêmes. Mille excuses, je n'en suis pas persuadé, et ne crois pas non plus que d'autres nations, recevant chez elles, auraient négligé de profiter du moindre avantage stratégique. Autre argument : les communes de Tallard (PA) et de Gap (Voltige), partenaires de la compétition, tenaient à offrir un spectacle plus proche de leur centre ville. Voilà qui paraît très normal. Mais alors, pourquoi ne pas avoir fait atterrir les concurrents du Skysurf et/ou du Free Fly dans ces zones excentrées, puisque leurs exploits en vol étaient visibles sur les écrans géants de la DZ principale ? Aurait-on par hasard pensé que ces compétiteurs, utilisateurs de petite voiles, étaient incapables de se poser sur un terrain plus petit ? Objection : les voltigeurs individuels, exilés sur le terrain de foot de Gap, y posaient sans souci leurs voiles rapides.

Je viens de parler des écrans géants. Des images de rêve, un suivi des prestations presque en temps réel, un affichage ponctuel des scores, c'est merveilleux, fantastique, formidable, super top, bref, très bien. Mais avoir pensé que ces écrans géants pouvaient remplacer un affichage global à l'ancienne relève d'une croyance exagérée dans les vertus de la technologie de pointe. Faire le point des résultats globaux n'a pas été facile. Dommage. Un bon vieux grand tableau où on aurait inscrit, simplement à la craie et durablement, tous les résultats de toutes les disciplines au fur et à mesure de leur tombée, aurait fait le bonheur des spectateurs éclairés et facilité pour le grand public la compréhension d'un sport aux multiples facettes dont les initiés eux-mêmes ne saisissent pas toujours les subtilités.

Au-delà du cadre strict de la compétition, à propos de la vie sur le site, la réunion de milliers de personnes ne peut aller sans quelques inconvénients récurrents difficiles à réduire, mais oublions cela, car on ne peut pas honnêtement reprocher à n'importe quelle organisation de ne pouvoir efficacement contrôler les regrettables débordements populaciers. Contentons-nous donc de souhaiter une meilleure attention à quelques détails pour les prochains championnats que la France organisera.

Car Elle y prend goût la France. Recevoir est pour Elle l'opportunité de démontrer le savoir-faire de la "vieille Europe" dans des domaines très divers, tels ceux du parachutisme et... de la gastronomie. Alors évoquons le traditionnel banquet de clôture qui a malheureusement amené notre image au niveau des pâquerettes. Certes, les premiers arrivés n'ont pas souffert. Quant aux suivants... Misère ! Lovée sur une centaine de mètres dans la lumière solaire encore vivace, la file d'attente a amené la foule des compétiteurs et visiteurs confondus à l'entrée du restaurant (plus exactement de la cantoche) une heure et cinq minutes plus tard, à l'heure où la noire nuit alpestre allume de glauques phosphorescences dans les yeux des loups. Mieux valait avoir prévu une petite laine pour survivre à ce long piétinement rythmé de propos désenchantés. Parvenu là, restait à s'insérer jusqu'au comptoir dévasté où, parmi les ruines abandonnées par les précédents prédateurs, d'aimables serveuses (absolument !) proposaient, le rouge au front, du saucisson en lieu et place du saumon manquant. Même le pain manquait et, certaines traditions se perdent on en conviendra, le roi n'a pas proposé en remplacement de la brioche au bon peuple. Le tout pour la bagatelle de trente euros pour ceux qui n'avaient pas de badge. Un pagaille historique qui n'a pas fait avancer d'un cran notre réputation de gourmets, et qui a fait marcher les affaires des vrais restaurants environnants, envahis par ceux qui avaient abandonné le chemin de croix dès les premières stations.

Heureusement, ces quelques bémols seront vite effacés des mémoires, tant les aspects purement techniques de la compétition ont été parfaitement orchestrés. Et lorsqu'on ne perd pas de vue que les personnes les plus importantes d'une telle rencontre restent les compétiteurs, n'est-ce pas là l'essentiel ? Bien entendu, comme chacun voit midi à sa porte, reste à savoir si chacun d'entre eux estime que ses droits à égards ont été respectés.

À l'issue de ce Mondial, beaucoup de remerciements ont été adressés à beaucoup de personnalités diverses, et à juste titre aux organisateurs principaux. Cependant, sauf une éventuelle fuite de neurones imputable à mon disque dur, je n'ai pas entendu remercier les obscurs, les sans grade, la centaine de bénévoles qui ont oeuvré dans l'ombre à la réussite de la compétition, pendant son déroulement, mais aussi avant même qu'elle ne commence. Tant mieux si je me trompe, ils seront remerciés deux fois. Impossible également d'être resté indifférent au comportement du personnel fédéral qui, sans ostentation, a su efficacement manier la burette à huile et n'a jamais été avare de sourires patients et chaleureux en toutes circonstances. Quelles qu'aient pu être leurs éventuelles erreurs vénielles, ont ne peut que remercier prioritairement celles et ceux qui, loin des ronflants honneurs, ont mis discrètement leurs mains dans le cambouis (mention spéciale pour les jeunes Espoirs) pour assurer le succès de "notre" Mondial à tous. Du ciel bleu, une moisson de médailles honnête, pas un seul accident, des images superbes, un commentaire de Jean-Bernard Bonnet (Super Jibé pour les intimes) d'une pertinence et d'un professionnalisme hors pair, c'était bien, et il n'y a rien de mieux que ce qui est bien. Avec à la fin, le geste suprêmement élégant des relativeurs russes et français qui, en gardant les épées Excalibur en Europe, ont ainsi évité aux Américains de payer un supplément pour excédent de bagages. Rien que pour cela, je vous le disais : pour une belle compète, ce fut une belle compète !

Le lundi matin, jonché de tentes désertées, le champ de bataille offrait un ciel vide, comme épuisé par le spectacle de tant de luttes, mais toujours sereinement bleu, comme en attente affectueuse de la prochaine rencontre de ceux qui le fendent, le bousculent, le violent, mais en restent les esclaves fous d'amour. Ainsi va le parachutisme sportif


MONDIAL ET TELEVISION


De mémoire de téléspectateur et de parachutiste, jamais notre sport n’a été autant mis en avant dans des émissions de télévision. Pas moins de trois documentaires ont été diffusés sur France 2 et France 3 le même week-end (13 et 14 septembre) à l’occasion du Mondial.

Les deux premiers documentaires, d’une durée de 40 et 25 minutes, ont été retransmis respectivement samedi et dimanche après-midi, dans l’esprit d’un feuilleton en deux épisodes.

Chacune des disciplines du parachutisme sportif a été présentée dans des séquences d’une durée de cinq minutes : présentation de la discipline et des athlètes défendant nos couleurs, suivie de l’évolution de la compétition et interviews. Les commentaires en voix-off étaient assurés par Patrick Knaff et Christian Choupain, tous deux journalistes à Stade 2 et fervents passionnés de chute libre.

Concernant les interviews, nous retiendrons la qualité des interventions de nos athlètes : Robin Dubuisson, Franck Bernachot, Philippe Valois, Jean-Michel Poulet, Polo Grisoni, les filles du VR4 féminin, les membres du VR4 et VR8 France, Fred Fugen, les frères Voisin, Manue Celicout, Blandine Perroud et j’en passe ! On retiendra particulièrement la prestation d’Auriana Beauté qui livre avec passion et séduction sa complicité avec le vent relatif.

À part une ou deux erreurs de commentaire et un contenu peut-être un peu lourd à digérer pour un néophyte, il faut souligner la qualité générale de ces documentaires, tant au niveau du montage que sur le fond. Depuis les années Ushuaia, le parachutisme n’avait été que rarement mis en avant avec tant de brio par un média audiovisuel.

Une belle opportunité médiatique qui renforce l’image d’un sport fun, mais qui sait aussi être un sport de compétition internationale méritant son entrée à l’Olympisme.

Le troisième sujet a été diffusé dans l’émission Stade 2. Il était exclusivement consacré aux membres féminins des équipes de France. Un hommage aux femmes qui réalisent des performances fortes tout en gardant le charme féminin dans un sport majoritairement masculin.

Martin Ciekala


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197 octobre 2003